Moteur de recherche : le tracking ne permet plus de travailler sereinement

Un moteur de recherche européen : c’est essentiel pour Éric Léandri, 47 ans, Président et cofondateur de Qwant. Pas seulement pour des raisons de patriotisme, mais plutôt pour des raisons d’éthique, de transparence et d’acquisition des connaissances. Décryptage.

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Un moteur de recherche français : pourquoi est-ce si important ?

Revenons sur les fondamentaux. L’Internet est composé de sites qui ont des choses à raconter. Mais pour les trouver, il faut un moteur de recherche car, on s’en doute, un annuaire papier ne permet pas de couvrir le milliard de sites actuellement référencés. Et c’est important car il ne faudrait pas qu’Internet se résume à un deep Web, un web invisible composé de sites non indexés auxquels peu de monde peut accéder. Disposer d’un moteur de recherche européen est important pour l’indépendance de l’Europe car l’index imaginé par Google ne peut pas être acheté et donc n’est pas la propriété des usagers. Ils peuvent le modifier, en interdire l’accès ou le rendre payant du jour au lendemain. En conséquence, il nous faut un outil local pour la collecte des datas et leur mise à disposition. Un index européen comme le nôtre permet de délivrer des données ou plutôt des index aux entreprises et à toutes les organisations comme les universités ou centres de recherche, à des prix très raisonnables. Et pour être encore plus précis, Google ne donne en réalité de réponses qu’à un nombre défini de requêtes. C’est donc un problème de souveraineté et de liberté. Impossible de créer des services open source par exemple.

L’index est donc le sujet central ?

Oui. Prenons l’exemple de BlaBlaCar valorisé aujourd’hui plus d’un milliard d’euros. La base de cette valeur, c’est l’index des personnes qui souhaitent bouger de manière responsable. Aujourd’hui, Google est valorisé de manière astronomique, car il dispose de l’index du Web mais aussi celui des personnes.

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Dans le monde de l’éducation, quel est le rôle d’un moteur de recherche ?

Le rôle est de donner les meilleures réponses aux requêtes. Aujourd’hui, sur un moteur comme Google, les réponses sont essentiellement commerciales, sauf si on utilise des adblockers. Pour le public “enfant”, Internet est certes un moyen d’apprendre mais demeure une zone à risques avec les contenus pour adultes, la violence et la publicité. Donc, aujourd’hui, il convient de proposer un moteur dédié aux juniors et centré exclusivement sur les résultats pertinents de l’Internet. C’est ce que nous avons lancé avec Qwant Junior. Avec edu.qwant.com, nous touchons par ailleurs les collégiens et les lycéens avec, là encore, une veille poussée sur les contenus litigieux. Pour le supérieur, nous travaillons sur un produit qui indexera les établissements du monde entier ainsi que leur offre pédagogique. L’intérêt est de proposer des outils innovants de réflexion ou d’extraction pour travailler sur les sujets les plus variés… pas ceux qui nous sont suggérés par la publicité.

Il faut donc repenser le moteur de recherche et ne plus faire confiance au leader ?

L’environnement n’est pas assez sûr et le tracking publicitaire ne permet plus de travailler sereinement. Il faut revenir à l’essence même d’internet, libre et ouvert. Car, le risque est de ne plus pouvoir former nos étudiants de manière indépendante, neutre et transparente. Le phénomène de main invisible est bien présent avec la société dirigée, orientée et pilotée pour des raisons mercantiles. Il nous faut retrouver un outil d’orientation plus neutre et non mercantile. Qwant gagne bien entendu de l’argent sur des problématiques grand public, identifiées comme commerciales. En revanche, pour l’éducation cela ne doit pas être mercantile.

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This entry was posted on lundi, mai 29th, 2017 at 9:00 and is filed under Interview. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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