Entre le chercheur et le grand public : le médiateur

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Il existe quelques scientifiques qui ne brillent pas que par leurs recherches mais également par leur facilité à transmettre à tous les publics. Un vrai régal, mais un peu trop rare pour s’en contenter. Le plus souvent, chacun son métier, il faut un médiateur, un journaliste ou un chargé de communication éditoriale pour traduire et rendre compréhensible et abordable les recherches, problématiques et découvertes les plus complexes (Je ne rentre pas ici dans le périmètre de chacun de ces métiers).

La journaliste Cléo Schweyer est l’une d’eux. En parallèle de son travail pour la presse, elle anime Sciences pour Tous, un site dont l’objet est de « parler de la science avec ceux qui la font« , édité par l’Université Claude Bernard Lyon 1. Elle collabore également au magazine BABEL lancé prochainement par l’INALCO.

Q/ Comment convaincre le chercheur de l’utilité de la vulgarisation ?

 

En général, les chercheurs sont déjà convaincus ! Un chercheur est avant tout un passionné, et rien ne fait plus plaisir à un passionné que de parler de sa passion ! Ils le font d’ailleurs à travers leur enseignement puisqu’ils nourrissent leurs cours de leurs travaux de recherche.

Et puis c’est dans l’air du temps. En tant que citoyens, nous sommes en demande d’éclairage et d’analyse sur les évolutions du monde qui nous entoure. Par ailleurs, la diffusion est désormais un critère important du financement de la recherche. Même si la carrière académique d’un chercheur n’est pas influencée par ses efforts de médiation, il est tenu de prévoir l’impact sur le public dès l’écriture d’un projet (ANR par exemple). Quand on sait que l’essentiel des financements se font sur projet, on comprend que cette préoccupation touche désormais la majorité des scientifiques… ou de leurs établissements, qui seront eux aussi de plus en plus évalués sur leur rayonnement auprès des citoyens qui vivent sur le même territoire.

Finalement, le vrai enjeu est de réussir à s’insérer dans les emplois du temps surchargés des chercheurs et de leur proposer une récréation plutôt qu’une corvée du genre « service après-vente obligatoire de mon travail ».

Q/ Comment amener le chercheur sur le terrain du grand public ?

 

Pour dire les choses un peu vite, soit on part du travail de recherche et on essaie de l’amener à un niveau conceptuel abordable par le plus grand nombre, soit on mobilise des travaux de recherche autour d’une question de société ou d’actualité.

La première difficulté est bien sûr de se mettre d’accord sur ce que veut dire abordable par le plus grand nombre. On est toujours le grand public ou l’expert de quelqu’un… Et souvent les établissements qui emploient des médiateurs veulent toucher « tout le monde ». Mais tout le monde ce n’est personne ! Il faut faire au moins le choix d’un lectorat prioritaire. C’est d’autant plus important que ce que vous dira le chercheur sera déjà, de son point de vue, extrêmement simplifié : pouvoir lui parler de son lecteur permet d’élaborer ensemble la simplification de cette simplification.

A partir de là on discute ! La tentation est grande, surtout à l’université où on se sent toujours un peu en manque de légitimité, d’insister sur le côté utile ou spectaculaire de la recherche. Mais le but de la science c’est d’abord de produire de la connaissance. Comme me l’a dit un interviewé, « On n’a jamais inventé l’ampoule en perfectionnant la bougie« . Or beaucoup de chercheurs vivent mal ce qu’ils ressentent comme une obligation de privilégier les projets ayant des retombées à court terme (économiques et sociales) au détriment de leur métier qui est de faire progresser l’état des connaissances dans une discipline. C’est une critique qu’on a beaucoup faite récemment aux organismes financeurs.

Je pense que c’est important de comprendre cette tension et pourquoi pas d’essayer d’en rendre compte même si on ne peut pas aborder les choses de front. Pour moi, un article de médiation est forcément une collaboration avec quelqu’un qui sent que vous respecterez son travail y compris dans ces aspects-là.

Q/ Chercheurs en sciences dures et sciences humaines s’abordent-ils de la même façon, quelles sont les différences « culturelles » ?

 

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les sciences humaines et sociales sont plus difficiles à médiatiser. Cela tient surtout à la nature des connaissances dont il est question. En sciences « dures », on médiatise des grands principes ou des processus. On peut les expliquer par des métaphores ou avec des mots très simples. En sciences humaines on travaille sur des concepts, où les nuances et la précision du vocabulaire sont très importantes. Trouver des synonymes est donc impossible sans trahir le sens et la première difficulté est d’ailleurs souvent de comprendre pleinement ce dont il s’agit. Et puis le journaliste qui questionne un sociologue, un philosophe ou un sémiologue se retrouve un peu à interviewer quelqu’un dont il est le sujet d’étude… Cela peut être inconfortable si l’on est habitué à avoir le monopole de l’esprit critique !

 

*le visuel vient d’ici

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