Vers la fin du diplôme ?

Dans le secteur digital, le diplôme importe assez peu finalement. Les plus grandes écoles sont désormais concurrencées par des « écoles d’experts » moins prestigieuses, mais dont le taux d’insertion est proche de 100% à l’issue de la formation. Décryptage avec Emmanuel Carli, DG d’EPITECH.

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Dans le domaine du digital, il semble que l’on attache beaucoup plus d’importance à la qualification qu’au diplôme ?

Le numérique a fait très clairement évoluer les choses. Jusque-là, les références en matière d’enseignement ont été données par des structures officielles comme la CTI. Or, avec le temps et les nouveaux outils d’acquisition des compétences, le paysage a évolué. Et finalement des alternatives sont possibles face aux grandes écoles voire aux universités. Des écoles comme les nôtres sont plutôt axées sur la qualification et l’acquisition d’une expertise. C’est encore plus net avec les  formations à distance qui délivrent une certification à l’issue des séquences extrêmement pointues. D’un autre côté, les entreprises, en raison de la concurrence, basent désormais leurs recrutements plutôt sur la compétence car elles manquent de temps pour former leurs ingénieurs. Du coup, les établissements très opérationnels sont des cibles pour les recruteurs… même si nous avons des cursus moins académique.

Avec le digital avez-vous le sentiment que le diplôme est moins important ?

Oui bien sûr. On parle plutôt de « competencies based learning » ou de « mastery based learning » : on va chercher à certifier le niveau de compétences et pas simplement l’obtention d’une note pour disposer d’un joli parchemin. En clair, on va désormais prendre en compte dans le cursus le rythme d’apprentissage et le temps d’acquisition des compétences. Aux Etats-Unis, des universités se créent autour d’enseignement pratiques, moins centrées sur les ECTS, les grades ou les crédits. Au regard de ce que l’on apprend dans une école et ce qu’on utilise en réalité, on peut se poser la question : faut-il tout savoir ? Ne vaudrait-il mieux pas apprendre à apprendre et acquérir les compétences dont on en a besoin rapidement, tout au long de sa vie .

Cela remet en cause les modèles traditionnels de l’éducation ?

N’oubliez pas qu’il y a plus de places dans les écoles d’ingénieurs que de candidats ! Cela veut dire que les jeunes s’orientent volontiers vers d’autres voies d’apprentissage, plus concrètes. Avec le temps, les étudiants veulent apprendre ce qu’ils veulent au moment où ils le souhaitent. « Pourquoi donc ne pas s’orienter vers  le métier que je veux ? », se disent-ils. Bien sûr, il y aura toujours une forte attractivité pour les écoles prestigieuses, mais pour les moins reconnues, il y a un vrai sujet de positionnement : école académique versus école d’expertise comme EPITECH ?

Est-ce la fin du diplôme ?

Un diplôme c’est avant tout une marque, un label. L’enjeu de demain sera plutôt la certification. Il nous faudra sans doute un bureau Veritas des formations qui puisse garantir l’acquisition des savoirs. Peut-être que demain, on évaluera aussi les candidats avec le nombre de like ou de followers dont ils disposent… A l’avenir, dans les écoles, ce qui sera important, c’est également de se faire remarquer. Si considérons que nous avons déjà en France les « bureaux Veritas » des formations avec la Commission des Titres d’Ingénieurs (CTI) ou la Commission Nationale de la Certification Professionnelle (CNCP),la discussion dans le futur porter de plus en plus sur la part de l’académique et du pratique dans la formation des talents dont les entreprises auront besoin pour leur développement. Notre enjeu, en tant qu’acteurs de l’enseignement supérieur, est clairement là ! Qui sait comment nous évaluerons les candidats, au nombre de Like, au nombre de Followers, à leur capacité à développer de l’influence ?! Je ne le sais pas, mais je suis certain que les entreprises  – quel que soit leur forme (physique / distribuée / plateforme sur le net …) – auront des problèmes à résoudre en face desquels il faudra mettre des talents.

This entry was posted on Lundi, janvier 25th, 2016 at 9:00 and is filed under Non classé. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “Vers la fin du diplôme ?”

  1. Jean Frayssinhes Says:

    En France nous avons la culture du diplôme et il a encore de beaux jours devant lui. Quoi de plus efficace en effet qu’une bonne formation, pluridisciplinaire, au sein d’une école de qualité, pour faire face aux bouleversements technologiques qui engendrent la complexité que nous connaissons ? En outre, pourquoi opposer les deux systèmes ? Ils me paraissent complémentaires, et les ingénieurs suivent aussi des cursus sur les réseaux numériques afin d’acquérir les expertises/qualifications qui s’avèreraient nécessaires.
    Cordialement

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