Tice à la fac, c’est FUN ?

Où en sont les universités Françaises ? Entre l’Amue, Fun ou Renater, elles ne manquent pas de structures chargées de les accompagner en matière numérique. Mais faute d’actions coordonnées et de vision politique de long terme, les choses évoluent doucement… très doucement. La nouvelle génération  de Présidents d’universités devrait tout de même accélérer les Tice et ses usages. C’est l’ambition affichée par François Germinet, 43 ans, qui pilote Cergy-Pontoise et préside le comité numérique de la Conférence des présidents d’université (CPU).

 Pourquoi a-t-on toujours l’impression que nos universités sont en retard ?

Cette impression n’est pas  si  vraie . Nous travaillons quotidiennement avec les universités étrangères via nos recherches. Et force est de constater qu’elles ne sont pas plus avancées ! Reconnaissons au moins que côté tuyaux, cela fonctionne bien. Par ailleurs, tous les étudiants disposent maintenant d’un ENT (espace numérique de travail) et de cours en ligne. En revanche, ce qui est sûr, c’est que nous comptons encore beaucoup sur des passionnés qui développent des usages performants, à leur propre initiative. Du coup, le chemin à parcourir est immense pour intégrer l’ensemble des ressources pédagogiques dans les cours et l’enseignement à distance. A mon sens, ce qui manque pour provoquer un effet de masse, c’est que le numérique intègre le cœur du projet d’établissement. Les dirigeants doivent se poser la question des usages pour apporter des réponses aux différents types d’étudiants. Le projet FUN (France Université Numérique) va sans doute apporter des éléments en demandant clairement aux établissements d’expliciter leurs ambitions. D’ailleurs, la Ministre ne cache pas son souhait de développer tous ces aspects, et la CPU s’en réjouit.

Etes-vous vraiment confiant dans le potentiel de « FUN » ?

Absolument ! La bonne nouvelle, c’est que les acteurs de terrain sont pris en considération. D’ailleurs la CPU est associée au comité de pilotage. Très prochainement, une initiative sur les MOOC sera lancée. Ensuite, il y aura un accompagnement des établissements pour transformer radicalement la pédagogie. C’est obligatoire face à nos étudiants de plus en plus nomades dans leur rapport au savoir, et qui n’hésitent pas à challenger les professeurs en cours. Il y a clairement un intérêt fort des présidents d’université pour ces questions au comité numérique de la CPU. Surtout depuis les dernières élections, il y a un an. C’est une véritable prise de conscience. Pour revenir à FUN : nous attendons de la Ministre qu’elle précise rapidement les moyens financiers  et nous demandons que ces moyens aillent directement aux acteurs que sont les établissements.

Comme Président d’université comment faire passer l’idée du numérique ?

Je m’efforce jour après jour de faire évoluer tous les départements de mon université. Il y aura toujours des personnes qui pensent que cela ne sert à rien, mais une grande majorité adhère aux idées. Tout ne peut pas changer en un claquement de doigt. Tout projet exige plusieurs années pour déployer des outils une fois que la décision est prise. Prenons l’exemple de la préparation au concours de professeur des écoles à distance. Il nous a fallu deux ans de développement. Aujourd’hui, ce sont 300 étudiants qui sont inscrits ainsi à l’UCP. C’est donc possible, si  les acteurs jouent le jeu.

Le bilan de l’AMUE est mitigé. Quel est votre perception ?

En ce qui concerne la couche logiciel, il est vrai que l’offre de l’AMUE demeure trop fragmentée. L’enjeu dans les années à venir : mettre en relation les applications développées et favoriser l’interopérabilité des systèmes d’information (SI), type Cocktail, qui propose des solutions très opérationnelles. Aujourd’hui, la question du SI et d’un référentiel qui permet aux applications d’échanger a enfin été replacée au centre des préoccupations. On ne peut plus se contenter de systèmes qui traitent séparément les données.

Franchement, une stratégie collective est-elle possible ?

Nous devrons aller de plus en plus vers la mutualisation. Les établissements qui ont choisi de développer en solo des outils ont finalement renoncé, car c’est très cher et trop lourd à mettre en œuvre. L’avenir n’est pas d’internaliser tout mais d’externaliser tce qui n’apporte pas de plus-value dans des espaces sécurisés, dans l’esprit du cloud p.

Avez-vous une idée des montants à investir aujourd’hui ?

Cela dépend des établissements. Mais ce qui est sûr c’est qu’on parle de  créations postes, et de dotations complémentaires pour les communautés d’universités afin qu’elles convergent vers une plus grande mutualisation et développent la formation à distance.

Tout cela prend du temps…

Oui. En même temps, quand le CGI (commissariat général à l’investissement) a lancé les investissements d’avenir, les communautés ont élaboré des projets ambitieux rapidement en réponse. Preuve en est que nous savons nous mobiliser au bon moment. Donc, dès que les appels à projets issus de FUN seront connus, nous saurons réagir rapidement.

 

This entry was posted on Lundi, septembre 9th, 2013 at 9:00 and is filed under Interview. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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