Pour le numérique et les TICE, on compte en année « chien »

A la tête d’une chaire sur l’économie numérique à Paris Dauphine et Président de Bolloré Télécom, Dominique Roux, vient de lancer avec l’EM Normandie un observatoire de la pédagogie et des métiers de demain. Objectif : décrypter les évolutions des métiers et celles liées à la fonction managériale pour en tirer des implications au plan de la pédagogie, en termes de contenus, de méthodes et de rythmes. A l’origine, la conviction que la révolution numérique amène à repenser les modes d’enseignement avec une vision TICE. Rencontre avec un professionnel, enseignant et théoricien du numérique.

En quoi consiste exactement votre observatoire des métiers de demain lancé avec l’EM Normandie ?

Cela part d’un constat. Avec le numérique, les métiers changent considérablement dans les entreprises. Il nous a donc semblé intéressant de suivre les changements pour former les étudiants selon ces évolutions afin qu’ils disposent des compétences nécessaires pour travailler avec les nouvelles technologies.

Selon vous, le monde de l’éducation ne s’adapte pas assez vite en matière de TICE notamment ?

Nous avons un temps de retard dans l’éducation qui demeure un domaine relativement conservateur. Je pense également que le corps enseignant ne maîtrise pas assez les nouvelles technologies et a tendance à reproduire ce qu’il a toujours fait. Or, pour résister à la concurrence, les entreprises sont quant à elles obligées de se mettre au niveau d’un point de vue digital. Il ne faudrait pas que le fossé se creuse entre le monde professionnel et celui de l’éducation. D’autant que la hiérarchie professionnelle va évoluer : demain on s’intéressera moins aux diplômes qu’aux technologies maîtrisées par les candidats. La capacité d’adaptation à ce nouveau monde sera décisive. On le sait, tout devient abstrait : un commercial ne voit plus beaucoup ses clients, un gestionnaire n’a pas de contact physique avec les stocks, etc. Les jeunes doivent être impérativement formés à ces évolutions.

Grandes écoles et Universités sont concernées ?

Bien sûr, et ce dans toutes les disciplines. Je suis convaincu que tous les établissements doivent dès à présent s’interroger sur les méthodes d’enseignement et leurs corpus. Prenons un exemple : l’usage du livre est voué à disparaître au profit de nouveaux outils plus adaptés aux digital natives. Qu’avons-nous vraiment prévu ? Pour le numérique, il faut travailler en année « chien ». C’est-à-dire qu’il faut aller vite. On le sait, un chien vieillit beaucoup plus vite qu’un homme. Deux ans, c’est déjà le long terme. En matière de TICE, le temps joue contre les acteurs qui n’avancent pas.

Faut-il investir beaucoup d’argent ?

Pas autant qu’on le dit. Il faut principalement investir dans les hommes. Les communications sont très bon marché et les mobiles peu chers. Nous avons donc tout ce qu’il faut pour déployer une stratégie efficace. Je rappelle que les TICE et plus largement le numérique ont essentiellement besoin de réseaux pour transmettre des images et des écrits. Or, en France nous disposons de tout, à un prix très raisonnable. Normalement, nous devrions aller très vite. Aujourd’hui, le vrai chemin à parcourir consiste à imaginer les contenus ou les nouveaux services. Les français sont encore trop timorés. En réalité, nous ne sommes pas en retard… ce sont les esprits qui ont du mal à démarrer.

C’est donc un appel aux enseignants à bouger « plus » vite ?

Enseignants, chercheurs, personnels, etc. Tout le monde doit y aller sans hésiter pour faire avancer les usages. La nouvelle génération adhère très vite à cette réflexion et ne se satisfera pas plus longtemps de notre enseignement traditionnel.

 

 

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This entry was posted on lundi, juin 17th, 2013 at 9:00 and is filed under Non classé. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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