« Pour la formation continue, croire au 100% présentiel est une erreur complète et une hérésie économique »

Comment la formation professionnelle s’est emparée des nouvelles opportunités numériques ? Voici l’exemple d’Halifax Consulting, , qui vient de lancer son Académie de la performance commerciale… totalement en ligne. Au travers de son aventure, Nicolas Caron, co-fondateur du cabinet nous explique les attentes des entreprises en matière de formation continue. A méditer pour les grandes écoles et les universités pour leur future organisation pédagogique.

Vous affirmez que le savoir sera digital… ou pas : ça veut dire quoi ?

Pour ne parler de notre domaine de compétences, à savoir l’efficacité commerciale, il y a une conscience que le business est devenu très complexe. En clair, le métier de commercial, c’est un vrai métier qui exige un apprentissage long et des mises à niveau fréquentes. Sachant qu’en réalité une bonne partie des coûts est liée à des frais logistiques les entreprises cherchent donc à optimiser leurs dépenses de formation via le numérique. Le digital permet vraiment de proposer des solutions de qualité à moindre coût.

Selon-vous, les professionnels sont-ils en avance dans les usages du numérique ?

Ils sont en train de s’y mettre. Les appels d’offres que nous recevons stipulent désormais bien plus souvent « e-learning », « distanciel », « blended »… Les DRH souhaitent offrir des solutions attractives pour toutes les générations de leurs effectifs. Les jeunes collaborateurs n’acceptent  plus des stages à l’ancienne.

Le mot MOOC apparaît-il dans les appels d’offre ?

Non pas encore. Les clients attendent des choses plus précises et plus structurées que les MOOCS avec le respect d’une certaine progression. Pour tout vous avouer, je suis convaincu que beaucoup de gens mettent tout et n’importe quoi derrière le mot MOOC.

Halifax a lancé une académie en ligne de la performance commerciale qui s’inspire très clairement de celles existantes, notamment aux USA. Comment avez-vous structuré cette offre digitale ?

Nous avons voulu innover avec un portail d’apprentissage permanent, complété d’un accompagnement opérationnel pour les abonnés. Il s’agit donc d’une optimisation de ressources digitales avec la mise à disposition de consultants sous forme de crédit d’heure. Nous avons résumé notre approche numérique comme cela : le juste à temps de la formation couplé au juste à temps de l’accompagnement opérationnel.

Le concept séduit les professionnels ?

Très clairement. Le présentiel revient trop cher tandis que le distanciel total n’est pas assez pertinent. Donc, il faut mixer la mise à disposition de ressources avec un accompagnement varié et permanent.

Cela représente beaucoup d’investissements de votre part pour créer la plate-forme ?

Oui, c’est beaucoup d’investissements : plusieurs centaines de milliers d’euros. Mais cela est nécessaire dans la mesure où nos clients sont beaucoup mieux équipés. Regarder une vidéo sur son terminal n’est plus un souci par exemple.

Dans votre approche, la disponibilité des consultants est essentielle. Cela va bientôt concerner les enseignants ?

Bien sûr. Le métier des consultants et des enseignants est en pleine évolution. Il faut accompagner les uns et les autres d’une situation de transmission du savoir vers une posture d’accompagnement, à la mise en œuvre et l’aide aux transpositions…pas seulement des  cours filmés. La notion d’emploi du temps va également être bouleversée selon moi. Il ne s’agit pas de dire que les enseignants seront disponibles à la demande mais ils devront certainement revoir l’amplitude horaire de leur job… comme nos consultants.

Le métier évolue significativement. N’est-ce pas la principale révolution ?

On change de vision du métier ! Cela créé des blocages forcément. Croire encore au 100 % présentiel est une hérésie économique et une erreur complète. Les clients ne souhaitent plus payer un consultant ou un enseignant pour exposer, bien ou mal selon leur forme du jour, ce qui peut être parfaitement expliqué par un support digital. Mieux vaut les payer pour aider à la mise en œuvre des concepts. Ainsi,  contrairement aux idées reçues, le numérique pousse vers le haut le niveau attendu des consultants comme celui des profs. Il impose un renouvellement du métier avec plus d’utilité et de valeur ajoutée.

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This entry was posted on lundi, décembre 16th, 2013 at 9:00 and is filed under Interview. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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