Un petit monde

Etat des lieux à l’Université – 3

Suite (et peut-être fin) de la série sur l’état des lieux à l’Université commencé ici, puis poursuivie la et la.

Le terme « état des lieux » est sans doute présomptueux, dans la mesure où il ne s’agit que de donner quelques indicateurs chiffrés, nécessairement incomplets, sans nécessairement d’analyse explicative les accompagnant. Les sources sont les mêmes que celles utilisées dans les articles précédents, les lecteurs sont invités à s’y référer pour plus d’informations.

Dans cet article, je vais montrer l’évolution des effectifs enseignants pendant les (quasi) 20 dernières années, par grande famille disciplinaire, et par catégorie de personnels (hors vacataires, puisque, comme signalé par ailleurs, ces chiffres ne sont à ma connaissance pas accessibles publiquement).

Rappelons tout d’abord l’évolution des effectifs étudiants:

 

Rappelons donc que si le nombre d’étudiants à l’Université (incluant les IUT) a augmenté de 20% sur les 5 dernières années, il était auparavant resté quasiment constant pendant les 15 à 20 années précédentes autour de 1400000.

Plus spécifiquement, par grande discipline, on a ces évolutions:

 

Si le droit et surtout la santé ont des effectifs en constante évolution (plus de +50% pour la santé en 20 ans, plus de +20% pour le droit), les effectifs en sciences et en lettres sont restés similaires à ceux du début des années 2000, l’augmentation récente ayant compensé une chute importante des effectifs aux alentours de 2010.

 

On peut maintenant s’intéresser à l’évolution des effectifs enseignants en fonction des différentes catégories de personnels (PU, MCF, ATER et doctorants avec mission d’enseignement, enseignants du secondaire, PH et assistants, catégorie de personnel supprimée par le décret de 1984).

On obtient ceci pour le droit:

 

Si jusqu’en 2010 ou 11 l’évolution est assez proche de celle des effectifs étudiants de la discipline, on note depuis plus de 5 ans une stagnation (voire une légère baisse, de 1 à 5% selon que l’on regarde les effectifs ou les ETP, principalement due à une baisse des postes d’ATER non compensés par l’augmentation du nombre d’enseignants du secondaire).

 

Pour les lettres, on obtient ceci:

 

Ici, les effectifs ont assez substantiellement augmenté (avec néanmoins une stagnation – mais pas de baisse- depuis 2010), de quasiment 20% en 20 ans (que l’on raisonne en total de personnels ou en ETP; la différence ETP et personnes physiques est ici assez marquée du au grand nombre d’enseignants du secondaire avec, a priori, double service enseignement par rapport à un MCF ou PU). Alors qu’en parallèle, les effectifs étudiants ont stagné (3% d’augmentation entre 2001 et 2017). On notera aussi un grand mouvement d’entrants enseignants du secondaire en 2008, en tout cas tel qu’annoncé par les rapports RERS, sans que ceci soit explicité (je n’en connais donc pas la raison, peut-être s’agit-il d’une histoire liée aux IUFM).

 

Pour les sciences, l’évolution des effectifs enseignants est la suivante:

 

On peut voir une augmentation des effectifs de l’ordre de 5% (un peu plus) entre 2001 et 2017, pendant que les effectifs étudiants progressaient d’un peu plus de 10%. Comme pour le droit, bien que cela soit moins marqué, la tendance est similaire: l’augmentation des effectifs étudiants assez prononcée sur les 5 dernières années est couplée à une diminution des effectifs enseignants.

 

Enfin, dans le domaine de la santé:

 

On ne voit quasiment aucune évolution en 20 ans, pendant que les effectifs étudiants augmentaient très fortement. Il apparaît que le domaine de la santé est le plus en tension actuellement, même si ces chiffres peuvent masquer d’autres causes de tension discutées par ailleurs (en sciences par exemple, multiplication de formations « sélectives » à effectifs réduits, L3 pro, masters en apprentissage… qui, même à effectif étudiant constant, ont pu amener une sensation de saturation chez les personnels enseignants).

 

Voila. Si d’autres idées me viennent (ou vous viennent) sur le sujet, j’y reviendrai avec plaisir. Sinon, bonnes vacances et à bientôt (le temps de trouver le sujet d’une prochaine analyse).

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Commentaires (2)

  1. Olivier Ridoux

    Est-il possible de prolonger ces diagrammes vers le passé jusque vers environ 1960 ou 1970. En effet, la massification de l’enseignement supérieur a commencé bien avant 2000. Et il serait intéressant de voir comment les effectifs enseignants ont suivi.

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    1. Guillaume Miquelard-Garnier (Auteur de l'article)

      Bonjour,
      Désolé pour le délai de réponse. Je n’ai pas trouvé les données pour le faire en détails discipline par discipline mais j’avais pu le faire sur les chiffres globaux:
      http://blog.educpros.fr/guillaume-miquelard-et-paul-francois/2015/11/17/complement-sur-les-effectifs-a-luniversite/
      En fait, il y a un décalage de 5-10 ans entre l’arrivée massive d’étudiants et le recrutement massif d’enseignants-chercheurs: ça nous laisse un peu d’espoir que l’histoire se répète pour dans quelques années, même si on ne voit rien venir…

      Répondre

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