Le numérique s’impose face au print dans les BU

Signe des temps, le numérique s’impose aussi dans les lieux traditionnels comme les BU avec des abonnements aux revues scientifiques qui progressent fortement. Ce qui n’est pas sans poser de questions, notamment quant aux modalités de tarification. Dans une dépêche de News Tank Education on peut lire : « Les abonnements aux revues scientifiques représentent une part croissante de la documentation des BU ; et, le numérique étant devenu le support essentiel de la recherche, les dépenses consacrées aux abonnements électroniques dépassent désormais très largement celles des abonnements aux revues imprimées, pouvant aller du double à plus du quintuple dans certains cas », indique Gaëlenn Gouret, conservatrice des bibliothèques, responsable du département numérique de la bibliothèque universitaire de l’UBO. 

Voici ci-dessous les points clés de cette dépêche intéressante.

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La production scientifique est aujourd’hui abondante, et les revues nombreuses. Le marché comporte un effet de longue traîne : un petit nombre d’éditeurs dominent, mais avec des parts de marché limitées ; derrière eux figure une longue traîne de très petits éditeurs. Mais il s’agit en réalité d’une économie d’exploitation de marque. Toutes les revues ne sont pas égales en notoriété : les quatre premiers éditeurs (Elsevier, Wiley-Blackwell, Springer, Taylor & Francis) représentent un quart des titres, mais la moitié de ceux ayant un fort facteur d’impact. Il s’agit, par ailleurs, d’un marché captif : près des trois quarts des revenus de l’édition scientifique viennent des bibliothèques. Il en résulte un marché aux prix inélastiques et à la courbe inflationniste.

Les bibliothèques peuvent faire appel à un intermédiaire qui leur fournit l’accès aux ressources et en assure la gestion (agrégateur ou producteur de bases de données), passer par un groupement de commandes (abonnements négociés par Couperin), ou encore s’abonner directement auprès des éditeurs. Le modèle majoritaire est aujourd’hui celui du bouquet de revues : un package non fragmentable comportant des titres incontournables et d’autres à l’intérêt très variable. L’abonnement à des titres isolés reste possible pour certaines ressources, mais elle n’est pas intéressante financièrement, le prix des abonnements titre à titre étant toujours bien supérieur à celui des mêmes revues intégrées dans un bouquet.  Le système des bouquets est toutefois problématique : les contenus échappent à la sélection du bibliothécaire et ne correspondent pas exactement aux besoins des universitaires ; ils sont les mêmes d’une BU à l’autre. On regrette aussi des redondances, avec parfois les mêmes ressources proposées dans plusieurs bouquets ; et les bouquets eux-mêmes ont tendance à fluctuer : les noms donnés par les éditeurs à leurs « collections » changent régulièrement, des titres sont ajoutés, d’autres retirés.

Les modes d’accès dépendent des contrats passés avec les éditeurs des ressources, qui en autorisent la consultation, sous certaines conditions, à une communauté particulière, définie par des critères disciplinaires ou par l’appartenance à un établissement :

  • en fonction de leur statut, les enseignants-chercheurs n’ont donc pas tous accès aux mêmes ressources, ni aux mêmes plateformes ;
  • en fonction de l’éditeur, les modalités de consultation diffèrent : nombre plafonné d’accès simultanés/accès simultanés illimités, streaming/téléchargement, forfait/paiement à la consultation…

Les BU travaillent à harmoniser les modes d’accès, que ce soit au niveau des établissements ou au niveau des Comue, voire au niveau national avec les licences nationales.

Les coûts de la documentation électronique de niveau recherche concentrent aujourd’hui une grande part du budget documentaire des BU : généralement au moins un tiers, parfois plus de la moitié. Contrairement aux abonnements papier, les prix des abonnements électroniques varient d’un établissement à l’autre. Différentes variables peuvent être prises en compte par les éditeurs : la quantité de ressources acquises (à l’unité, par bouquet…), le nombre de sites géographiques, la nature de l’institution, et surtout les FTE (Full Time Equivalent), c’est-à-dire la population de chercheurs desservie. Indépendamment de ces variables, toutes les ressources n’ont pas non plus le même coût ; il existe notamment une grande différence entre les prix pratiqués par les éditeurs à but lucratif et ceux pratiqués par les éditeurs à but non lucratif, comme les sociétés savantes. Ainsi, la Freedom collection d’Elsevier peut parfois représenter à elle seule la moitié du budget consacré aux ressources électroniques. Bien souvent, les grands éditeurs cumulent plus de 80 % du budget consacré à la documentation électronique.

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Cette explosion des coûts de la documentation électronique de niveau recherche, couplée depuis plusieurs années à une baisse significative des budgets documentaires, met en danger l’équilibre des collections des BU. L’enquête menée par l’ADBU sur la période 2002-2014 évalue l’augmentation des coûts de la documentation électronique à + 457,6 %. Face à un choix impossible, certaines BU décident de désabonner massivement, d’autres se retrouvent dans l’incapacité de renouveler l’offre d’ouvrages destinés aux étudiants. De façon générale, l’ADBU constate une forte baisse des achats d’ouvrages imprimés, qui n’est pas compensée par l’achat d’e-books. Cela signifie que, dans bien des cas, le maintien de la documentation de niveau recherche se fait au détriment des ouvrages de premier cycle, ce qui représente un réel danger pour l’égalité des chances et la réussite des étudiants – une enquête menée à Toulouse en 2010 ayant ainsi démontré le lien corrélatif entre emprunt d’ouvrages et réussite aux examens.

Le modèle dominant « lecteur-payeur » montre ses limites – l’université payant en réalité deux fois les publications de ses chercheurs : lors de l’activité de recherche (salaires des chercheurs) et lors de la publication (abonnement pour avoir accès aux publications… de ses propres chercheurs). La solution pourrait se trouver dans le développement de l’open access. Dans son rapport de 2014, l’Académie des sciences recommande par exemple « que les modalités de diffusion des publications scientifiques soient réorganisées selon deux axes complémentaires comprenant, d’une part, les archives ouvertes, et d’autre part un Open Access institutionnel » et propose la « transformation intégrale des budgets d’abonnements de la Recherche publique en budgets d’aide à la publication dans des revues homologuées ». Le projet de loi pour une République numérique, qui devrait être définitivement adopté par le Sénat en septembre, comporte, dans son article 17, des mesures destinées à favoriser l’open access, en renforçant les droits des chercheurs à diffuser librement leurs travaux financés majoritairement sur fonds publics, notamment au sein d’archives ouvertes.

Enfin, plusieurs interrogations : les résultats de la recherche passent-ils aujourd’hui toujours par les revues ? Si les modes d’évaluation de la recherche incitent encore les chercheurs à publier dans les revues les mieux cotées, le développement rapide des réseaux sociaux de chercheurs fait émerger de nouveaux lieux diffusion, en-dehors des circuits éditoriaux. Concurrence ? Complémentarité ? De nouvelles ressources documentaires à prendre en compte au sein des politiques documentaires ?

 

 

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This entry was posted on lundi, septembre 5th, 2016 at 9:00 and is filed under Non classé. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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