Plateforme numérique et TICE : les 1ers utilisateurs, ce sont les étudiants !

Open source ou solution propriétaire, le choix n’est pas simple. D’un côté l’illusion du gratuit, de l’autre l’impression de payer toujours trop cher des outils largement diffusés. Pour Emmanuel Clémot, responsable Europe du sud et Afrique pour Blackboard, spécialiste américain de solutions numérique pour l’éducation, tout est affaire de stratégie et de vision « TICE ». Ce dont semble manquer nos universités et même nos grandes écoles qui ont, semble-t-il, oublié l’utilisateur final, à savoir l’étudiant.

 Comme développeur de solutions d’apprentissage numérique – très implantées aux Etats-Unis – quel est votre regard sur la situation de l’équipement en France et des TICE ?

En France, nous n’avons pas véritablement de stratégie numérique. Les récentes annonces du gouvernement témoignent à cet égard de leurs interrogations qui expliquent l’ampleur du retard pris, aussi bien dans les universités que dans les grandes écoles. Doté d’un enseignement traditionnel avec une bonne réputation, notre pays semble s’être reposé  sur ses lauriers. Et comme les établissements n’ont  pas de stratégie et encore moins de budgets, ils  optent pour des solutions open source. Je pense qu’il s’agit souvent de choix par défaut, sans raisonnement à long terme. Le projet FUN (France Universités Numériques) n’a d’ailleurs aucun budget précis. Il semble tout de même urgent de réagir : l’apparition par exemple des MOOC démontre que l’on peut désormais aller puiser des connaissances ailleurs.

Nous ne pouvons pas faire face aux investissements lourds selon vous ?

Je le répète : tout est une question de stratégie. Avant même de penser aux budgets, il est impératif de définir une stratégie. Trop d’établissements se contentent d’appeler de leurs vœux la création  d’un LMS ou d’un système de e-learning, sans véritablement mettre les moyens, voire tout simplement mesurer l’ampleur du projet. Je suis convaincu que le numérique et la technologie peuvent aider à rendre plus efficace notre système. Une étude américaine démontre d’ailleurs qu’avec une approche hybride présentiel-distanciel, on peut limiter les coûts liés à l’échec des étudiants ou les coûts de production. Au final, le numérique améliore le système en le rendant plus efficace. Les caisses sont peut-être vides, mais une stratégie numérique bien pensée permet de réduire les coûts.

Sur quoi faudrait-il faire des efforts en matière stratégique ?

Parler numérique, c’est d’abord parler d’éducation et en premier lieu des « clients utilisateurs », à savoir les étudiants. Il faut utiliser des technologies qui leur parlent et fournir un mode éducatif qui s’appuie sur l’usage de tous les jours : collaboration, échanges informels, participation… Sans ces dimensions, on est hors du temps et en décalage. Les nouvelles formes d’apprentissage doivent les amener à se construire collectivement de manière dynamique, à encourager leur créativité, à apprendre à innover, à s’adapter à un monde interconnecté et en mouvement.

Cette révolution laisse-t-elle encore de la place à l’enseignant ?

Elle est de plus en plus importante. La technologie l’aide simplement à être plus proche de ses étudiants. Et notamment de ceux en difficulté, qui peuvent être suivis de manière beaucoup plus efficace. Pour tous les enseignants, une politique de conduite du changement et d’accompagnement est à envisager. Nous considérons que la performance de nos solutions est  très liée à l’assistance et à l’accompagnement proposés.  C’est une brique  aussi importante que la technologie.

Si l’accompagnement est réussi, l’appropriation de ces nouveaux outils numériques est souvent perçue comme une source de gain de temps pour la préparation des supports de cours : accès à des ressources pédagogiques communes, création de parcours de formation, travail avec des groupes d’étudiants, etc.

Il n’y a pas d’outil unique, ni de recette magique. Comment s’assurer de bien investir ?

Plus que la technologie, il est fondamental de s’associer au bon partenaire qui comprend ses problématiques. Déployer une solution, c’est d’abord s’assurer qu’elle fonctionnera bien. Trop de responsables se précipitent sur des solutions Open source. Mais est-ce vraiment gratuit ? Certainement pas. Le coût de déploiement revient parfois plus cher qu’une solution propriétaire. D’autant qu’il n’y a pas de partenaire identifié sur ces solutions : il peut y avoir des structures supports, mais qui est véritablement responsable ? Développer les TICE et le numérique dans l’enseignement supérieur  est une affaire complexe, qu’il faut suivre dans la durée sans chercher à flairer la bonne affaire.

 

Blackboard

Blackboard est une société américaine créée en 1997 par des étudiants de l’université de Cornell (État de New York). Son objet ? La création de solutions technologiques pour enrichir l’apprentissage traditionnel. Blackboard est également une société de conseil technique et stratégique. A ce jour, 20 millions de personnes utilisent le LMS Blackboard. Associé avec  UnI Learning en France, Blackboard accompagne une quinzaine d’établissements (Cned, Paris Dauphine, Edhec, Novancia, Audencia…).

 

 

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This entry was posted on dimanche, mai 12th, 2013 at 22:00 and is filed under Interview. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “Plateforme numérique et TICE : les 1ers utilisateurs, ce sont les étudiants !”

  1. christine-vaufrey Says:

    Il est un peu facile d’affronter deux blocs. Avant, c’était l’est et l’ouest, maintenant c’est solutions open source contre solutions propriétaires. Alors que dans ces deux ensembles, il y a des produits très différents les uns des autres. Et s’il est recommandé d’aller vers des technologies qui parlent aux étudiants, ce n’est certainement pas vers Blackboard qu’il faut se tourner : complètement fermée, centrée sur l’apprenant, et sans garantie aucune quant à la propriété ultime de ce qui y est déposé (plusieurs affaires retentissantes au Canada sur ce sujet).
    Bref, il vaut mieux comparer les solutions plutôt que de se précipiter sur celle dont on a entendu parler dans les 5 dernières minutes. Stratice a fait un bon benchmark des LMS open source, je vous le recommande 🙂

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