Les 100 ans de l’égalité entre étudiants français et étrangers

EN CE MOIS DE JANVIER 2016, NOUS FÊTONS LE 100e ANNIVERSAIRE D’UNE MESURE MÉCONNUE, mais qui pourtant marque un jalon essentiel de l’histoire de l’université française, celui de l’affirmation, par les plus hautes autorités de la République, du principe de non-discrimination entre étudiants français et étudiants étrangers en matière de paiement des droits universitaires.

Beaucoup de choses ont déjà été dites autour de la question des droits d’inscription pour les étudiants étrangers à l’université, que d’aucuns souhaiteraient différencier – à la hausse – de ceux dont s’acquittent les Français, dans l’espoir de dégager quelques marges de manœuvre budgétaires en ces temps de disette. Un élément mériterait cependant d’être convoqué dans les discussions, celui des origines historiques de cette égalité tarifaire de l’université entre Français et étrangers. C’est un petit épisode que j’ai eu l’occasion de mettre au jour dans ma thèse de doctorat, et dont voici les grandes lignes.

Tout remonte à la fin du XIXe siècle, quand la France de la Troisième République s’interroge alors sur la façon d’attirer à elles les étudiants étrangers du monde entier, notamment pour les détourner de son concurrent direct : l’Allemagne. Après plusieurs longs débats, une question est vite perçue comme décisive par les principaux acteurs : les étudiants étrangers sont obligés de s’acquitter de droits universitaires plus élevés que les Français, ce qui en dissuadent certains de venir étudier en France. Pour accéder à une formation, outre les frais de scolarité classiques, les étrangers doivent en effet payer des frais d’équivalence, dont la somme correspond à tous les frais d’inscription, d’examen, de bibliothèques et de certificat qu’un étudiant français aurait été tenu de payer depuis le baccalauréat pour en arriver au même niveau d’étude.

Cette situation, l’université républicaine, qui proclame tous les étudiants égaux devant elle, ne peut la tolérer. De nombreux universitaires se mobilisent au début des années 1900, relayés jusqu’au plus haut sommet de l’État par des figures comme Ernest Lavisse, « l’instituteur national », ou encore Georges Leygues, député et ancien ministre de l’Instruction publique, qui donne de la voix au Parlement à ce sujet en mars 1914 : « Les universités ont organisé des cours spéciaux pour les étrangers, elles ont édifié des maisons pour les étudiants étrangers, elles ont créé des offices […], tout cela pour les attirer à nous. […] Au moment même où on fait de grands sacrifices et où on veut ouvrir largement la porte aux étudiants étrangers, on élève une barrière pour les empêcher de passer, et c’est une barrière financière. […] La Suisse et l’Allemagne, précisément pour arrêter au passage les étudiants qui se dirigeaient vers la France et les retenir, ont supprimé les droits de scolarité et ont accordé des équivalences à titre gratuit ».

À force d’arguments, la raison universitaire l’emporte : en 1914, le Parlement français vote l’abolition des frais d’équivalence pour les étudiants étrangers, consacrant leur égalité parfaite avec les étudiants français devant les frais universitaires. Si le déclenchement de la Première Guerre mondiale quelques mois plus tard allait en retarder la mise en œuvre, un arrêté fut finalement promulgué à ce sujet, par le président de la République, Raymond Poincaré, le 18 janvier 1916, il y a tout juste 100 ans. Un manque à gagner pour le budget de l’État équivalent tout de même à 16% de la subvention alors allouée par ailleurs aux universités. Mais qu’importe les finances ! Au cœur du plus grand conflit jamais traversé par la France, la République en guerre avait préféré faire le choix des principes, ceux de l’égalité et de l’ouverture.

Toute ressemblance avec des situations ou des personnages existants ne serait pas que pure coïncidence…

Guillaume Tronchet
Chroniques de diplomatie universitaire
© 2015-2016

L’internationalisation des universités françaises : éléments pour une histoire

FOR MANY POLICY MAKERS IN FRANCE, INTERNATIONALIZATION OF HIGHER EDUCATION IS A NEW SUBJECT. “Internationalization: it’s time to invest”, concludes a recent report presented in January 2015 by the French government. “It’s a new challenge for France”, said the organizers of the Congress of the French Grandes Ecoles already in 2010. People have short memories. They have forgotten – or simply do not know – that French universities were pioneers and leaders in internationalization between the end of the 19th and the middle of the 20th century, before being outshone by the United States and some other European countries. How can this be explained? And how can history help in understanding some of the current trends in French higher education policy? […]

Lire la suite dans International Higher Education, n°83, 2015. Pour la version espagnole, c’est ici. En attendant la publication de ma thèse, en français cette fois.

Meilleurs vœux 2016 aux lectrices et lecteurs de ce blog, que les questions universitaires internationales passionnent !

Guillaume Tronchet
Chroniques de diplomatie universitaire
© 2015-2016