En mode projet

Directement venue des états-majors de grands groupes, Anne Lalou est la première directrice de la WebSchool Factory. Une école indépendante qui se positionne sur l’économie numérique. Elle nous livre son diagnostic sur les métiers du digital et les raisons qui ont poussé le groupe Studialis à lancer cette « école du management de l’innovation numérique ». Cet établissement, en cinq ans après bac, préfigure la prochaine création d’un « campus cluster » dont le but sera d’imposer un lieu d’échanges autour de l’innovation… et du numérique of course.

En quoi consiste précisément cette nouvelle école du groupe Studialis ?

Cette école forme des dirigeants de l’innovation numérique capables de gérer globalement des projets sur plusieurs aspects : design, e-business, techno. Le deuxième principe, c’est une pédagogie en mode projet pour de « vraies » entreprises associées. L’objectif étant d’être opérationnel dès l’obtention du diplôme. Enfin, par son mode de recrutement, l’école reconnaît l’une des caractéristiques du numérique : l’intégration sociale avec une grande diversité des profils intégrés. Plus que l’excellence du dossier scolaire, nous sommes attachés au savoir-être. Pour aller encore plus loin dans la diversité, nous souhaitons à terme que 20% des étudiants soient financés par des bourses privées.

Et en matière de pédagogie ?

Selon moi il faut casser la vision horizontale à la française pour apprendre à travailler ensemble et obtenir une hybridation des compétences. Les entreprises ne peuvent avoir cette approche et c’est un vrai problème pour la performance de l’organisation. Nos étudiants sont des digital natives et sont le reflet de la génération Y. Ils challengent  naturellement les entreprises par de nouvelles approches clients/fournisseurs. Tout simplement parce qu’ils savent aller chercher l’information à tout moment. Selon moi, ils apportent une nouvelle valeur ajoutée. Pour cultiver cette dimension, dès la première semaine, ils sont en groupe de cinq. Nous inculquons un état d’esprit après lequel courent les entreprises. Nous misons beaucoup sur la multidisciplinarité en mettant en place des modules d’interaction entre étudiants et entreprises pour véritablement créer de la valeur. Nous avons commencé avec le groupe Accor ou Bouygues Télécom. Nous n’avons également pas hésité à renverser les codes avec l’anti master class où un patron accepte de se faire challenger par des étudiants sur sa stratégie dans le domaine du numérique. Dernier point : la 3ème année est totalement internationale dans le cadre d’un partenariat avec une université étrangère. Nous les poussons à effectuer un stage dans le pays d’accueil et dans le domaine de leur spécialisation.

Quels sont ses atouts et spécificités par rapport aux autres écoles du web déjà créées ?

Première chose : il y a de la place pour tous. Selon une étude de Mc Kinsey le secteur croit de +13% par an, avec 3000 emplois par semaine jusqu’à 2015. A ma connaissance, nous sommes les seuls à proposer une formation en cinq ans de managers qui s’appuie sur trois écoles de références du groupe Studialis : Strate Collège, Hetic, Pôle ESG. Chaque école nous permet de délivrer un titre de niveau 1 rattaché à chacun de ces établissements.

Justement, quelles sont les synergies avec le groupe Studialis ?

Le cursus a pu être mis en place grâce à l’expérience des écoles fondatrices. Nous bénéficions également de l’apport du corps professoral des autres établissements. C’est tout de même assez rassurant pour les candidats d’entrer dans une nouvelle école intégrée dans un réseau qui a démontré sa solidité.

Le secteur du web fait-il toujours face à une pénurie de compétences ? Est-ce une tendance sur le long terme ? Quels sont les profils les plus recherchés ?

Il y a pénurie à tous les niveaux de compétences. Les créations d’emplois sont telles que le système éducatif peine à y faire face. Je le disais : 450 000 créations nettes sont prévues d’ici 2015. Les profils recherchés : artistique-design-ergonomie, marketing/e-business, d’un côté. Pour les pôles techno : développement de sites web ou d’appli et bien sûr la MOA (maîtrise d’ouvrage) et la MOE (matrise d’œuvre) pour les grands projets.

L’implication des entreprises dans la pédagogie est plus forte dans le secteur digital que dans les disciplines plus classiques. Cela bouscule le statut de l’enseignant référant.

Absolument. On a bousculé la pédagogie à l’ancienne. C’est parce que l’on avance dans les projets qu’on a besoin d’appuis théoriques. Désormais, les étudiants devancent l’apprentissage et l’acquisition des savoir. Dès la première année on est dans un dialogue permanent qui structure la pédagogie. Au global, deux tiers des cours sont assurés par des enseignants et un tiers en totale connexion avec les entreprises. Du coup on a des étudiants particulièrement vifs et enthousiastes.

Les enseignants vivent bien cette révolution ?

Avec le numérique, le « sachant » n’est plus la référence ultime. D’autant que les matières qu’il enseigne évoluent fortement chaque année. Nous avons également pris l’option d’un enseignement moins doctoral et plus pragmatique avec une majorité d’intervenants professionnels. Nous considérons qu’il y a une vraie valeur de l’expérience : il faut respecter cela !

Vous venez de l’entreprise, le numérique favorise l’arrivée de dirigeants d’écoles au profil moins académique ?

J’ai passé dix ans en Banque d’affaires, puis plusieurs années à la direction du groupe Havas avant de rejoindre Nexity à la direction du développement. Ces expériences sont précieuses pour diriger un établissement d’enseignement supérieur. Pour  moi, une école est une entreprise à manager avec trois clients : les candidats, les parents et les enseignants. Ces trois populations doivent être satisfaites. Mon job : marier sens du management et intérêt général. C’est central dans la mission des établissements d’enseignement supérieur.

L’école va évoluer vers un nouveau modèle prochainement avec un concept de Campus Cluster. Cela recouvre quoi ?

Dans l’année qui vient, la Web School s’installera dans un « campus cluster », un lieu qui réunira toutes les parties prenantes : start-up, labos, investisseurs, think thank, etc. Ce nouveau lieu sera une structure à but non lucratif financée par des entreprises partenaires. Nous nous installerons dans des locaux de 3500 à 4000 m2 pour favoriser les innovations de rupture.

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This entry was posted on lundi, janvier 7th, 2013 at 8:00 and is filed under Interview. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “En mode projet”

  1. laurent Says:

    Super article :), avez vous d’autres articles dans ce genre ? Merci

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