Avec ses enseignants-tuteurs, Cergy pointe en tête sur les TICE… sans MOOC !

L’université de Cergy-Pontoise a clairement mis au cœur de sa stratégie le numérique. Première réussite, la préparation à distance du M1 et du M2 au sein de son Espé. Trois ans après le lancement, de nombreux étudiants suivent cette filière totalement inédite. Patrice Gourdet, chargé de l’enseignement du français pour les M2, revient sur cette initiative assez unique en France où même les examens peuvent être effectués à distance.

D’où vient cette idée de lancer cette filière M1 et M2 au sein de l’Espé de Cergy-Pontoise ? 

L’Université a tout d’abord inscrit le numérique au cœur de sa stratégie. Dans ce cadre, nous avons élaboré une nouvelle approche en proposant aux étudiants des contenus via le web et un accompagnement par les enseignants au travers de « situation-problèmes » (cas, ndr). Nous avons fait le pari que l’acquisition des savoirs de base sera plus aisée à travers un travail collaboratif avec des recherches à plusieurs. Au sein des équipes pédagogiques, les enseignant-tuteurs ont des rendez-vous synchrones hebdomadaires fixés pour l’année universitaire où les échanges se font par écrit en utilisant un chat sur une plateforme spécifique. En parallèle, il existe aussi des collaborations asynchrones entre étudiants.

Les échanges se font par chat ! Pas de recours aux images ?

Le fait de passer par l’écrit évite de se situer dans une communication volatile. Avec des groupes d’une quinzaine d’étudiants, il serait très compliqué d’utiliser Skype par exemple. L’écrit permet d’être plus précis et – surtout – cela laisse des traces pour l’enseignant, tout en favorisant le suivi des étudiants.

C’est une révolution pour les enseignants ?

Bien entendu. Leur charge de travail en distanciel est d’ailleurs reconnue. En conséquence, ils effectuent un service normal avec une partie en présentiel et une partie à distance. Nous avons la chance d’être une équipe qui s’est complètement impliquée en raison notamment d’une impulsion forte de l’université. Mais surtout : nous avons su nous remettre en question et proposer une nouvelle façon d’enseigner face à une baisse du nombre de candidats. Force est de constater qu’en proposant une autre approche, cela a relancé l’attrait de nos formations.

L’Université a pris en charge les investissements, mais est-il demandé aux candidats une participation financière ?

L’université a mis en place un service spécifique pour la technique et aucun effort particulier n’a été demandé aux candidats. Cela reste une modalité d’études. A l’avenir, je suis d’ailleurs très partisan de développer des modalités mixtes.

Quel bilan tirez-vous de cette création ?

Les choses peuvent aller très vite si on le veut. Je suis arrivé à Cergy en 2011, année de montée en charge du projet. Deux ans après, plusieurs dizaines d’étudiants sont inscrits. Le succès est dû à des raisons essentiellement pratiques : l’enseignement à distance offre une plus grande souplesse pour sa propre organisation. Côté administration, cela permet de repérer rapidement ceux qui sont motivés. Au-delà des 25% de connexions ratées, on ne pourra pas valider son diplôme. Rien à voir donc avec le CNED, car nous délivrons un titre reconnu.

Avez-vous le sentiment de profiter de l’effet de mode associé aux « MOOC » ?

Avec les MOOC, on suppose qu’il suffit d’écouter le cours pour comprendre et acquérir des connaissances. Or, on sait depuis longtemps que ça ne marche pas comme ça. L’enseignement à distance exige un travail personnel et collaboratif important avec des productions à réaliser. C’est d’ailleurs le moteur du système.

L’examen se déroule-t-il en présentiel ?

Nous faisons à distance du contrôle continu et des partiels. Des centres d’examens sont accessibles pour ceux qui peuvent se déplacer. Nous avons également mis en place des épreuves à distance : nos candidats travaillent devant une webcam et ils sont surveillés via l’écran. Nous avons un système qui nous permet de suivre simultanément plusieurs postes.

Cette expérience est-elle déclinable ?

Rien ne s’y oppose. D’autant que les taux de réussite sont comparables à la procédure classique. Mais il faut accepter de nouvelles contraintes, aussi bien pour les étudiants que pour les personnels. J’ajoute que les universités devront consentir un effort financier significatif sous peine de prendre du retard.

This entry was posted on Lundi, septembre 23rd, 2013 at 10:00 and is filed under Interview. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. Both comments and pings are currently closed.

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