« Facebook : un excellent outil pédagogique »

Lancer un MOOC en fac de droit, il fallait oser. C’est ce qu’a tenté et réussi Bruno Dondero, professeur de droit à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et directeur du CAVEJ (Centre audiovisuel d’études juridiques). Avec 20 000 utilisateurs, il innove dans un monde où il manque encore d’un véritable effet d’entraînement sur les sujets numériques. Rencontre.

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Vous évoquez la mutation de l’enseignement supérieur avec Internet. De quoi parlez-vous au juste ?

Je veux dire qu’Internet a mis à notre disposition des moyens nouveaux pour l’enseignement à distance mais nous a aussi aidés à enrichir nos enseignements en présentiel. Par exemple les forums pédagogiques permettent de poser des questions et de les partager. Tout le monde peut participer et répondre. Cela remet en cause la formation « Top-Down » traditionnelle.  Selon moi, on n’a pas vu venir cette révolution et on n’en a pas encore tiré toutes les potentialités, notamment à l’Université. Prenons encore un exemple. On peut utiliser systématiquement Facebook pour échanger avec les étudiants pris à la fois individuellement et collectivement : c’est un excellent outil pédagogique, simple, convivial et massif… sans être d’une technologie très élaborée.

Comment avez-vous eu l’illumination ?

C’est en travaillant dans l’enseignement à distance et dans les MOOCs que j’ai découvert ces possibilités. Le droit, qui est paradoxalement une matière assez traditionnaliste, se prête très bien à une approche via Internet. Pas besoin de présence aussi systématique que pour les sciences dures, où l’expérimentation in situ est souvent fondamentale.

Sciences molles ou dures, toutes les disciplines sont concernées ?

La révolution numérique touche ou peut toucher tout le monde, le droit comme la philosophie ou l’histoire, et les sciences dures aussi, même si c’est peut-être moins facile. . Mais les démarches sont encore souvent individuelles, et même si des établissements comme l’Université Paris 1 sont très favorables aux MOOCs et au numérique, on manque encore d’une vraie impulsion globale au niveau des enseignants. C’est du moins mon ressenti s’agissant des études de droit. Prenons un exemple : le MOOC Sorbonne Droit des entreprises a été conçu et animé par une petite équipe… et à ce jour, deux ans après, cette petite équipe est toujours la même. Je n’ai pas été submergé de demandes de mes collègues de participer au MOOC. En revanche, du côté des étudiants, je dois dire que j’ai des retours très positifs.

Quel est l’impact de cette révolution sur les comportements et les métiers ?

A l’université, on va voir apparaître de plus en plus de MOOCs, même si cela coûte cher et même si l’on n’a pas encore identifié toutes les utilités des MOOCs. Cela bouscule les enseignants, et c’est aussi une question importante. Comment expliquer à des professeurs habitués depuis toujours à faire leur cours en amphithéâtre qu’il leur faudra séquencer le cours, tourner des vidéos, et ensuite le partager sur des plateformes ? Quand j’ai commencé à utiliser Twitter durant mes cours, quelques enseignants de ma génération ont suivi immédiatement le mouvement et c’est tant mieux. Mais ce n’est pas une question de génération. Ce n’est d’ailleurs pas une fin en soi d’utiliser les nouvelles technologies, mais notre devoir est de faire avancer la pédagogie. Cela implique une certaine prise de risque, et de changer ses habitudes.

Devons-nous investir beaucoup plus ?

Sans doute. Le système éducatif délivre des diplômes et assure la formation préparant à obtenir ces diplômes. Mais il nous faut prendre la mesure de la nouvelle concurrence qui s’opère via Internet, au moins sur le terrain des formations, sinon sur celui des diplômes. De plus en plus, on accède par internet à des formations de grande qualité, et cela conduit à une mise en concurrence croissante des enseignements en présentiel et des formations accessibles sur le web.

Nous sommes donc en retard ?

Sur le terrain des MOOCs, nous sommes clairement en retard. Les Américains vont occuper le terrain, ils l’occupent déjà, et l’enjeu est tout simplement celui de l’influence et de la visibilité dans le monde. Les grandes universités américaines ont compris très tôt qu’elles peuvent trouver de nouveaux « clients » dans le monde entier, tout en renforçant leur image. Les établissements français se sont lancés dans la course, mais l’on n’en parle pas assez, et l’on oublie souvent que l’innovation vient aussi beaucoup des universités.

Parlons justement de votre MOOC. Quel bilan en tirez-vous deux ans après son lancement ?

Le MOOC a été compliqué à mettre en place, car FUN n’existait pas quand nous avons commencé notre travail. L’apparition de cette plateforme a indéniablement favorisé l’essor des MOOCs en France. Sur deux sessions, nous avons accueilli 20 000 participants. Et côté résultat final, nous avons vraiment été gâtés, puisque  nous dénombrons 25% de candidats qui ont obtenu un certificat de réussite. C’est un taux très élevé pour un MOOC !

Selon une étude, 72 % des personnes ayant suivi des MOOCs déclarent que cette formation a été bénéfique pour leur carrière et 61 % rapportent de véritables « bénéfices éducatifs ». Vous le constatez également ?

Oui, c’est indéniable, parce qu’un MOOC, ça aide aussi à approfondir et à réviser. Ca peut être  également un très bon instrument d’orientation. Les bacheliers feraient bien de regarder les enseignements accessibles par des MOOCs avant de s’engager dans une filière. Cela éviterait les erreurs d’orientation qui coûtent si cher au système éducatif … et aux étudiants.

 

 

Participez aux Trophées des technologies éducatives 2015 ! 

Forts du succès des éditions précédentes, les Trophées des Technologies Éducatives sont organisés dans le cadre du Salon Educatec-Educatice 2015 à Paris. Une occasion unique pour les collectivités (conseils régionaux, conseils généraux, mairies) et les établissements d’enseignement supérieur (grandes écoles, universités) de présenter leurs projets TICE les plus innovants en matière d’éducation. Que vous soyez une mairie, un département, une région ou que vous soyez une université, une école de commerce, d’ingénieurs, un Institut d’Études Politiques, ces Trophées vous concernent !

Objectif : Valoriser et récompenser les initiatives TICE les plus audacieuses et novatrices.

Organisés dans le cadre du Salon Educatec-Educatice, qui se tiendra du 18 au 20 novembre 2015, ces Trophées sont mis en place en partenariat avec le Ministère de l’Éducation nationale. Ces trophées ont pour ambition de valoriser et distinguer les initiatives portées par les collectivités – régions, conseils généraux, villes, etc. – et les établissements d’enseignement supérieur en matière de TICE. Un jury composé d’experts de professionnels des TICE évaluera les projets et décernera des prix dans les catégories suivantes :

  • Catégorie COLLECTIVITES VILLES / MAIRIES : Enrichir l’environnement éducatif dans une logique de valorisation du territoire.
  • Catégorie COLLECTIVITES REGIONS : Enrichir l’environnement éducatif dans une logique de valorisation du territoire.
  • Catégorie COLLECTIVITES CONSEILS GENERAUX : Enrichir l’environnement éducatif dans une logique de valorisation du territoire.
  • Catégorie ENSEIGNEMENT SUPERIEUR : Apporter de nouveaux services aux étudiants en phase avec leurs pratiques quotidiennes.

La remise des prix se tiendra le jeudi 19 novembre 2015, dans le cadre du salon EDUCATEC-EDUCATICE.

Contact : claire.dannet@newstank.fr

 

 

 

 

This entry was posted on Lundi, octobre 12th, 2015 at 9:00 and is filed under Interview. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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