25 mai 2016

Pour les Nobel, le projet de budget de l’ES-R constitue « un suicide scientifique et industriel »

« Hasards de l’actualité : nous avons appris le même jour que les dépenses de recherche et développement (R&D) de l’Etat fédéral allemand ont augmenté de 75 % en dix ans, et que le gouvernement français annulait 256 millions d’euros des crédits 2016 de la Mission recherche enseignement supérieur (Mires), représentant un quart des économies nécessaires pour financer les dépenses nouvelles annoncées depuis janvier. » C’est l’appréciation sur le budget de l’ES-R que portent, dans une tribune publiée par « Le Monde »(23.05.2016), sept Prix Nobel et une médaille Fields. Les auteurs poursuivent :

« Au sein de ces mesures, on note que les principaux organismes de recherche sont particulièrement touchés, le CEA, le CNRS, l’INRA et Inria, pour une annulation globale de 134 millions d’euros.

 Nous savons combien les budgets de ces organismes sont tendus depuis de longues années. Ce coup de massue vient confirmer les craintes régulièrement exprimées : la recherche scientifique française, dont le gouvernement ne cesse par ailleurs de louer la grande qualité et son apport à la R&D, est menacée de décrochage vis-à-vis de ses principaux concurrents dans l’espace mondialisé et hautement compétitif de la recherche scientifique. Exemple parmi d’autres, le gouvernement américain vient de décider de doubler son effort dans le domaine des recherches sur l’énergie.

Ce que l’on détruit brutalement, d’un simple trait de plume budgétaire, ne se reconstruit pas en un jour. Les organismes nationaux de recherche vont devoir arrêter des opérations en cours et notamment limiter les embauches de chercheurs et de personnels techniques. Ce coup d’arrêt laissera des traces, et pour de longues années. Le message envoyé par le gouvernement n’incitera pas non plus la jeunesse à se tourner vers les métiers de la recherche scientifique et de la R&D en général.

 Une analyse récente de la société Thomson Reuters plaçait trois organismes français, le CEA, le CNRS et l’Inserm, parmi les dix organismes publics les plus innovants au monde, illustrant ainsi le fait que notre pays dispose bien de la recherche de base et d’une R&D de qualité, conditions nécessaires pour mener à bien le redressement économique du pays.

 Nous sommes encore loin des 3 % du PIB fixés comme objectif pour les dépenses de R&D par la stratégie Europe 2020, et nous n’y parviendrons pas en fragilisant à ce point les principaux organismes de recherche. Les mesures qui viennent d’être prises s’apparentent à un suicide scientifique et industriel.

 Dans ce monde incertain, la qualité de notre recherche est un atout considérable. La recherche française est un des pôles reconnus de la science mondiale multipolaire et nous devons maintenir et consolider cette position enviable. Car il n’y a pas de nation prospère sans une recherche scientifique de qualité. Puisse le gouvernement français entendre cet appel. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

24 janvier 2016

Plan de simplification de l’ESR : s’attaquer d’abord à l’essentiel

 

Thierry Mandon vient d’annoncer un « Plan de simplification pour l’Enseignement supérieur et la Recherche»:http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid97694/plan-de-simplification-pour-l-e.s.r.-lancement-de-la-phase-de-consultation-elargie.html.

Sur ce sujet, j’avais écrit il y a quelques mois un billet pseudo-humoristique intitulé : « La recherche et l’enseignement supérieur bénéficieront du choc de simplification » (1 novembre 2014).

 Le problème est de savoir si Thierry Mandon entend limiter le débat aux simplifications administratives (sur lesquelles nous ne cracherions pas), ou s’il veut surtout s’attaquer à la complexification (et au dirigisme) de notre système, et ce en ligne avec les engagements du Président de la République qui, dans son discours de Nancy (05/03/2012), affirmait :  « Il va nous falloir aussi simplifier le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche devenu illisible par l’accumulation de nouvelles structures. Les chercheurs doivent se consacrer à leurs recherches plutôt qu’à rechercher des financements. »

Dans cet article j’insistais sur 3 mesures majeures, reprises ici, mot pour mot. Elles semblent d’autant plus justifiées que ni l’ANR, ni les PIA n’ont conduit au moindre accroissement des dépenses de recherche publique versus le PIB, selon l’OCDE.

1- La première mesure consiste à limiter le rôle de l’ANR à des opérations ponctuelles, du type « Le Concours national d’aide à la création d’entreprises innovantes ». Ses crédits destinés aux appels d’offre seront transférés aux organismes de recherche pour qu’ils organisent, ensemble, des actions coopératives pluridisciplinaires.

2- La deuxième mesure de simplification conduirait à banaliser les crédits des « investissements d’avenir » (PIA1 : Idex, Labex, IRT, etc.) en les faisant gérer par le secrétariat d’Etat à l’ESR.

3- La troisième mesure consisterait à interdire à l’AERES d’évaluer elle-même des formations de recherche. Le but serait, afin d’évaluer les UMR, d’habiliter les instances d’organismes et, pour les équipes d’accueil, de mettre sur pied une coopération entre ces dernières et le CNU.

 En tout état de cause, il faut de faire un bilan des regroupements d’universités et en tirer les conséquences. Si les expériences tentées ne sont pas toutes totalement négatives, il en va autrement des COMUE. Celles-ci apparaissent comme une dilution des universités dans un ensemble d’écoles, grandes et petites, et d’établissements avant tout administratifs. Sont aussi membres des COMUE des organismes de recherche nationaux, qui n’ont rien à y faire comme membres à part entière.

Ces COMUE conduisent non seulement à la forte marginalisation des personnels élus dans les décisions, mais aussi au transfert de la politique scientifique aux mains de gens incompétents en la matière. Sans parler du triomphe bureaucratique. L’explosion de Paris-Saclay montre l’ampleur de la catastrophe.

Ces critiques ne visent pas, comme le suggèrent de facto certains, à revenir à un système d’universités indépendantes, gérées par la loi LRU de Valérie Pécresse. Il faut tout remettre à plat et arrêter de construire bureaucratiquement des organigrammes de direction. A l’inverse, il faut d’abord développer les coopérations scientifiques et pédagogiques de façon à avancer par étapes, le cas échéant dans la mise en commun d’activités ou de structures, chacune de ces étapes ne devant être franchie qu’appuyée sur un large consensus.

