Un petit monde

Mon point de vue sur le fonctionnement de l’ANR

Je reviens brièvement sur le fonctionnement de l’Agence Nationale pour la Recherche. Le billet d’analyse chiffrée au cours des 10 dernières années a eu un certain succès (des journées à 5000 pages vues, ce qui pour ce blog est plus d’un ordre de grandeur supérieur à la moyenne).

La situation financière est ce qu’elle est et ne peut pas vraiment être imputée à l’ANR elle-même, mais plutôt au pouvoir politique. On voit bien que, si en paroles, la recherche et l’enseignement supérieur sont toujours une priorité pour le pays, ou dans le pire des cas « sanctuarisés », dans les faits la situation est toujours plus dégradée. Je pense qu’une bonne partie des données présentées dans ce blog l’illustrent, sans même chercher à leur donner une interprétation complexe.

Je pense néanmoins que la direction de l’Agence aurait du (mais peut-être n’était-ce pas possible politiquement) avoir une communication franche sur le budget contraint et justifier les choix faits (volonté, par exemple, de ne pas trop diminuer l’enveloppe des projets quitte à baisser le nombre de projets financés). Je crois que la communauté aurait pu entendre un discours réaliste et honnête, même sans l’apprécier. Au lieu de ça, la communication technocratique ronflante autour de l’excellence a largement contribué à irriter les chercheurs. Cette communication a parfaitement été parodiée par des collègues (voir le site de l’ANES, Agence Nationale de l’Excellence Scientifique; for a better excellence and beyond). La parodie est en fait tellement bonne (ou la communication de l’ANR si involontairement amphigourique) qu’il est parfois difficile de distinguer le vrai du faux. Faites le test vous-même: http://excellagence.fr/quiz-anr/

Encore une fois je suis sans doute naïf, mais le décalage du discours déraisonnablement ambitieux et champignacien et les indicateurs chiffrés tels qu’illustrés par exemple dans mon précédent billet (et dont tout le monde était à peu près conscient, même « intuitivement ») n’a pas aidé la communauté à bien vivre les derniers appels génériques: pour ceux qui ont un compte twitter, le taux de sarcasme de la communauté scientifique française augmente fortement à l’approche des deadlines de soumission et à la publication des résultats.

 

La deuxième erreur selon moi, indépendante des problèmes budgétaires (mais hélas, peut-être pas d’injonctions politiques mouvantes) a été l’incapacité, en 10 ans, à mettre en place une procédure d’évaluation à la fois stable et professionnelle à tous les niveaux.

Les règles de soumission changent subtilement chaque année, et fortement tous les 5 ans (passage d’une phase à 2 phases, de 5 pages à 3 pages ou de 50 à 40 puis 30, projets blancs puis défis puis de nouveau probablement projets blancs, mots-clés et représentation mentale, etc).

Les évaluations posent aussi, on ne peut que le constater, souvent problème (que le résultat final soit négatif ou positif d’ailleurs, même si dans ce dernier cas cela est plus facile à vivre): le calendrier n’est pas respecté, le nombre d’évaluations par projet n’est pas constant, il n’y a pas d’harmonisation des évaluations et en première phase, seule la moyenne compte sans autre forme de procès.

Il est courant d’apprendre que le projet a été évalué par un collègue proche ou au contraire par un concurrent direct. Il est arrivé à plusieurs reprises que le porteur d’un projet se voit demander s’il souhaitait évaluer son projet!

Enfin, l’absence totale d’effet mémoire revendiquée permet sans doute de remédier à certains problèmes potentiels mais en créé bon nombre d’autres: un projet peut se voir reprocher l’année n+1 ce qui avait été jugé comme son point fort l’année n, ou bien se voir recaler au 1er tour après avoir été classé en liste complémentaire l’année précédente.

Même au niveau des comités, l’absence d’informations en amont et le caractère fluctuant de celles-ci en fonction des années rendent problématiques l’évaluation et le classement. Il y a ainsi eu un certain nombre de démissions médiatisées ou non, de membres de comités ou de comités dans leur ensemble, après une campagne ou même dernièrement en cours de campagne.

Une fois accepté pour les 10% de chanceux, on peut constater que le contact chargé de projet en interne à l’agence, qui doit être le référent pour toutes sortes de questions liées à l’utilisation du financement, au recrutement etc, change plusieurs fois pendant la durée du projet.

 

Voila, à mon avis, les « péchés » qui sont certes liées aux lignes politiques et aux contraintes budgétaires mais qu’un pouvoir local fort aurait sans doute pu permettre de minimiser. J’aimerais bien au moins que dans 10 ans, si l’ANR existe encore, la procédure de soumission soit plus stable et lisible. Mais rassurons-nous, la recherche sera une priorité du prochain gouvernement.

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