Grâce aux MOOC les enseignants pourront enfin se consacrer à leurs recherches !

ESCP Europe lance à son tour son premier MOOC consacré à la logique comptable. Une expérimentation destinée à l’acquisition des bases pour les étudiants qui intègrent la formation en cours de route. Selon Joëlle Le Vourc’h, professeur à l’origine de cette initiative, ses collègues pourront – enfin – se consacrer aux enseignements à forte valeur ajoutée et s’appuyer sur le numérique pour transmettre les fondamentaux. Au final, les MOOC deviennent une opportunité formidable pour mener leurs recherches. Démonstration.

Vous lancez un MOOC, vous cédez à un effet de mode ?

Nous répondons simplement à la préoccupation de former les étudiants qui arrivent au niveau master sans formation à la gestion (ingénieurs, médecins, pharmaciens, littéraires…). L’objectif était de trouver un moyen de délivrer les cours de bases auxquels ils n’ont pas eu accès en raison de leur spécialité. En aucun cas nous n’avons cédé à un effet de mode car notre objectif est d’abord de faciliter l’acquisition des bases. Notre démarche consiste à passer par une phase d’expérimentation avant de la démultiplier si les retours sont convaincants. Selon moi, le lancement d’un MOOC nécessite une vraie phase de réflexion amont sur la pédagogie et l’équilibre entre le présentiel et le distanciel. Cela coûte cher et ne doit pas se faire à la légère. C’est pourquoi ESCP Europe a créé un département PRAC’TICE dont l’objectif est de réfléchir, coordonner et accompagner de telles actions sur l’ensemble des campus (Paris, Londres, Madrid, Berlin et Turin)

Justement, ça coûte combien ?

Cela dépend des moyens de production que l’on y consacre. A cela, il faut ajouter le temps des enseignants, soit un poste relativement important. Pour ce qui est de notre cours de logique comptable , il représente quinze heures en présentiel. Dans une configuration nouvelle avec le MOOC, nous proposons quatre heures d’images enregistrées auxquelles il faut ajouter une dizaine d’heure de travail personnel. Le temps « étudiant » est donc équivalent. Ce qui change, c’est le temps « enseignant » puisqu’il n’intervient pas sur la totalité des heures. C’est d’ailleurs l’avenir : ils devront plutôt se consacrer à des cours à forte valeur ajoutée et délivrer les fondamentaux via des outils modernes… comme les MOOC. C’est d’ailleurs notre réflexion aujourd’hui à ESCP Europe, car le temps des enseignants est une ressource rare.

Les universités et les grandes écoles doivent intégrer impérativement l’image à l’écrit ?

Absolument. Les établissements doivent être mieux équipés pour véritablement profiter de leurs enseignants d’autant que les jeunes sont passés au numérique depuis longtemps. Donc, ils attendent cela de nous. Je dirai même qu’ils sont rassurés de disposer d’images. Imaginez les étudiants étrangers qui débarquent chez nous ! Ils savent qu’ils pourront reprendre le cours à leur guise et surtout à leur rythme. Cette interactivité est essentielle aujourd’hui. Au sein de notre école, nous sommes en pleine réflexion pour savoir si nous produisons en interne ou nous sous traitons.

Cela passe par une nouvelle génération d’enseignants ?

C’est délicat. Parmi les enseignants, certains sont prêts et d’autres freinent encore. Je suis convaincue que dans très peu de temps, cela ne sera plus un sujet. Tout le monde sera passé au numérique… Ce qui permettra d’ailleurs aux enseignants de mener des recherches et finalement revenir aux sources du métier.

Cela change votre relation aux étudiants ?

Nous les voyons moins mais en même temps ils nous connaissent bien car ils nous ont vus sur écran ! Nous avons la chance dans les grandes écoles de disposer de beaucoup d’occasions de nous rencontrer. .

Avez-vous envisagé le commerce de certifications et donc un modèle économique ?

Nous sommes en train d’y réfléchir. Nous ne savons pas encore comment définir le prix de la certification. Nous devons également nous positionner sur la répartition des droits entre les différentes parties-prenantes (plate-forme, enseignants, établissement…). Mais ces questions ne se posent vraiment qu’en cas de volume important d’utilisateurs. Mais attention, je ne crois pas à la certification complète pour un diplôme de haut niveau. Les MOOC commerciaux ne sont envisageables que pour l’acquisition des bases. Il y a encore à mon avis trop de problèmes de sécurisation.

 

 

This entry was posted on Lundi, septembre 16th, 2013 at 9:00 and is filed under Non classé. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

2 Responses to “Grâce aux MOOC les enseignants pourront enfin se consacrer à leurs recherches !”

  1. Antoine Says:

    Bonjour,

    Je lis votre article à cause de son titre. Je me disais : enfin un article qui va aborder cette question des MOOC comme possibilité de réorganiser le temps des enseignants-chercheurs, leurs activités concrètes, etc. Mais en fait l’entretien ne précise rien du tout et se limite à une phrase sur le sujet. Pourriez-vous développer un peu la manière dont cela va se passer à l’ESCP ?

  2. Yves Epelboin Says:

    Je suis désolé d’être en contradiction avec l’auteur de cette rubrique. J’ai fait une étude très détaillée du coût d’un MOOC et je n’arrive absolument pas aux mêmes valeurs. En bref, il faut répéter le cours trois fois pour amortir le temps des enseignants et le supplément que représente l’appui technique double pratiquement le coût de ces derniers !

    Je rejoins des estimation faites à l’étranger et ceci est conforme à ce que nous pouvons déduire de notre expérience de l’enseignement à distance.

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