Bien entendu, ces propositions n’ont de sens réel que dans le cadre d’un plan national de l’emploi scientifique et de la réaffirmation du rôle premier des établissements dans les financements.

20 décembre 2015

Quel avenir pour les « investissements d’avenir » ???

Le nouveau rapport de la Cour des comptes (1) sur les investissements d’avenir (PIA) réouvre ce dossier. Ce d’autant plus que François Hollande a annoncé le lancement d’une troisième tranche de ces PIA (PIA3) de 10 milliards. Hélas, à son tour, il se gargarise avec « l’excellence » et l’image renvoyée par ses discours fait peine : on y trouve tout ce qu’il y a d’éculé, d’antiscientifique et de primaire dans la propagande de Pécresse : « Il faut allier la démocratisation à la qualité et à l’excellence », « C’est la démocratisation que l’on veut, pas la massification. C’est faire de la réussite. » Et à propos des « 1,5 milliard d’euros d’investissements consentis à Saclay », il déclame : « Vous serez parmi les meilleurs au classement de Shanghai » (!!!).

 Genèse des PIA

Les investissements d’avenir ou « grand emprunt » (2) ont été lancés par Sarkozy en 2010, pour un montant de 36 milliards (PIA1) dont plus de 20 consacrés à l’ESR : Idex, Labex, Equipex, SATT, IRT, etc… 12 milliards ont été rajoutés par le gouvernement Ayrault (PIA2) dont la moitié pour l’ESR. Pour l’essentiel les PIA sont versés sous forme de capital dont seuls les intérêts sont consommables.

Dès leur parution, nous analysions le principe de ces PIA (3) sur le Site du SNCS-FSU (24/11/09) sous le titre évocateur : « Le grand emprunt ou la grande illusion ».

Des PIA, non pas en plus, mais à la place des crédits budgétaires

En effet, dès l’annonce de leur création, Sarkozy (2) avertissait que l’argent des PIA se substituerait aux crédits budgétaires : « L’emprunt s’articule pleinement avec notre stratégie de réduire le déficit structurel dès que la croissance le permettra. Les intérêts de l’emprunt seront compensés par une réduction des dépenses courantes dès 2010 et une politique de réduction des dépenses courantes de l’Etat sera immédiatement engagée ». Et effectivement, dès le début 2010, 125 millions avaient été annulés en crédits budgétaires, alors que pas un sou de l’emprunt n’avait été dépensé, et 92 millions encore fin 2010.

Sous cet aspect, dans son rapport de 2011, la Cour des comptes affirmait déjà (4) : les PIA « ne financent pas tous de nouveaux projets. […] Ils sont destinés parfois à financer des opérations antérieurement annoncées mais qui n’avaient pas obtenu de financements, à apporter des ressources complémentaires à des opérations lancées mais dont les plans de financement étaient incomplets, voire à se substituer à des crédits budgétaires annulés en gestion 2010 ou devant être réduits en 2011. »

La Cour confirme dans son rapport de 2015 : « Sans chercher l’exhaustivité, il est aisé d’identifier de nombreuses actions qui ne respectent pas le principe d’additionnalité ou de non substitution et dont certaines constituent même une forme de débudgétisation, leur objet n’entrant pas dans les finalités assignées au PIA. » Et la Cour d’énumérer dans de longues pages : « Des opérations discutables dès l’origine, (…) Le financement de projets lancés avant la création du PIA mais sans financement, (…) La substitution du PIA à des financements préexistants, (…) Des opérations dont la nature ou la finalité ne relèvent pas du PIA. » Et la Cour de conclure : « Ce constat conforte l’analyse faite au chapitre I sur la stabilisation des crédits d’investissements de l’État et de ses opérateurs, malgré la création du PIA. »

Pour être certain de cette affirmation, nous avons comparé, dans les données de l’OCDE, les dépenses de recherche de l’enseignement supérieur par rapport au PIB (DIRDES) et celles des organismes d’Etat, une totale stabilité est observée, malgré les prétendus milliards des PIA.

EN % du PIB          2010          2011         2012          2013

DIRDES/PIB          0,47            0,46          0,47           0,46

DIRDES/PIB           0,30           0,30          0,29           0,29

 Des procédures antidémocratiques

Dans ses deux rapports, la Cour est très sensible au fait que « la gestion extrabudgétaire des crédits du PIA a donc des conséquences très significatives, puisqu’en les exemptant du respect des règles de la LOLF, elle prive le Parlement d’une partie de ses capacités de contrôle et d’intervention sur les actions menées. » « Ce programme exceptionnel a été mis en place par l’intermédiaire d’un montage particulièrement hétérodoxe au regard des principes budgétaires. En outre, ces crédits ont été exclus du périmètre sur lequel est apprécié le respect de la norme d’évolution des dépenses de l’Etat. (….) Ainsi conçu, le mécanisme des investissements d’avenir affectera durablement la lisibilité du solde budgétaire »

 Ces procédures sont scandaleuses car elles substituent à une évaluation scientifique sérieuse par les pairs et suivie dans la durée, des choix par des comités Théodule nommés, dont on n’est assuré ni de leurs compétences, ni de leur capacité de suivi. Au moment où le ministère annonce une simplification du système, la première mesure à prendre est de transférer la gestion des PIA en cours vers le ministère et leur évaluation vers les vraies instances scientifiques.

Pour l’emploi, il faut un emprunt, géré par le Ministère, de 20 milliards sur 10 ans

Pourquoi des PIA3 ? Parce que les PIA ayant été calculés pour se substituer sur le long terme à la baisse des crédits budgétaires, la suppression des PIA entraînerait une baisse importante et visible des moyens de l’ES-R. C’est notamment le sens de l’appel du secrétaire d’Etat Thierry Mandon qui plaide pour « soutenir durablement les dispositifs d’excellence déjà lancés ». Celui-ci veut aussi récupérer les financements importants des PIA1 et des PIA2 non encore versés.

Notre problème n’est pas le principe de l’emprunt (la France emprunte chaque jour), mais son montant et sa gestion. Pour le montant, créer 5000 emplois de plus chaque année pendant 10 ans nécessite 2,5 milliards de plus par an, 4 en décomptant l’intégration des précaires et une (modeste) amélioration des carrières.   Soit, en cumulé (1+2+3+4.+…), plus de 20 milliards sur 10 ans.

