Avec les TICE, les enseignants doivent travailler plus !

Devenir des e-enseignants, comme les nouveaux e-managers dans les entreprises. C’est le point de vue de Jean-Michel Rolland, spécialiste de l’enseignement à distance et auteur d’un ouvrage qui place les TIC au cœur de la problématique organisationnelle : « Manager les e-comportements ». Il nous fait partager son analyse sur un monde qui e-change.

 Un monde qui e-change, ça veut dire quoi précisément ?

Il y a un changement de fonctionnement dans la communication des individus. Et ce changement est dû aux technologies qui favorisent des ruptures au niveau de la relation et des échanges. Dans l’éducation c’est encore plus évident. Nos étudiants vérifient en direct ce que l’on dit sur internet. Ce phénomène impacte les enseignants qui ne peuvent rester aveugles et se doivent de modifier leur approche. L’humilité du prof est obligatoire car il n’est plus le sachant unique. Face à la quantité d’informations, le professeur aide à trier, à y voir plus clair et utiliser efficacement les données. L’effet des MOOC n’est pas anodin : certains enseignants ont compris que la possession du savoir n’est plus suffisant pour être légitime. Ils choisissent donc de se positionner à l’origine du savoir pour le mettre à la disposition du plus grand nombre afin d’accompagner ceux qui en ont besoin.

Dans votre ouvrage, vous avancez que manager à distance s’impose comme l’enjeu central des TIC. Pourquoi ?

Le développement des entreprises se fait désormais sur un mode projet dans un contexte international. Très clairement, ce sont les technologies qui rendent cela possible. Même dans un open space, les personnes s’appellent ou s’envoient des mails. On le voit bien : quand il y a un élément technologique dans la relation, cela change nettement les comportements, en positif comme en négatif. Par exemple, le mail permet d’avoir une trace écrite. A l’inverse tout le monde n’est pas sensibilisé aux conséquences de la technologie et des phénomènes de rejet existent.

Comme le e-manager, l’enseignant doit-il devenir un e-enseignant ?

Je pense que oui. Dans l’histoire, on est passé de l’oral, au tableau puis au rétroprojecteur, puis aux présentations powerpoint. Jusqu’alors, l’enseignant était aux commandes. Aujourd’hui, c’est au tour des étudiants d’utiliser les technologies. En ce qui me concerne, dans mes cours, il m’arrive d’utiliser deux vidéo-projecteurs : un pour moi et un second connecté avec les ordinateurs des étudiants où leur prise de note est partagée. Ce qui me permet de voir si j’ai été clair… ou pas. On doit vraiment parler aujourd’hui de e-enseignant. Ce sont ces « petites actions e-pédagogiques » qui permettront d’accélérer sans doute le déploiement des TICE.

Vous évoquez « l’utilisabilité » en matière de TIC : un concept qui va au-delà des usages et de l’utilité des technologies. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi cet élément joue également un rôle clé dans les investissements à réaliser ?

Il y a trois notions centrales dans les TIC comme dans les TICE : l’usage, l’utilité et l’utilisabilité. On devrait toujours se poser la question de l’utilisabilité à savoir : peut-on vraiment se servir dans un contexte précis d’une technologie ? Le lieu impacte souvent l’usage et l’utilité. L’utilisabilité est un véritable critère pour investir : trop souvent on dépense de l’argent public sans prendre en compte le contexte matériel et environnemental voire temporel.

En France, doit-on accélérer le passage à l’e-education ?

On est dans une course de marathon. Les technologies avancent avec des personnes qui freinent et d’autres qui « sur-utilisent » les moyens digitaux. Entre les derniers et les premiers, l’écart s’accroît. Beaucoup d’enseignants sont encore peu sensibilisés et je pense qu’un accompagnement doit être mis en œuvre de manière urgente.

Vous évoquez la « perte du contrôle » des managers avec les technologies et la distance. C’est pareil pour les enseignants ?

Deux questions sont au centre de ma réflexion : comment contrôler le savoir ? Comment évaluer le savoir ? Il y a de grandes chances que les solutions d’un problème existent sur Internet. Cela impose aux enseignants de nouvelles méthodes pour évaluer leurs élèves. C’est un élément au cœur de la révolution qui s’opère dans l’enseignement et l’apprentissage. La posture de l’enseignant est à réinventer. Il ne faut plus dupliquer les enseignements d’hier. Cela ne fonctionne plus. Le couple confiance-contrôle demande à évoluer. Dans l’éducation, quand je confie un travail collaboratif à mes élèves, ils vont chercher partout sur la toile. Je ne peux pas l’empêcher, au contraire. En revanche mon travail consiste à préciser l’objectif que j’attends et les critères d’évaluation.

Avec les TICE, les enseignants doivent-ils travailler  plus?

Je ne sais pas si on travaille plus. Ce qui est sûr, c’est que l’on s’investit différemment… notamment de manière asynchrone avec une interactivité quasi permanente via les mails et les réseaux sociaux. Je pense que les enseignants doivent tout de même investir pas mal de temps afin de trouver le bon niveau d’organisation. Il est indispensable de mettre au  niveau son cours sur le plan technologique, car les étudiants comparent les performances de leurs enseignants. La génération Y est dans une logique d’apprentissage basée sur l’instantanéité et la mise en pratique : leur patience est très limitée. Il faut donc s’adapter. Joli challenge pédagogique !

 

« Manager les e-comportements », Editions Eyrolles, 28 €

This entry was posted on Lundi, juillet 1st, 2013 at 9:00 and is filed under Interview. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

3 Responses to “Avec les TICE, les enseignants doivent travailler plus !”

  1. Cocquel Jean-Paul Says:

    Bjr

    Je me permets ce commentaire :

    A propos de l’éducation en France

    J ai personnellement des enfants Y et même un Z qui sont au collège , lycée ….
    On se rend compte que les profs sont loin d être au niveau évoqué dans l article ci dessus ils sont encore fervents des cahiers (1 différent par prof cf le poids des cartables)
    et des crayons et pensent toujours être une élite et qu ils sont les seuls sachant.
    L éducation en France est effectivement un mammouth , comme l avait évoqué un de nos anciens ministres, et j ajouterai , doublé d un dinosaure il est urgent fe faire quelque chose en amont et de donner les moyens à l éducation.

    Par contre il ne faut pas négliger une chose qui est souvent omise : chaque individu possède ses propres moyens intellectuels et tout le monde n est pas forcément capable d appréhender la portée des technologies numériques ainsi que son utilisation.

    Pour faire un pont avec le BYOD à l école :

    Il en est de même avec les capacitès financières , chaque famille n est pas au même niveau de ressources , il serait donc préjudiciable dans l école de demain de demander aux familles de financer les objets numériques pour assurer l éducation de leurs enfants.C est bien aux instances éducatives de fournir les moyens aux élèves.

    Jp Cocquel

  2. Lolo Says:

    « La génération Y est dans une logique d’apprentissage basée sur l’instantanéité et la mise en pratique : leur patience est très limitée. »
    Vous croyez sérieusement que les enseignants vont travailler plus pour cette génération qui ne travaille moins ; pour une rémunération bloquée depuis plusieurs années… il faut arrêter de rêver Gilbert et atterrir !

  3. Lolo Says:

    « La génération Y est dans une logique d’apprentissage basée sur l’instantanéité et la mise en pratique : leur patience est très limitée. »
    Vous croyez sérieusement que les enseignants vont travailler plus pour cette génération qui travaille moins ; pour une rémunération bloquée depuis plusieurs années… il faut arrêter de rêver Gilbert et atterrir !

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