Un petit monde

De la parité à l’Université.

Je vais évoquer ici le sujet de la parité et des inégalités de genre à l’Université.

Je voudrais notamment enrichir les discussions autour de ce graphique que l’on voit beaucoup circuler ces derniers temps:

parité

 

Il est, il faut le dire, assez éloquent: sur la population totale des enseignants-chercheurs (environ 53000 personnes), il y a 36% de femmes, représentant 43% des Maîtres de Conférences, contre 22.5% des PU.

Mais on peut penser qu’il amplifie certains effets, dans la mesure où il est largement corrélé à l’âge (et donc à la période de recrutement). En clair, il est possible que les pratiques aient changé au cours des, disons, 40 dernières années, ou soient en cours de mutation, ce que ce graphe ne permet pas de voir. C’est donc ce que nous allons essayer de regarder ici.

Pour creuser un peu, il faut fouiller, comme d’habitude, le site du Ministère qui met publiquement en ligne toutes sortes de rapports chiffrés sur les personnels enseignants-chercheurs (et même dans certains cas, pour les amateurs, les fichiers excel de données).

J’ai regardé en détails les chiffres pour trois années, 2008, 2011 et 2014 (désolé, je n’ai pas trouvé le temps de faire plus…), ainsi que quelques données de 2003 et 2005 (on ne peut pas forcément facilement remonter plus haut, parce que les rapports eux-mêmes deviennent difficilement accessibles, mais aussi parce que les données genrées n’étaient visiblement pas toujours détaillées il y a plus de quinze ans). 2008 est une année intéressante car on y trouve une analyse non seulement des postes, mais aussi des candidatures.

Quelques graphiques valent mieux que de longs discours:

bilan parité

(cliquer sur le graphe pour le visionner en plein écran)

 

C’est un peu complexe à lire, mais on peut voir plusieurs choses:

– Sur la période 2008-2014, il y a à peu de choses près, accord total entre pourcentages de docteurs femmes, pourcentage de qualifiées aux postes de Maîtres de Conférences (MCF), pourcentage de candidates aux postes MCF, et pourcentage de femmes nommées à des postes de MCF, autour de 44%.

Il y a quelques variations, qu’il faudrait pouvoir creuser sur plusieurs années pour voir si elles sont révélatrices: notamment, le pourcentage plus important de doctorantes que de docteurs en 2011. Est-il révélateur d’un taux d’abandon de la thèse plus important chez les femmes que chez les hommes? (cf cet article). Il faudrait aussi vérifier si la tendance de 2014 (chute de 3 points entre le pourcentage de candidatures à la qualification et celui de recrutées)  est observée sur les années postérieures.

– On constate aussi que l’on a une chute de 10 à 15 points entre le niveau MCF et le niveau Professeur des Universités (PU) (passage de 43% à ~30%). Il y a donc toujours bien une diminution significative de la proportion de femmes nommées aux postes de rang A par rapport à la proportion aux postes de rang B mais cela est assez largement moins marqué que lorsqu’on intègre sur toutes les catégories d’âge (cf le premier graphe).

 

Si l’on se concentre maintenant sur les pourcentages de qualifiées et de nommées MCF et PU en remontant un peu plus loin dans le temps, on obtient ceci:

bilan parité 2

 

Le pourcentage de femmes qualifiées et recrutées à l’échelon MCF est quasi-constant depuis une quinzaine d’années. Le pourcentage de femmes qualifiées et recrutées à l’échelon PU est plus bas, mais augmente assez sensiblement (+10 points en 10 ans).

Or, le temps moyen de passage MCF à PU est d’une douzaine d’années (et n’est pas, de ce que j’ai pu voir, très dépendant du genre ou des disciplines). Donc, le passage PU de 2014 montre bien qu’il y a toujours une sous-représentation des femmes à cet échelon, puisque la cohorte 2003 (11 ans avant) de femmes recrutées à l’échelon MCF était déjà de 43%. Néanmoins, si la pente observée depuis 10 ans sur le recrutement de femmes PU se poursuit, on aura une proportion identique de femmes PU et de femmes MCF nommées d’ici une dizaine d’années. Se pose la question de savoir si cette tendance s’est produite « naturellement » ou si elle a été le fruit d’actions menées (et si oui, lesquelles).

 

Permettez-moi pour conclure une petite discussion autour de ces données:

Les recrutements MCF me semblent donc, du point de vue de la parité, assez fonctionnels depuis une quinzaine d’années au moins. Il n’y a pas non plus de différences significatives d’âge moyen de recrutement entre hommes et femmes. On a entre 40 et 45% de femmes qui candidatent à la qualification, le même taux qui obtient la qualification, le même taux qui postule, et le même taux qui obtient un poste. Doit-on chercher à atteindre 50% en moyenne? Je n’en sais rien (certains domaines fonctionnent avec 60% de femmes, d’autres avec 20, et là il faudrait faire, je crois, quasiment une analyse par section avec des disparités remontant probablement au moins au secondaire).

Au niveau PU, on identifie clairement une baisse de la proportion de femmes, qui semble s’atténuer avec le temps. Pourtant, on voit que la qualification n’est pas plus refusée aux femmes qu’aux hommes, mais que les femmes qui en proportion la demandent moins. Une vraie question est de comprendre pourquoi les femmes demandent moins la qualification PU que les hommes.

Cette question est d’ailleurs assez proche de ce qu’on a pu observer pour la PES (prime d’excellence scientifique, 2009-2012): si les femmes l’ont moins (29% de femmes MCF bénéficiaires, 20% de femmes PU bénéficiaires) c’est avant tout parce qu’elles la demandent moins (32% de candidatures de femmes MCF, 21.5% de candidatures de femmes PU).

 

Notes:

– Pour finir, je recommande la lecture de ce rapport, qui donnera beaucoup d’autres informations intéressantes à ceux qui veulent approfondir ce sujet.

– Un collègue avait également écrit sur le sujet.

– Cet article a bénéficié de discussions avec ma collègue C. Truchet (qui n’est pas nécessairement d’accord avec tout ce que j’ai écrit).

– J’ai choisi de ne pas traiter le cas des Présidents d’Université, qui me semblent avoir un échantillonnage trop faible pour discuter d’évolutions fines. Mais il est vrai que c’est un cas très symbolique.

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