 

(1) Cour des comptes, le programme d’investissements d’avenir https://www.ccomptes.fr/…/20151202-rapport-programme-investissements-…

(2) http://www.elysee.fr/president/root/bank_objects/09-12-14dossierdepresseEmpruntnational.pdf

(3) « Le grand emprunt  ou la grande illusion ». Site du SNCS-FSU (24/11/09)

(4) les abominables mensonges de la Cour des comptes contredisent les vérités limpides énoncées par Sarkozy. http://www.sncs.fr/article.php3?id_article=2941

 

 

24 novembre 2015

Je-me-souviens@Pécresse.com

Pécresse a repris sa campagne. Montant à l’assaut de l’Ile-de-France, tout en préparant son (éventuel) poste de Premier Ministre en 2017, elle fait feu de tout bois. Et il faut bien reconnaître qu’en matière de propagande, d’arnaque et de mensonges, le savoir-faire de cette dame est magnifique : n’a-t-elle pas réussi à faire croire à la France entière, pendant des années, que les crédits de l’enseignement supérieur et de la recherche avaient explosé sous son ministère ?

 Et elle continue aujourd’hui sur le même ton : « Depuis 2012, que n’ai-je entendu dans certains cénacles politiques et universitaires sur la réforme que j’ai portée en 2007! L’autonomie serait à l’origine de tous les maux de l’université française, et pire, elle les aurait mises en faillite. Heureusement, cette propagande électorale a été balayée par la Cour des comptes (CC) qui est venue rétablir la vérité : de 2007 à 2012, le financement de l’enseignement supérieur français a rejoint puis dépassé la moyenne des pays de l’OCDE. Quel désaveu pour tous ceux qui ont abondamment critiqué cette loi de libertés et de responsabilités des universités ». (http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1410395-universites-bafouees-jeunesse-sacrifiee-faisons-le-choix-de-l-autonomie-veritable.html).

Pourtant, dans un court (pré) rapport en 2014, la Cour dit tout autre chose. Qu’on en juge !   (http://www.ccomptes.fr/content/download/78881/1977204/version/1/file/20150127-refere-71096-allocation-moyens-etat-universites.pdf)

Il y est d’abord montré que, vu la bureaucratisation et la multiplication des structures inventées par Pécressse, « la Cour a rencontré d’importantes difficultés pour déterminer les montants alloués chaque année par l’État aux universités et pour en apprécier précisément les évolutions sur la période étudiée. (…) Elle souligne également que le découpage par actions est faiblement lisible et peu opérationnel. La répartition des crédits entre les actions, ainsi que l’affectation de la masse salariale entre l’enseignement et la recherche relèvent de méthodes de calcul conventionnelles qui ne correspondent pas à une réalité mesurée [souligné par nous]. En outre, il est impossible, à la seule lecture des documents budgétaires, de déterminer la réalité de certaines dépenses ». Au total, « Les crédits budgétaires ont augmenté de 9,6 % entre 2008 et 2012. Cette hausse de 9,6 % doit être relativisée en raison de l’évolution de la masse salariale, principal poste de dépenses des universités, et du niveau de l’inflation : le salaire net moyen de la fonction publique d’État a augmenté de 11,8 % entre 2007 et 2011, et l’inflation a atteint, entre 2008 et 2012, 8,8 %. » Il ne reste donc rien. Rappelons* que Pécresse avait été critiquée en son temps parce qu’elle sortait, chaque année budgétaire, des chiffres attestant que l’engagement de Sarkozy en faveur de l’ESR avait été tenu (1,8 milliard de plus par an, une paille !), alors que la croissance avait été quasi nulle.

 Un autre rapport tout récent et non rendu public, plus accablant encore, a été résumé par Le Monde du 25/08/2015.

« Les universités ont accompli leur passage à l’autonomie financière, imposée dans la douleur à partir de 2009, au prix d’importants sacrifices et au détriment de la qualité des formations. C’est ce qu’indique un rapport confidentiel de la Cour des comptes, que Le Monde a pu consulter. Un document qui se lit comme un réquisitoire contre l’autonomie, non pas dans son principe, mais telle qu’elle est mise en œuvre aujourd’hui. Les magistrats de la rue Cambon mettent en exergue le fait que le nombre d’enseignants a baissé entre 2008 et 2013, tandis que les effectifs d’étudiants augmentent. ‘’Alors que les effectifs enseignants avaient progressé plus rapidement que les effectifs étudiants de 2001 à 2008, la dynamique s’est inversée depuis 2009’’, regrette la Cour. » Bel hommage !

 Si la Cour des Comptes établit clairement que, comme à son habitude, Pécresse ment, elle en souligne aussi les consequences : « Le rapport de la Cour des comptes montre que, sur le terrain, les conditions d’études se dégradent rapidement. Compte tenu du niveau très élevé de l’échec en licence, ce constat fait l’effet d’une douche froide. Selon les mesures, entre un quart et un tiers des étudiants seulement arrivent à obtenir leur licence en trois ans, de 40 % à 50 % en quatre ans, et un sur cinq abandonne ses études sans diplôme. »

 Beau bilan qui justifie une promotion !!! Elle s’est tant occupée de vous, il est temps de vous occuper d’elle.

 * Références sur ce blog

- Budget de l’enseignement supérieur et de la recherche (suite) : la ministre se trompe . Une excellente note de Terra Nova. 

- Budget : dans sa réponse à Terra Nova, la ministre aggrave son cas

- Après le rapport de « Terra Nova », personne n’aura le droit d’affirmer que le financement de l’ES-R a augmenté d’un seul kopek depuis 2007

3 novembre 2015

La Stratégie nationale de recherche : des choix de recherches finalisées qui excluent la société et même les scientifiques

La Stratégie nationale de recherche vient d’être présentée devant le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) : SNR, rapport de propositions et avis du conseil stratégique de la recherche, mars 2015. La présentation commence par des citations de la loi sur l’enseignement supérieur et la recherche de 2013 : « Les priorités [de la SNR] sont arrêtées après une concertation avec la communauté scientifique et universitaire, les partenaires sociaux et économiques et des représentants des associations et fondations […], les ministères concernés et les collectivités territoriales. » Or, bien que ce document soit très précis sur les thématiques qu’il propose comme sur les principes d’organisation qu’il affirme, aucune concertation n’a eu lieu avant sa publication – une simple consultation en ligne permettant d’afficher un respect de l’obligation légale. Et si la même loi indique que la SNR comporte une « programmation pluriannuelle des moyens », les précisions financières se limitent à cette annonce. Pour le reste, le texte s’analyse comme la conclusion des « réformes » de Pécresse.

