Millennials : une légende urbaine ? (suite)

La semaine dernière, nous avons proposé la première partie de l’étude sur les Millenials, voici la suite qui porte beaucoup plus sur le digital et les usages.

Idée reçue n°4 : Plus sensibles aux enjeux écologiques que les générations précédentes, les Millennials sont soucieux de préserver leur environnement, une préoccupation qui se reflète dans leurs usages et comportements.

Si l’apparente posture écologiste des Millennials ne se reflète donc pas entièrement dans leurs actions, le discours lui-même n’est pas aussi écologiste que l’on ne le pense. Ainsi, Jean Twenge, auteur de Generation Me, relève que les « Millennials sont moins susceptibles [que les générations précédentes] de dire qu’ils font des efforts dans leur vie quotidienne pour économiser de l’énergie et préserver l’environnement »51. De même, lorsque l’on demande aux membres de la génération Y de définir le type d’automobiliste qui leur correspond le plus, le qualificatif d’« eco-friendly » arrive à la même place que dans les réponses des autres générations.

Idée reçue n°5 : Les Millennials refusent de se plier à la tyrannie du « métro, boulot, dodo ». Affranchis des contraintes du monde physique par la grâce des nouvelles technologies, tout lieu devient pour eux un potentiel espace de travail ou de loisir.

L’impact des évolutions technologiques sur le monde du travail soulève in fine de nouveaux problèmes : comment gérer l’équilibre entre vie privée et professionnelle, entre impératif de réactivité, flexibilité des temps de travail et équilibre de vie ? De nouveaux défis communs à tous les actifs dont le travail se prête à ce nouveau type d’usages, mais particulièrement pertinentes pour les jeunes qui n’auront pas connu le monde de l’entreprise avant cette évolution. Reste à savoir comment les réponses apportées à ces défis modèleront ou remodèleront la ville de demain.

Idée reçue n°6 : Plus idéalistes et moins individualistes que la génération X (31-45 ans), les Millennials réinventent l’implication citoyenne par le biais des technologies de l’information et de la communication.

Ce diagnostic ne saurait cependant faire l’économie d’une comparaison entre implication des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur d’une part et moindre engagement des non-diplômés de l’autre. Constance Flanagan, Peter Levine et Richard Settersten, chercheurs à l’université de Tufts, relèvent ainsi que parmi les 3 millions d’Américains âgés de moins de 30 ans ayant voté lors des primaires du « Super Tuesday » du 5 février 2008, 79% avaient fréquenté un établissement d’enseignement supérieur. De même, un étudiant de l’enseignement supérieur a trois fois plus de chances d’être contacté par un parti politique qu’un jeune n’ayant pas fait d’études. En matière d’implication politique et civique, c’est donc le passage par l’université, porte d’entrée à l’engagement civique et période de sensibilisation des jeunes aux enjeux politiques, qui conditionne l’envie et la capacité de participer à la vie de la cité. En somme, « une division par classe sociale en termes de participation civique existe depuis de nombreuses générations » (Flanagan, Levine, Settersten). Ici aussi, le niveau d’éducation, et non l’appartenance à la génération des Millennials, s’avère en définitive la grille d’analyse la plus pertinente.

Idée reçue n°7 : Les Millennials urbains nourrissent à l’égard de leurs villes des attentes inédites. La ville dont ils rêvent est dense ; ils l’arpentent à pied, smartphone à la main, surfant sur Internet.

Dans quelle mesure la figure du Millennial jeune urbain connecté, ayant grandi avec un accès à Internet vécu comme un droit et une évidence et supposément porteur d’une demande de connectivité permanente et fluide, n’a-t-elle pas contribué à l’essor de la réflexion sur le développement de la connectivité dans les espaces publics ? En effet, les villes réfléchissent aujourd’hui, en partenariat avec des acteurs privés, à de nouvelles solutions propres à assurer la connectivité dans les espaces publics, logique qui a présidé à l’apparition à New York des bornes WiFi LinkNYC développées par la société Intersection, ou encore au lancement de Veniam à Porto, qui voit véhicules et bus publics se transformer en « hotspots » WiFi. Les images véhiculées correspondent bien à celle du Millennial urbain et connecté. Cette figure a possiblement servi de déclencheur à la réflexion, sinon à l’action, en servant de miroir grossissant à une mutation sociétale en cours avec l’avènement des nouvelles technologies. Et elle peut aujourd’hui toute aussi bien servir à marketer efficacement cette politique en l’associant à une figure séduisante du jeune actif. Mais l’intérêt d’une politique de développement de la connectivité dans l’espace public réside dans sa capacité à en réfléchir les usages au-delà de la seule figure du jeune urbain connecté (qui dispose d’ailleurs déjà d’outils de connexion efficaces) en s’adressant, et en s’adaptant, peut-être en priorité, aux oubliés de l’ère digitale, populations isolées (âgées, sans emploi ou vivant dans la pauvreté) parfois dépourvues de connexion internet à domicile, de forfaits de données mobiles, voire de smartphones, ou aux touristes étrangers, dépourvus de connexion sur leurs téléphones portables.

 

This entry was posted on Lundi, février 13th, 2017 at 9:00 and is filed under Non classé. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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