Free or not free ?

La question n’est pas tranchée définitivement mais demeure. Open Source ou propriétaire : quelle est la meilleure solution ? Rencontre avec Philippe Desmaison, Directeur Technique SUSE (*)France qui revient sur les éléments clés de ce choix.

Libre ou payant, le débat existe-t-il encore aujourd’hui ?

Cela fait neuf ans que je travaille chez SUSE et j’ai vraiment l’impression que le débat a considérablement évolué. Rendez-vous compte que notre plus grand partenaire aujourd’hui c’est Microsoft. Nous avons même crée un site commun (www.moreinterop.com) pour nos travaux. Aujourd’hui, nous cherchons plutôt des passerelles avec des leaders du monde des propriétaires. Les modalités de création de logiciels ont changé et il ne faut plus que les utilisateurs soient pris en tenailles entre les deux systèmes. Prenons l’exemple d’Office. Désormais, quand vous ouvrez le logiciel on vous pose une question sur le format de document : celui de Microsoft ou celui du libre. On a donc fait beaucoup de progrès ! Le dogme qui consiste à dire que les méchants sont payants et les autres sont gentils est totalement dépassé. La guerre froide est finie et nous sommes dans une époque d’interopérabilité.

Pourquoi choisit-on le libre face au payant selon vous ?

La grande différence, c’est l’aspect obligatoire du paiement. Libre ne veut pas dire gratuit. Simplement, nous ne faisons pas payer la même chose. Dans un cas, il y a un droit d’usage. De notre côté, nous nous rémunérons sur les droits de maintenance et d’accompagnement.

Pouvez-vous nous rappeler comment fonctionne le « libre » ?

Chez Microsoft il y a des développeurs payés par l’entreprise et des techniciens qui assurent la maintenance. Leurs clients achètent l’ensemble. Dans l’univers du libre, nous sommes sur un modèle inverse. Reprenons par exemple « LibreOffice » (http://www.libreoffice.org) : il y a dans la communauté de développeurs   autour de 400 personnes qui écrivent le code. Le logiciel est donc disponible sans coût d’usage. Dès lors la seule contrainte pour les « clients » (entreprises, universités, collectivités) est de prévoir une gouvernance forte aidée par une société support solide.

N’avez-vous pas le sentiment tout de même que des universités ou des collectivités se sont précipitées sur le libre en pensant gratuité ?

La maturité vis-à-vis du « libre » est très variable. Mais la circulaire Ayraut sur l’utilisation du libre dans les administrations (sept 2012) a désormais bien défini le cadre, les usages et les contours d’utilisation du libre. Cette prise de conscience est récente. Dans les universités, je constate que l’usage est bien maîtrisé, notamment avec Linux (serveurs, recherche…).

Nous sommes donc mâtures vis-à-vis du libre ?

Je rappelle que MIMO (mutualisation interministériel pour la bureautique ouverte) existe depuis 2005. Et le 17 juin dernier, cette institution a rejoint la communauté « LibreOffice ». Le fait que cette institution rejoigne cette communauté de gouvernance est unique au monde. Avec la circulaire Ayraut, je pense que nous sommes bien armés.

Libre ou propriétaire : quelle est la tendance selon vous ?

Quel que soit le modèle, il faut d’abord réfléchir à sa stratégie numérique très précisément. En ce qui concerne le monde des serveurs, le libre croit plus vite que le payant. En revanche, si on parle du poste de travail, le logiciel libre prend plus doucement le leadership aux dépends de Windows, par exemple. D’ailleurs, Linux se développe fortement sans qu’on le sache réellement. Ce logiciel libre est présent aussi bien dans le code d’Android que dans la Freebox.

L’Open Source pourrait tuer les leaders historiques ?

Je ne sais pas. Linux est une technologie, pas un acteur du marché. Il y a vraiment du pluralisme dans la production du logiciel libre. On a le choix : on peut mettre en concurrence plusieurs acteurs pour se faire accompagner. La liberté de choix est une donnée décisive. En ce qui concerne l’enseignement supérieur, il est compliqué de travailler sur des technologies fermées pour enseigner la création de logiciels par exemple. Donc, avoir accès aux communautés de développeurs permet d’apprendre et de donner un « + » à la pédagogie.

Une preuve supplémentaire de l’explosion du libre, c’est la pénurie de talent ?

Dans le monde du libre, il existe une non territorialité des talents : les communautés sont virtuelles, via Internet. Les développeurs travaillent chez eux. Cette non territorialité fait que tous les pays sont sur un pied d’égalité. Et la France est excellente dans ce domaine. Nous avons d’ailleurs un Pôle de compétitivité Open Source au sein de Systematic. C’est une très bonne chose car il est vrai que nous souffrons d’une pénurie de talents… que nous sommes d’ailleurs obligés de très bien payer pour les attirer.

 

 

(*) : SUSE est fournisseur de solutions Linux pour les entreprises.  SUSE Linux Enterprise permet de déployer des services informatiques au sein d’environnements physiques, virtuels et de cloud.

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This entry was posted on lundi, juillet 15th, 2013 at 9:00 and is filed under Interview. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “Free or not free ?”

  1. devis assurance auto Says:

    L’article apporte vraiment une information ! J’ai beaucoup apprécié !

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