 Tout ce qui ne relève pas du budget stricto sensu est « hors SNR »

Si tous les financements budgétaires sont sous la coupe de la SNR, les sources « étatiques » de financement de la recherche privée y échappent, en particulier les 6 milliards de crédit d’impôt recherche ainsi que le Programme des Investissements d’Avenir. Pourtant, ces dispositifs ont été contestés à répétition non seulement ici même mais aussi notamment par la Cour des Comptes et l’Inspection générale des finances.

 La SNR est un redoutable outil d’orientation des recherches …des seuls établissements publics

La SNR n’intervenant pas dans le financement de la recherche des entreprises, ses seules cibles sont les organismes de recherche et les universités. La SNR décline ses «objectifs» : « Fixer des priorités sans chercher à couvrir l’ensemble du champ de la recherche scientifique », « Hiérarchiser les priorités de recherche pour répondre aux grands enjeux socioéconomiques », « Fédérer les acteurs et les faire adhérer à la stratégie nationale élaborée ». Le problème est que si la recherche doit répondre à des objectifs de la société – certains organismes sont même centrés sur telle ou telle finalité – le CNRS et les établissements ont aussi, collectivement, la mission de promouvoir le progrès des connaissances sans en attente de retombées a priori. Rien n’est dit sur cette mission, si ce n’est une vague phrase disant que la SNR doit se réaliser en « maintenant une recherche fondamentale de haut niveau », recherche fondamentale qui peut d’ailleurs être aussi finalisée. Certes, toutes les recherches liées au progrès des connaissances ne vont pas pour autant disparaître, mais la SNR se donne tous les moyens de les comprimer fortement en se contentant de reprendre les 9 défis sociétaux de l’ANR pour dégager 4 actions prioritaires.

 Les établissements dans un carcan

« La déclinaison de la SNR [se fait] dans les contrats pluriannuels des organismes de recherche et des établissements d’enseignement supérieur et dans la programmation de l’Agence nationale de la recherche (ANR), et dans les autres financements publics de la recherche. » Il est important de noter que dans la présentation de la SNR, les organismes et les agences de financement sur projet sont présentés à égale importance. En effet, l’ANR est là pour corriger ce que la contractualisation pourrait avoir de trop laxiste ! Il est presque comique de constater qu’après avoir « normalisé » le CNRS, la SNR confie « aux Alliances et au CNRS [le soin] d’assurer la cohérence d’ensemble entre orientations stratégiques, et mise en œuvre opérationnelle. » Des fois que le carcan ne soit pas assez solide …

 La neutralisation du Comité national de la recherche scientifique

Jusqu’ici, c’est au Comité national de la recherche scientifique (CoNRS) qu’était dévolue la mission de « conjoncture » et de prospective de la recherche française. Peut-être fallait-il trouver les procédures utiles afin de mieux associer les recherches finalisées ou industrielles. Mais le scandale est que ni le CoNRS, ni les autres instances scientifiques des organismes ne sont même cités. En lieu et place est créé le Comité de pilotage de la stratégie nationale, qui n’a rien à voir avec le Conseil supérieur de la recherche et la technologie, dont la composition incluait des membres des instances scientifiques ainsi que des représentants des confédérations syndicales et patronales. Ici, plus rien de cela, c’est l’entre-soi : ce Comité est composé (admirez le nombre de sigles) « des ministères concernés, CGI, CGSP, D2IE, Alliances, CNRS, CEA, CPU, CDEFI, ANR, CNES, Association Carnot, BPI, pôles de compétitivité et entreprises ».

Par ailleurs, l’organe essentiel d’écoute des attentes de la nation en matière de science existe depuis plus de 30 ans : c’est l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), d’ailleurs pas représenté dans le Comité. Alors qu’il serait fécond que ce soit une instance de dialogue entre les scientifiques et l’OPECST qui ait la mission de définir des axes de recherche répondant aux souhaits de la société, la SNR cantonne, au contraire, l’OPECST dans un rôle d’évaluation a posteriori.

 Ainsi donc, sous couvert de rapprocher recherche et société, en vérité la SNR ne fait que marginaliser la communauté scientifique et retirer tout rôle à la société dans la formulation des attentes vis-à-vis de la recherche, tout en stérilisant par avance les débats potentiels.

 

2 octobre 2015

A propos des chercheurs : une agression médiatique

Lors de l’émission « C dans l’air » de France5, portant notamment sur les fonctionnaires, une « journaliste » s’est lancée dans une agression gratuite, infondée et donc scandaleuse contre les chercheurs en alléguant son témoignage : « Moi qui suis grenobloise, il y a des centres de recherche énormes à Grenoble, avec des gens qui étaient nommés à vie – comment voulez-vous qu’on cherche et surtout qu’on trouve pendant toute une vie ? Quand ils arrivent à 25 ans, 28 ans, ils sont pleins d’ardeur puis après ils vont sur les pistes de ski et dans les clubs de tennis, à Grenoble c’était comme ça, c’était tous les chercheurs qui étaient là, bien évidemment ! Ils sont nommés à vie c’est terrible, ça n’a pas de sens ! Donc il y a vraiment des domaines où on peut envisager des réformes ».

 Cette « journaliste », Hélène Pilichowski, a accompli une majeure partie sa carrière – 33 ans déjà – au Dauphiné libéré. Elle intervient aussi à La Chaîne Parlementaire, LCI, France Info… Auteur, elle a écrit un livre intitulé « Sarkozy et la presse : histoire d’un désamour ». Toutes choses qui ne lui donnent, on en conviendra, aucune connaissance et aucune compétence pour parler des chercheurs, sauf qu’elle sait les identifier sur les pistes de ski parmi tous les skieurs grenoblois, diable ! Ce qui sème – soit dit en passant – quelques doutes sur son sérieux lorsqu’elle aborde d’autres sujets et sur le sérieux des émissions qui la mettent à l’antenne….

 Mais revenons au sujet principal. Cette « journaliste » ne sait visiblement pas qu’on est recruté comme chercheur public, actuellement, à 33/34 ans et non comme elle a l’affirme à 25 ou 28 ans. C’est pas comme les journalistes….

