ENS-SUP : notre rôle face à l’ignorance et la barbarie

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Nous sommes évidemment tous sous le choc des actes et l’incompréhension des motivations des folies perpétrées en France, mais aussi au Nigéria et au Moyen Orient. Au delà de la belle fraternité manifestée, chacun doit s’interroger sur ce qu’il peut et doit faire aujourd’hui. Mais pourquoi cela nous concerne-t-il particulièrement dans nos métiers ? Parce que notre rôle est de faire progresser la connaissance et la raison en une époque ou l’ignorance progresse à nouveau. Il ne s’agit pas, pour nous, universitaires, de faire de la politique, mais d’assumer notre rôle de porteur de savoirs, vulgarisés ou non. Le faisons-nous ? Insuffisamment certainement, mais de plus en plus.

Notre ADN

La création des universités au XIII et XIVèmes siècles est allée de pair avec la naissance de l’humanisme et de la renaissance. L’encyclopédie de Diderot et d’Alembert au XVIIIème siècle, symbolisait les lumières à travers la soif et la collection de savoirs. Aussi, nous ne nous limitons pas à un lieu qui ne peut exister que par la liberté, celle de chercher dans les univers et les directions que nous choisissons, d’enseigner sans censure, de publier sans crainte. Nous ne nous limitons pas seulement à l’international, cette force de rencontrer, se critiquer et progresser ensemble.

Notre identité est encore plus forte et nous donne des responsabilités spécifiques : nous sommes un lieu d’expression, nous sommes un lieu où les idées naissent et s’échangent, nous sommes le lieu de la construction d’un savoir universel, universel car il ne peut exister que par l’ouverture, la tolérance, la curiosité pour l’autre, sa pensée et sa culture, universel également car il doit profiter à tous. Nous ne sommes plus un phare, peut-être trop replié sur notre univers, dans une société qui bouge si vite, mais nous l’avons été, et nous devons le redevenir.

Agir aujourd’hui

La recherche en France est une des plus brillantes au monde, notre force est le savoir… dans un monde où la croyance aux sciences dures comme molles, humaines comme inhumaines s’atrophie. En pratique, que faire ?

Nous devons davantage ouvrir nos établissements, des conférences, des débats, des projections. Nous devons également y promouvoir toutes les cultures. Nous pouvons enfin donner un accès gratuit à un certain nombre de nos cours. Autant d’ouvertures qui existent déjà aujourd’hui ici et là.

Cependant, l’ouverture que nous pouvons être, doit se produire dans la société elle même. Nous devons propager les savoirs, les clés de compréhension de notre monde et ceci, à travers notre présence dans les médias, par la production directe de magazines de société, des sites internet qui engagent à la curiosité et la connaissance, par l’organisation d’événements hors les murs. Nous ne pouvons plus nous contenter de publier pour nous même, nous devons intégrer le monde, exister en lui et pour lui. Adaptons nous à la société plutôt que d’attendre qu’elle s’adapte à nous, elle sera bien mieux servie ainsi. Ce n’est plus une dispersion secondaire aujourd’hui, à côté de l’enseignement et de la recherche, c’est une mission, un engagement nécessaire.

Rien ne prend plus de temps que le changement des idées et des cultures. Rien n’est plus court que le chemin qui mène à l’intolérance et à la peur. Le travail sera long, autant s’y mettre dès maintenant.

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