Une brique numérique pour le marketing

L’Essca, la grande école de management en cinq ans, vient d’inaugurer son institut du marketing digital. Sa vocation ? Diffuser la culture digitale dans les entreprises et former les managers du 21e siècle. Tout un programme… Une initiative portée par Paul Nathan (*), un « ex » de la vente à distance et de l’Escp Europe. Il nous fait partager sa vision sur le changement culturel imposé par le numérique dans une grande école de commerce.

La création de l’institut du marketing digital signifie qu’il n’y avait pas de numérique auparavant à l’ESSCA ?

Au contraire. Il existait déjà depuis quatre ans une majeure spécialisée « web marketing » en dernière année. Trente-cinq étudiants y sont accueillis chaque année et sont rapidement embauchés une fois diplômés. Dans la foulée, l’Essca a souhaité renforcer son offre sur le digital avec la création de l’institut pour s’imposer comme une école de référence dans les métiers du marketing digital. Mais le digital à l’Essca est beaucoup plus large que cela. Un étudiant, dès la première année, sera confronté à cette dimension dans son parcours. De plus, nos salles de cours PECT (pédagogie en environnement collaboratif et technologique) amplifient cette culture digitale grâce à l’innovation pédagogique qu’elles proposent.

De quoi s’agit-il précisément ?

Nous nous sommes inspirés du modèle américain « Scale up » développé il y a 10 ans au département de Physique de l’université de Caroline du Nord (*).Le concept suppose d’organiser la salle en marguerite, ce qui évite aux étudiants de passer à côté du cours. Le prof a la main sur l’écran de chaque élève et il peut ainsi interagir et procéder à des mini-évaluations. Il est prouvé que l’’apprentissage et l’écoute sont meilleurs. Je signale que l’Essca est la première école de gestion à avoir utilisé cette méthode réservée historiquement aux sciences dures.

Le digital dans le supérieur, est-ce simplement une affaire d’investissements ?

Les investissements sont importants si on veut être à la pointe de la pédagogie. Mais c’est avant tout une affaire d’attitude. Comme certains managers, certains enseignants sont particulièrement bousculés, car ils doivent se remettre en question, et être encore  plus à l’écoute de leurs étudiants ! On est passé à l’ère de la co-construction… c’est une innovation majeure. Le digital remet l’homme au centre, contrairement à ce que l’on pense. Ce qui change, c’est la manière d’appréhender les savoirs, et comment intégrer la mobilité, l’interaction, et l’échange dans l’enseignement.

Plus généralement, avez-vous le sentiment que les grandes écoles de commerce sont  véritablement passées au numérique ?

Que met-on derrière le numérique ? En matière d’outils, on a ce qu’il faut. Il me semble qu’au niveau des comportements, il y a encore du travail. Je suis toujours choqué quand un professeur se plaint parce qu’un étudiant se sert de son ordinateur ou de sa tablette durant ses cours… La réflexion est en marche mais les écoles ne sont pas encore parvenues à maturité. En lançant un nouveau Master spécialisé « Management digital et stratégie de marque », nous voulons justement faire avancer les choses, et contribuer à faire évoluer les mentalités au sein des organisations.

HEC vient tout juste de se doter d’un DSI. Disposez-vous d’une fonction comparable à l’Essca ?

Oui, depuis très longtemps. Avant nous l’appelions directeur informatique… Nous avons basculé vers le service pour ne plus être uniquement focalisé sur l’outil, mais bel et bien sur l’usage et le comportemental.

Le marketing est-elle la seule discipline impactée par le numérique ?

Non toutes les disciplines et fonctions sont impactées, mais le marketing s’intéresse au client… qui, lui, se trouve partout, comme le numérique. Par définition, le digital est intégré dans la stratégie globale, et ne peut donc être éclaté par discipline uniquement.

Les grandes écoles de commerce comme l’Essca ont-elles les moyens d’investir à la différence des universités qui doivent engager des partenariats « public-privé » ou aller à la pêche au financement public ?

L’argent public pour une grande école indépendante comme nous, il y en a peu. Nous devons compter sur nos propres ressources ou des partenariats avec des fédérations ou des entreprises.

Avec les MOOC (Massive Open Online Courses) le supérieur développe l’enseignement à distance. Est-ce votre approche ?

Non, tout ne peut pas se faire à distance et c’est tant mieux ! C’est le cas à l’Essca où le numérique se met au service du présentiel.

* paul.nathan@essca.fr

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This entry was posted on lundi, janvier 21st, 2013 at 8:00 and is filed under Interview. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “Une brique numérique pour le marketing”

  1. aurelien debord @createur site web Says:

    Bonjour ! ton post est fort instructif. Merci pour le partage.

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