 « Comment voulez-vous qu’on cherche et surtout qu’on trouve pendant toute une vie ? » interroge-t-elle ? Tout comme on peut rester enseignant, commerçant, notaire ou plombier, toute une vie ! Etre chercheur scientifique, c’est un métier, à ne pas confondre avec par exemple chercheur d’or ! Même si une partie des chercheurs change de métier, même si les modes d’intervention dans la recherche évoluent avec l’âge, nombreux sont ceux qui bien qu’à la retraite demandent à  devenir « émérites » pour continuer dans leurs laboratoires, mais gratuitement. Tas de fainéants !!!!.

 Pour qui veut connaitre (avant d’en parler) la situation des universités de Grenoble, sachez qu’elle est plus qu’honorable. « Pour la quatrième fois en cinq ans, Grenoble l’Institut national polytechnique (INP) arrive en tête du classement des établissements les plus actifs en matière d’innovation et de recherche du magazine Industrie & Technologies » ;  « Les entreprises plébiscitent les activités des laboratoires des écoles d’ingénieurs. Reconnues pour leur excellence académique, les écoles d’ingénieurs sont aussi des partenaires de choix en matière d’innovation. Leurs doctorants et leurs enseignants-chercheurs travaillent avec les entreprises, déposent des brevets, voire créent des start-up. », « Les écoles de Grenoble INP progressent encore au classement de L’Etudiant », « Grenoble INP arrive, pour la 2ème année consécutive, 2ème au classement général de l’Usine Nouvelle, juste derrière Polytechnique, et conserve sa 1ère place pour la recherche. C’est la troisième fois que le groupe occupe cette seconde place des écoles françaises d’ingénieurs sur le podium de l’Usine Nouvelle. » Voilà ce qu’on peut lire sur Grenoble INP, bien que fonctionnant avec des chercheurs à vie … Les SHS ne sont pas en reste :  « S’intéressant à l’insertion professionnelle des diplômés de master, Le Monde a classé l’université Stendhal en première position des 10 meilleures universités françaises en sciences humaines et sociales et l’Université Pierre-Mendès-France en 6e position dans les domaines du droit, de l’économie et de la gestion. » Pour les autres disciplines, l’’Université Joseph Fourier se distingue dans plusieurs classements thématiques : groupe des 51-100ème meilleures universités mondiales en Earth and Marine sciences (2ème université française) et groupe des 101-150ème meilleures universités mondiales en Environmental sciences (1ère université française), en Materials science (3ème université française) et en Physics and Astronomy. »

 Voilà chers amis. Ce texte va être envoyé à France5 pour demander réparation et aux autres chaines où cette « journaliste » intervient. Vu son incompétence, gageons que les français se diront, un de ces jours, en l’entendant : est-ce que journaliste c’est un métier qu’on peut exercer toute une vie?

29 septembre 2015

Les crédits pour l’innovation amputés, les rentes de Gattaz sanctuarisées

Les modestes crédits d’aide à l’innovation vont-ils être sabrés, alors que les dons au patronat, les rentes de Gattaz, infiniment plus importants, restent sanctuarisés ? C’est ce que laisse entendre le gouvernement. Au delà de l’enseignement supérieur et de la recherche publique, l’auteur a toujours manifesté dans ce blog le plus grand intérêt pour l’innovation et la recherche industrielle. Il ne s’agit pas de s’opposer aux aides de l’Etat aux entreprises privées mais d’affirmer que ces aides doivent être transparentes, évaluées et financer des besoins du pays. En ce sens, il a toujours préféré les aides « ciblées » sur un objectif plutôt que les dons de l’Etat sans engagement du privé.

De nouveaux rapports officiels montrent l’échec total de la politique qui a été suivie avec le CIR et le CICE qui, pour un résultat quasi-nul, coûtent autant que tout l’enseignement supérieur et la recherche publique, tous salaires inclus.

 Le Crédit d’impôt innovation : une initiative qui était positive

Autant nous avons critiqué les 6 milliards du CIR, autant nous avons souligné des aspects positifs dans « le plan innovation ». Ce plan, modeste, de quelques petites centaines de millions par an, est basé non sur des dons mais sur des prêts à faible taux ou des aides remboursables. Il a mis en route « des prêts pour aider toutes les étapes de l’innovation » ou un nouveau fonds de capital-risque de 500 millions.

 Aides à l’innovation : 172 M€ d’économies sur 3 ans sont préconisées

C’est ce qu’annonce un rapport auquel a participé l’Inspection générale des finances (IGF) et l’AEF en a donné un large écho. Ces 172 M€ – dont 100 M€ d’économies immédiatement – représentent une part importante des 670 M€ inscrits pour l’aide à l’innovation dans la loi de finances. A savoir, 40 M€ sur l’enveloppe du Fonds unique interministériel finançant les projets collaboratifs des pôles de compétitivité, 30 M€ sur l’enveloppe de l’ANR dédiée au financement des projets de recherche collaborative-entreprises, 20 M€ sur le soutien aux clusters Eurêka apporté par la Direction générale des entreprises : telles sont les principales sources d’économies sur les aides à l’innovation qu’identifie l’IGF.

Comme le soulignent Les Echos (03/09/2015) « 172 millions d’ici à trois ans, cela peut paraître modeste au regard des quelque 9 milliards d’euros de soutien public à l’innovation reçus par les entreprises ». Aussi est-il précisé que « la commande aux auteurs était de passer en revue les seules aides budgétaires accordées par le ministère de l’Economie, de la Recherche ou de l’Environnement. Et donc de ne pas regarder du côté du crédit d’impôt recherche (par lequel passe 60 % du soutien public à la R&D et à l’innovation) ni du côté du programme d’investissements d’avenir, des outils considérés comme intangibles par l’Elysée. »

 Le CIR une nouvelle fois mis en cause

Le rapport rappelle que si les financements publics directs sont « en légère baisse de 7,2 % entre 1992 et 2012, les dépenses fiscales et sociales dédiées au CIR (crédit impôt recherche) et aux JEI (jeunes entreprises innovantes) ont été multipliées par 9,3 sur la période ».

Le rapport « insiste sur la nécessité de se doter d’une vue d’ensemble de tous les dispositifs d’aide à l’innovation, quels qu’en soient les supports budgétaires et fiscaux, car au-delà de l’évaluation des procédures de soutien, c’est l’écosystème dans sa globalité qui doit être évalué, simplifié et rationalisé.

