« Le numérique nous redonne le pouvoir »

Marc Augier, professeur à SKEMA Business School, nous offre un regard transversal sur les mutations que connaît notre société au travers de l’explosion du numérique. Un peu de recul pour voir plus loin et réfléchir… Rencontre à l’occasion de la sortie de son ouvrage « La société numérique ».

 

MarcAugier

Quel est le propos de votre livre ?

J’ai essayé de réfléchir aux mouvements profonds. Il y a des implications évidentes type ubérisation des modèles économiques. Mais je voulais aller plus loin en observant les grandes évolutions et notamment le passage de l’informatique au numérique puis l’évolution de l’analogique au digital. Les implications sont conséquentes avec par exemple la capacité de générer des données à partir de toutes nos activités, même les plus banales. Le Big Data en est la conséquence flagrante.  Dans une autre partie, j’évoque également l’interface homme-machine, à savoir comment nous réfléchissons de manière différente et en particulier de manière collaborative, entre nous et aussi avec l’aide des ordinateurs. J’ai le sentiment que les ordinateurs nous redonnent le pouvoir. Et c’est une bonne chose. Il va petit à petit se produire ce que nous avons vu avec le monde des échecs. Au départ les humains étaient supérieurs, puis DeepBlue d’IBM a battu Kaparov en 1997 et on a cru que c’était la fin de l’histoire. Pas du tout car aujourd’hui, c’est le couple humain-ordinateur qui est imbattable.

Qu’est ce qui change sur le plan d’éducation ?

Le livre numérique permet d’aller plus loin en matière d’éducation. Il a perdu ses racines par rapport au support imprimé. Et très franchement, cela apporte un bénéfice énorme à l’apprenant. Le livre est interconnecté et propose systématiquement une vision encyclopédique. Demain, les enseignements se feront sur la base de nouveaux ouvrages qui comprendront des MOOC et divers contenus. Le cours sera un lieu d’échange et de débats. Le seul grand problème demeure la rétribution des auteurs ainsi que le modèle de financement des MOOC.

La France est-elle globalement au niveau ?

Franchement, la France a investi dans les MOOC et se place plutôt bien, parce qu’au delà de notre pays, c’est toute la francophonie qui est en attente de contenus de bon niveau dans notre langue. Mais notre offre me semble encore trop basée sur des effets d’annonces et quelques pépites. Il reste cependant à étoffer notre offre à l’instar des américains qui ont radicalement transformé leurs programmes sur la base de MOOC. Il nous faut sortir de l’effet de mode.

Dans un avenir proche, les grandes écoles et les universités devront-elles investir massivement ?

Oui et cela implique un nouveau modèle économique pour nos établissements. On pourrait par exemple imaginer que les écoles deviennent des lieux de certification avec des cours qui se déroulent ailleurs. Imaginez  une école qui délivre un certificat sur la base de connaissances acquises dans des MOOC d’universités prestigieuses ? Ce n’est pas impossible… Regardez la situation du TOEIC ou du TOEFL ? Ces organismes se sont auto-légitimés comme certificateur incontournable, sans aucune autorité de tutelle, tout en délégant la partie pédagogie à d’autres

La société numérique imposera-t-elle un investissement des familles supplémentaires ?

Oui, ne serait-ce que pour disposer de bonnes connections avec des outils performants. Quant à la certification, elle sera payante. Donc, oui il faudra investir. En revanche, le numérique a réduit les distances et rend accessibles des contenus de grande qualité gratuitement. Je suis convaincu que la fracture numérique se fera plutôt sur notre attitude face aux savoirs : sommes-nous de simples clients ou plutôt des acteurs de la digitalisation ?

Les enseignants ont intégré cette révolution numérique ?

Bien sûr ! Il suffit pour s’en convaincre de regarder comment on révise le bac aujourd’hui. YOUTUBE est sans aucun doute un des outils le plus utilisé car des confrères y déposent des contenus formidables, de très grande qualité. Tant que ces enseignants prennent du plaisir à diffuser gratuitement leurs cours, nous pourrons compter sur eux. Chez nous à SKEMA, notre système d’évaluation des enseignants prend en compte désormais notre capacité d’innovation. Cela devrait être aussi important que notre production de recherche.

 

Marc Augier, « La société numérique »

L’ouvrage La société numérique vous propose de réfléchir sur cette transformation et ses implications. Comment des machines numériques peuvent s’interfacer avec des humains analogiques, ou est-ce l’inverse ? De façon totalement anodine les téléphones portables ont dépassé la puissance de calcul des ordinateurs du début du siècle et leur simplicité d’utilisation les met à la disposition de tous. Que veulent dire les mots « savoir » ou « apprendre » quand un dispositif pas plus gros que le silex de l’homme de Cro-Magnon peut répondre à toutes nos questions, hier avec un clavier et un écran à lire, de plus en plus aujourd’hui avec la parole ? Un ouvrage incontournable pour ceux qui veulent réfléchir à la confrontation en cours entre l’intelligence humaine et la savoir inscrit sur le Web, augmenté de nombreuses références pour permettre au lecteur averti d’approfondir les sujets abordés.

La société numérique                                                                                

Février 2016, L’Harmattan

Prix : (format papier) : 25,50€

 

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This entry was posted on lundi, juin 20th, 2016 at 9:00 and is filed under Interview. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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