Les communicants ennemis des journalistes ? Sérieux ?

journaliste-communicantsUne journaliste s’en prend à deux communicants médusés

Justine Brabant, a signé une chronique le 17 décembre dernier sur le site d’arrêt sur images. Suite à l’article du Monde signé par son service culture, fâché de ne pouvoir découvrir librement le dernier Star Wars avant le commun des mortels, Justine écrit un article présentant les journalistes comme des victimes de « l’empire des communicants« . Le titre est direct  » Surveillons les communicants« , accompagné d’une menace vertueuse (?) et visiblement nécessaire : la création d’un observatoire de la communication… consternant. Dans le métier, face à l’ignorance, nous sommes habitués, presque résignés face à ces attaques… elles sont quotidiennes, mais quand cela vient d’Arrêt sur Images, il n’est pas possible de laisser passer.

Les communicants, des manipulateurs, ennemis de l’info ?

Justine Brabant pointe « l' »empire des communicants » et déplore que l’on puisse compter aux Etats-Unis « près de cinq communicants pour un journaliste ». Mais quel est le rapport entre le nombre de communicants et de journalistes ? Pourquoi présenter cette arithmétique douteuse comme un rapport de force voire comme une menace ? Justine Brabant n’appliquerait sans doute pas cette méthode grotesque à ce que l’on peut lire chez des partis politiques professionnels de l’amalgame « 3 millions d’immigrés, 3 millions de chômeurs« , pourquoi donc nous l’affliger ? Les journalistes ne sont pas nos victimes, comme si la communication pouvait remplacer le journalisme et même pire, pouvait en nourrir l’ambition.

A se concentrer sur une opinion trop vertueuse de leur métier, certains journalistes en ont une trop mauvaise de la notre. Pourquoi reprocher aux communicants le comportement de quelques uns, nous ne reprochons pas Jean-Pierre Pernaut à l’ensemble des journalistes.

Ni scrupuleux, ni repentis

Notre métier n’est pas de tout contrôler, de faire de la rétention systématique d’informations ou de diffuser la bonne parole. Au delà de l’intention, ce serait contre-productif et mal faire notre travail, surtout à une époque où quasiment tout se sait. Nous ne sommes plus depuis longtemps des émetteurs focalisés uniquement sur des éléments de langage, nous sommes des animateurs, coordinateurs engagés dans la co-construction loin d’un système verrouillé.

Notre métier : communiquer, informer, mettre en relation, créer du lien, animer une communauté, sans oublier le conseil (nous ne sommes pas que des exécutants). N’y aurait-il donc rien de vertueux dans cela ? J’irai même plus loin, les organisations sont devenues des médias, ce qui finalement gêne le plus certains journalistes dépossédés de leur ancien monopole. Nous créons de l’info, nous offrons des savoirs, des perspectives, des outils pour nourrir le sens critique de chacun, mais aussi des émotions, des partis pris qui alimentent débats et communautés, nous donnons du sens. Bref, nous développons une ligne éditoriale et assumons nos choix éditoriaux comme le fait n’importe quel organe de presse, loin de tout désir de manipulation.

Et au milieu de toutes ces tâches… nous sommes disponibles pour les journalistes, nous répondons à leurs demandes, les mettons en contact avec nos experts, leur donnons des informations, des chiffres, des interviews, des débatteurs. De notre point de vue, sans doute naïf, nos métiers se complètent et ne s’opposent pas. D’ailleurs ce blog de communicant est hébergé par un groupe de presse.

Que garder de son article, d’une approche si partiale et donc partielle. Un acte voulu comme fondateur mais finalement infondé : lancer un « observatoire de la communication« . Nous souffrons trop de la méconnaissance et du mépris de notre métier pour que des personnes au sens critique reconnu et simplement intelligentes ajoutent à l’ignorance générale une caution professionnelle. Bref, tout le monde fait des erreurs, même les communicants, même les journalistes… 

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2 réflexions au sujet de « Les communicants ennemis des journalistes ? Sérieux ? »

  1. Merci Ghislain pour cette mise en perspective. Au-delà des amalgames le bon angle serait pour moi de distinguer marketing et communication. Car pour le cas Star Wars il s’agit bien de marketing et pas vraiment de communication, celle qui donne du sens et ne se laisse pas aller aux travers du control freak.

  2. Jean-Martin Lagardette in : L’information responsable un défi démocratique, Editions ECLM, 2006 livre une analyse sur Communication et Information journalistique. Comment faire la différence ? Votre analyse me semble plus un plaidoyer pro domo qu’une réponse scientifique et distanciée.

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