(…) Le taux de l’aide du CIR doit conduire à s’interroger sur le niveau optimal de soutien. (…)  Le choix radical de concentrer sur le seul CIR plus de 60 % des soutiens publics à la RDI pose question ». D’autant que les entretiens menés montrent que « ce dispositif est davantage perçu par les entreprises comme un outil d’allégement fiscal que comme un réel instrument destiné à encourager l’effort de R&D »

 Un gros doute sur les PIA industriels : « l’efficacité des moyens mis en œuvre »

Les mêmes auteurs estiment aussi que « les montants mobilisés dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir sur certaines actions, dans des proportions parfois très supérieures aux crédits alloués à certains dispositifs du périmètre de la revue de dépenses, peuvent poser la question de l’efficacité des moyens mis en œuvre » du fait de «  la création de nouveaux acteurs de transfert de technologie, qui viennent s’intégrer dans un paysage où il existe déjà beaucoup d’autres dispositifs de ce type ». C’est le cas aussi « des Instituts de recherche technologique, des Instituts pour la transition énergétique et des sociétés d’accélération du transfert de technologie, auxquels le PIA consacre « respectivement 1,975 Md€, 889 M€ et 911 M€».

 Les 25 milliards du CIC détournés de leur objectif.

« CICE : où sont passés les 25 milliards ? ». C’est la question que pose Libération du 20 septembre 2015 en analysant le rapport 2015 sur le CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi). Censé favoriser l’investissement et l’exportation, « le CICE accorde à toute entreprise un crédit d’impôt dont le montant équivaut, en 2015, à 6 % de l’ensemble des salaires compris jusqu’à 2,5 Smic ». Fin juillet 2015, ce dégrèvement d’impôt devrait atteindre 18,2 milliards à la fin de l’année ». Trois fois plus que le CIR

« L’assiette de calcul du CICE étant limitée aux salaires compris jusqu’à 2,5 Smic, c’est là où les salaires sont les moins élevés que le bénéfice du CICE est le plus fort. En tête, donc : l’hôtellerie et la restauration (87 % de la masse salariale est concernée par le CICE), les activités de services administratifs (83 %) ou encore la construction (78 %). Pas vraiment des secteurs menacés de délocalisation.

Toujours en raison du fait que le CICE profite davantage aux entreprises aux plus bas salaires, celles dont l’effort en recherche et développement est le plus élevé bénéficient moins du crédit d’impôt. Cet écueil se retrouve pour les boîtes confrontées au commerce international. Le CICE profite moins aux entreprises les plus tournées vers l’exportation, relève ainsi le rapport. »

 «  Censé redonner de la compétitivité aux entreprises, notamment industrielles, et plus encore à celles exposées à la concurrence internationale, il continue de profiter davantage, en proportion de leur poids dans l’économie, aux sociétés. Plus inquiétant, enfin : le rapport 2015 note que les entreprises bénéficiant le plus du CICE sont celles qui – avant la mise en place du dispositif – investissaient globalement le moins. »

 

Comme nous l’avons souligné dans le passé et comme le dit implicitement la Cour des Comptes, ces procédures non budgétaires constituent une monstruosité démocratique. Désormais, au travers des crédits d’impôt et des PIA notamment, la représentation nationale n’a aucune vision globale des financements par l’Etat de l’ESR public et privé. Et bien sûr aucun rôle dans les choix à effectuer.

21 septembre 2015

ANR : rouvrir le débat sur le financement de la recherche

Parce qu’elle mettait fondamentalement en cause le rôle et le financement de la recherche des organismes et des universités, la majorité des scientifiques s’est fermement opposée à la création de l’Agence nationale de la recherche (ANR) en 2004. Loin d’avoir été une source supplémentaire de crédits, le financement par l’ANR a d’abord été permis par la chute des crédits recherche des établissements. Elle a vu ensuite baisser ses propres crédits : le taux de succès d’une réponse aux appels d’offre est passé de 26 % en 2005-2007 à 10 % aujourd’hui. De ce fait, nous avions montré il y a déjà deux ans que l’ANR coûtait plus cher en termes de comptabilité analytique (temps de constitution et d’évaluation des dossiers) que ce qu’elle distribuait sous forme de crédits.

 Nos prises de positions sont aujourd’hui corroborées par la lettre ouverte de démission de Patrick Petitjean de son rôle de président du comité de Physique sub-atomique, Science de l’Univers, Structure et histoire de la Terre de l’ANR. Celui-ci affirme que « pour la sélection ANR 2015 en Sciences de l’Univers, seulement 5 projets collaboratifs et 3 projets jeunes chercheurs ont été acceptés cette année pour, respectivement, 60 et 33 projets déposés. Le taux de succès est donc entre 8 et 9 %. Ce taux est plus petit que celui de l’ERC [European research council]. »

 Au delà de l’ANR et des agences médicales, cette politique d’appels d’offre sur projet s’est fortement généralisée du fait des Programmes d’investissement d’avenir (PIA), Idex, Labex, IRT, etc., enlevant  ainsi aux établissements une grande partie de leur rôle propre et de mise en œuvre d’une politique scientifique, et transformant les scientifiques en chercheurs … de financements.

 Dans ses premières déclarations, Thierry Mandon a montré qu’il avait conscience de la situation difficile du budget de la recherche. Pour notre part, il est clair qu’il y a à présent une double urgence : le doublement des crédits de base attribués par les établissements aux laboratoires et la mise en route d’un plan pluriannuel de l’emploi scientifique. L’objectif à atteindre, quant au montant des crédits publics, doit être un premier objet de discussion entre le Secrétaire d’Etat et les syndicats.

 « Il y a encore beaucoup à faire en matière de simplification. Je compte faire de ce sujet l’une des priorités de mon action dans les mois qui viennent (…). Un chercheur n’est pas là pour remplir des foules de dossiers. Consacrer un peu plus de temps à faire leur travail, c’est ce qu’ils souhaitent le plus ardemment. Il est du rôle et du devoir de la puissance publique de les mettre dans cette situation », a déclaré Thierry Mandon. Il y a là un sujet qui mérite aussi  l’ouverture de négociations. De ce point de vue, l’auteur estime qu’il est important que les syndicats fassent des propositions pour reconstruire l’ESR français.

Ci-dessous, par exemple un résumé des propositions du SNCS-FSU dont l’auteur est membre. 

1- La politique scientifique doit être basée sur les organismes et les universités, ainsi que sur leurs coopérations contractuelles, notamment au travers des UMR. Par contre le SNCS-FSU est hostile à la participation des organismes aux COMUE comme membres à part entière.

 2- Les établissements coopèrent entre eux au travers d’actions pluridisciplinaires, gérées par l’un d’eux.  De même, les établissements peuvent prévoir des procédures spécifiques permettant aux jeunes chercheurs d’accéder à leur autonomie scientifique.

 3- Les financements des diverses composantes des PIA devraient être progressivement intégrés dans les structures normales, GdR ou Fédérations de laboratoires par exemple.

 4- L’ANR devrait être supprimée. Par contre devrait être créée une instance paritaire entre les scientifiques et les membres de l’OPECST (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques) ayant pour rôle de définir de grands thèmes répondant aux besoins du pays en matière économique et sociétale (santé, environnement, ville, etc.). Repris et adaptés par les coopérations inter établissements susmentionnées, ces actions pourraient bénéficier d’un financement spécifique.

 5-Toutes les actions sur appel d’offre doivent être évaluées par les instances scientifiques du type Comité National et doivent fonctionner sur emplois budgétaires.

6 septembre 2015

Un espoir pour l’enseignement supérieur et la recherche ???

L’auteur a été assez critique sur l’action de la gauche en matière d’enseignement supérieur et de la recherche (ESR), pour n’avoir aucun complexe pour affirmer que les intentions du nouveau secrétaire d’Etat, Thierry Mandon sont plus qu’intéressantes. Bien entendu, rien n’est joué et peut-être sera-t-il dans l’impossibilité de concrétiser quoi que ce soit. La longue liste (ci-dessous) de ses citations montre qu’il a compris le problème dans son ampleur et qu’il le fait savoir au pays.

Ce serait une erreur de n’y voir qu’une manœuvre politicienne. Il faut se saisir des nombreuses affirmations positives de Thierry Mandon pour aider à leur réalisation. Les choses n’avanceront pas du seul fait du changement de ministre.

 Sur l’importance de l’enseignement supérieur et de la recherche

 

-  » C’est un honneur et une chance de pouvoir m’occuper de ce magnifique secteur que je porte dans mon cœur depuis plusieurs années « .

-  » Il faut redonner aux chercheurs leur place dans la société, la considération qui doit leur être portée au sein des institutions, des administrations, du monde économique et social « .

-  » Sans sa recherche, la France redevient un petit pays « .

-  » La recherche est la colonne vertébrale de la France. C’est vous, les chercheurs, qui tenez la France debout et la tirez vers le haut ».

-  » Notre recherche a su formidablement résister aux diktats de l’utile à tout prix et a su s’ouvrir à des coopérations sans perdre son âme. « 

-  » On a besoin d’audace, on a besoin de risques, on a besoin d’aventure, on a besoin d’une université rayonnante qui retrouve sa place dans la société et qui retrouve les liens qu’elle a eus par le passé avec les Français. « 

-  » Ce n’est pas simplement un combat budgétaire mais politique. Les dépenses d’avenir, l’ESR doivent devenir prioritaires, au même titre que le budget de la culture. »

 Sur le budget

 

- « Allons-nous annoncer de nouveaux moyens pour l’université ?
La question chemine. Il y a un nouveau pacte à trouver entre la nation et l’enseignement supérieur public. « 

-  » Le budget pour 2016 était parti sur de mauvaises bases et est en train d’être corrigé sur des bases qui me vont mieux « .

-  » Je considère qu’il y a un énorme problème budgétaire dans le long terme pour former, par des formations de qualité, les jeunes Français, et pas seulement l’école, le collège et le lycée, mais après. Dans l’emploi d’aujourd’hui, il faut être qualifié et il va falloir mettre beaucoup plus de moyens dans le long terme qu’on en met aujourd’hui et ça doit commencer maintenant. »

 Sur l’emploi scientifique

 

-  » Des bac + 7, hyperspécialisés, qui sont souvent lâchés dans la nature dans une gigantesque et absurde déperdition de talents. »

-  » Nous sommes en train de finaliser un plan pour l’emploi des jeunes docteurs, notamment dans les EPST, afin de dépasser les tensions sur la pyramide des âges des chercheurs qui s’annoncent pour les deux ou trois prochaines années ».

-  » J’ai travaillé avec mon cabinet cet été pour faire avancer ce dossier dans les 18 prochains mois ».

- « Dans certains cas, les Comue pourront être un outil permettant de sortir ces jeunes chercheurs de la succession de CDD »

-  » Une autre piste à l’étude : des recrutements en entreprise en contrepartie du CIR. « 

- « J’ai aussi discuté avec Marylise Lebranchu cet été de la reconnaissance du doctorat dans la haute fonction publique « .

 Sur les modes de financement

 

- » Il y a des choses à faire pour revitaliser le système. Il faut partir de la vie quotidienne des étudiants et des chercheurs, ainsi que des charges administratives surréalistes pour des personnels répondants à des appels d’offres. »

-  » Le pilotage de la recherche par appels d’offres s’est développé ces dernières années, mais ce financement pose un double problème au système : il y a beaucoup de demandeurs et peu d’élus. Si les projets sont à durée déterminée, les chercheurs salariés, eux, ne le sont pas « .

-  » Il faut un diagnostic partagé sur ces modalités de financement, qui ont pu défavoriser les SHS pour lesquelles faut un rééquilibrage « .

-  » Il y a encore beaucoup à faire en matière de simplification. Je compte faire de ce sujet l’une des priorités de mon action dans les mois qui viennent « .

- « Un chercheur n’est pas là pour remplir des foules de dossiers. Consacrer un peu plus de temps à faire leur travail, c’est ce qu’ils souhaitent le plus ardemment. Il est du rôle et du devoir de la puissance publique de les mettre dans cette situation. »

-  » Auparavant, l’État misait sur les PPP pour les financements et confondait engagement sur la durée et urgence tout en confiant les clefs à des grands groupes. L’université Paul Sabatier (Toulouse) a la bonne idée de s’interroger sur cela. Je tenais à le souligner et à vous en féliciter. Si nous pouvons le reproduire ailleurs l’abandon des PPP, nous le ferons. « 

 Sur les étudiants

 

- « Je vous l’avais dit avant l’été et je vous le confirme, les étudiants qui n’ont pas de place en auront une avant la fin du mois de septembre. Jour après jour, on trouve des solutions individualisées, tous les recteurs sont mobilisés et j’ai nommé quelqu’un à mon cabinet chargé de veiller à ce que l’ensemble des étudiants aient la solution qui leur va. »

-  » Il n’y aura pas d’augmentation des droits d’inscription à la fac cette année. « 

-  » Une autre solution pour augmenter les ressources des universités : leur confier dès la rentrée 2016 une partie de la formation professionnelle… et le budget qui va avec. « 

-  » L’effort de construction de 40 000 nouveaux logements sociaux destinés aux étudiants d’ici fin 2017 sera poursuivi. « 

-  » Un plan national de vie étudiante destiné à simplifier les démarches et à renforcer l’accès aux droits, à améliorer la santé et les conditions de vie, et à dynamiser la vie de campus et l’engagement des étudiants.  »  

2 septembre 2015

Le sénateur, le notaire et le scientifique

Après une interruption, nous reprenons ce blog là où nous l’avions laissé : à l’audition des syndicats de l’ESR par la Commission d’enquête du Sénat sur le Crédit d’impôt recherche (CIR), réunion du 04/05/2015.

Pour suivre l’intervention de l’auteur au nom du SNCS-FSU lors de cette audition, voir  : http://videos.senat.fr/video/videos/2015/video28351.html.

La Commission d’enquête sur le CIR : pour auditionner les syndicats, seuls deux sénateurs présents sur   les 21 membres de la commission

 

Chaque groupe du Sénat possède un « joker » pour obtenir une commission d’enquête. Le groupe communiste (CRC) avait utilisé le sien pour demander et obtenir une commission sur le Crédit d’impôt recherche (CIR). Cette commission, constituée de 21 membres représentatifs de tous les groupes, était présidée par Francis Delattre (UMP, LR), Brigitte Gonthier-Maurin (CRC) en étant rapporteur.

Les syndicats de l’ESR ont certes été auditionnés. Ils étaient tous présents et avaient passé du temps pour que leurs interventions soient argumentées et convaincantes. Mais seuls le Président et la Rapporteur étaient là pour les entendre et les questionner. Les 19 autres membres étaient absents, même si le sénateur socialiste Berson est arrivé à la toute fin. Bravo à tous ! On mesure là tout l’intérêt des sénateurs pour l’ESR, l’un des secteurs les plus importants pour l’avenir du pays.

Un président UMP peu recommandable, scandaleusement partial et surtout non informé du sujet

 

L’obscur sénateur choisi par l’UMP comme président n’a qu’un seul haut fait d’armes à son palmarès, la diffamation. Ainsi, « lors de la campagne pour les élections régionales de 2010 en Île-de-France, il a affirmé que le candidat tête de liste socialiste dans le Val-d’Oise, était un ‘’délinquant multirécidiviste chevronné’’. M. Delattre fut critiqué aussi bien par la gauche que par des membres de l’UMP. Il est condamné le 10 janvier 2012 » d’après Wikipédia (1 000 euros avec sursis, dommages et intérêts,  frais de justice, publication du jugement dans trois organes de presse).

Comme on peut le constater dans l’enregistrement cité plus haut, cet homme n’était pas venu pour entendre les analyses des syndicats, « qu’il a écouté avec beaucoup de patience » (sic). Il était là pour les contredire. Quitte à dire n’importe quoi, comme par exemple que la France et l’Allemagne avaient des efforts de recherche très proches, alors que les chiffres qu’il avance lui-même montrent que l’effort de l’Allemagne, versus le PIB, est de 30 % supérieur à celui de la France, et ce, depuis des années…

In fine, comme on le sait, le rapport de la Commission n’a pas été voté et donc interdit de diffusion, alors que par le passé différents rapports parlementaires avaient vertement critiqué le CIR. Marque s’il en fallait d’un désintérêt pour les déficits publics et d’un profond mépris pour les scientifiques. Ah ! s’ils avaient été notaires ou buralistes, il en eût été autrement !

Les parlementaires UMP aux petits soins avec les notaires et les buralistes

 

Nous avons souvent dit dans ce blog que les corporatismes sont d’autant plus virulents que les couches concernées sont plus favorisées. C’est, parmi une foultitude de professions, le cas des « professions règlementées » comme les notaires qui, d’après une étude officielle rapportée par Le Monde.fr du 23/07/2014, ont un revenu médian de 13 284 euros/mois et même de 19 772 euros/mois pour les 25 % les mieux payés. En d’autres termes, après une durée d’études semblable à celle des professeurs des écoles, ils gagnent 5 fois plus.

Quand il a été question de simplement écorner ces privilèges médiévaux, « le harcèlement des députés, fut le nouveau sport des notaires », (…) ils ont fait la démonstration d’un lobbying d’une intensité qu’on n’avait pas connue depuis longtemps (Libération du 27/01/2015) ». Sous le titre « Quand les notaires écrivent les amendements de la loi Macron », INFO FRANCE 2 (27/01/2015) nous apprenait « qu’il y a une semaine, les représentants des notaires ont envoyé aux locataires du palais Bourbon un document résumant leurs treize propositions d’amendements. » Les desiderata des notaires ont été repris mot pour mot, sous forme d’amendements, par 174 députés, soit le tiers d’entre eux. Ces députés sont tous UMP pour les amendements les plus significatifs. Dans Le Bien public (30/01/2015), Cécile Untermaier, rapporteur du volet « professions juridiques réglementées » de la loi, révèle « qu’elle a reçu des menaces, des tweets avec un ton extrêmement menaçant ». Elle précise aussi que « de nombreux députés ont été invités à déjeuner. On leur a, par la même occasion, proposé des amendements  clés en main qu’ils n’avaient qu’à signer et déposer. »  Si nous n’avons pas les chiffres sur le nombre d’amendements, le même phénomène s’est produit au Sénat.

 La bataille héroïque des sénateurs UMP contre le paquet de cigarettes « neutre » est un autre exemple de la défense des poujadismes les plus néfastes. Même si nous sommes conscient de l’importance des cafés-tabac dans les petites villes et que nous estimons utile que les députés se penchent sur la façon de maintenir leur niveau de vie, n’empêche : tout autre chose est la défense corporatiste et les manifestations organisées par le lobby des buralistes contre le paquet de cigarette « neutre » alors qu’il s’agit de questions de santé publique. S’il n’y avait personne pour écouter les scientifiques, les sénateurs ont, par contre, reçu individuellement et collectivement les buralistes, et ça a marché ; en commission, les sénateurs UMP ont supprimé le projet de paquet de cigarettes neutre.

 Il est grand temps de s’occuper des vraies priorités du pays.