Une politique de démolition durable (I)
Du fait de la rigueur, il ne semble guère plausible que le gouvernement fasse l’effort budgétaire nécessaire pour de ne pas aggraver encore notre retard sur les pays avancés en matière de recherche, notamment en accroissant, comme il l’a promis, de 1,8 milliard le budget de l’enseignement supérieur et la recherche. Il est donc légitime de s’interroger sur l’origine de la dette française, prétexte à cette rigueur. Ce d’autant que, dévoilant ses hypothèses de croissance pour la France à horizon 2018, l’Insee estime que « la perte de recettes au moment de la crise et la hausse des intérêts de la dette vont peser sur l’endettement public et la croissance ».
Alors la crise, cause de la situation actuelle ou révélateur de celle-ci ? Les deux à la fois, mais sans oublier que, bien avant la crise, les politiques suivies n’ont fait que gonfler la dette, accentuer les inégalités et sacrifier l’avenir. C’est ce que nous allons montrer.
I- « Des riches toujours plus riches » (INSEE)
Des inégalités incroyables de revenus
Comme le résume l’Observatoire des inégalités, pour la première fois en France, l’Insee diffuse des données sur les revenus les plus élevés. Pour l’Institut, la population des « hauts revenus » commence au seuil des 10 % les plus aisés. C’est-à-dire à 35 677 € par an, 3 000 € par mois pour une personne seule. Certes, c’est très, très loin des 0,01 % du haut de la pyramide, qui touchent 82 000 € par mois au minimum et 105 000 € en moyenne. Mais à 3 000 € on entre parmi le dixième le plus riche, et l’on touche deux fois plus que le revenu « médian » (qui sépare en deux la population).
Le tableau de l’Insee ci-dessous s’entend avant impôt (mais il sera montré que, vu les niches fiscales, cela ne change pas grand-chose). Il ne s’agit ici que de revenus déclarés, donc hors fraude et évasion fiscale.
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2004 en € moyenne |
2007 en € moyenne |
Hausse en % (€ constants) |
Hausse en € |
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0 à 90 % les plus bas |
15 490 |
16 913 |
+ 9 (+ 4) |
+ 1 423 |
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10 % les plus riches |
43 379 |
48 003 |
+ 11 (+ 6) |
+ 4 624 |
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1 % les plus riches |
101 922 |
118 634 |
+ 16 (+ 11) |
+ 16 712 |
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0,1 % les plus riches |
263 017 |
335 246 |
+ 27 (+ 22) |
+72 229 |
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0,01 % les plus riches |
907 932 |
1 269 555 |
+ 40 (+ 35) |
+361 623 |
Des inégalités qui s’accroissent
Comme le montre le tableau ci-dessus, entre 2004 et 2007, donc avant la crise, l’écart de revenus s’est envolé. La strate des « 10 % les plus riches, incluant celle de 0,1 % et des 0,01 %, on peut déduire que pour plus de 95 % des Français, la croissance du revenu en € constant a été de l’ordre de 1 % par an et dix fois supérieure pour les 0,01 % les plus riches ».
Que s’est-il passé depuis 2007 ? Selon l’Observatoire des inégalités, « on n’en saura guère plus probablement avant 2013 quand paraîtront les données 2010. Les très riches n’ont pas été à la fête en 2008 et 2009 (…) mais le phénomène est impossible à mesurer avec précision. Reste que la baisse récente est loin d’avoir compensé la hausse des années précédentes, et qu’au premier frémissement économique ces revenus se remettent très vite à grimper. En tous cas dans le domaine de la finance où les bonus des traders flambent déjà à nouveau… »
La rente plutôt que le travail
Dans le contexte actuel de la réforme des retraites, le gouvernement, comme une partie de la presse (Les Echos), parle « d’un effort équilibré entre les revenus des ménages et les entreprises », une façon d’éviter de parler des écarts entre les revenus du capital et ceux du travail, comme le fait l’Insee et le résume l’Observatoire des inégalités.
Les 10 % de hauts revenus reçoivent 1/4 des revenus d’activité (surtout des salaires), mais les 2/3 des revenus du patrimoine et les 4/5èmes des revenus dits « exceptionnels » (stock-options, vente d’actions, parachutes..). Les « très hauts revenus », les 1 % les plus riches selon l’Insee, captent à eux seuls 5,5 % des revenus d’activité, 32,4 % des revenus du patrimoine et près de la moitié des revenus exceptionnels. Il s’agit d’environ 600 000 personnes, qui touchent en moyenne 10 000 € par mois, toujours avant impôts.
Les revenus financiers ou de l’immobilier sont encore plus concentrés dans le haut de la distribution: ils représentent en moyenne 2,6 % du revenu des 90 % les moins rémunérés, contre la moitié pour les 0,01 % les plus riches.
La triste histoire de ce pauvre Antoine
L’auteur a failli pleurer en attendant Christine Lagarde et François Fillon, voulant justifier le bouclier fiscal, raconter l’histoire de ces pauvres hères contraints de travailler six mois au profit du fisc, n’arrachant leur premier euro, à la sueur de leur front, que le premier juillet et sous une chaleur écrasante. Pas loin de l’esclavage ! J’ai alors pensé à cette triste histoire du pauvre d’Antoine, alias Antoine Zacharias, ex-PDG de Vinci, telle que la raconte Le Monde.fr.
« Son salaire annuel est passé de 2,9 millions d’euros en 2003 à 3,3 millions d’euros en 2004, puis 4,2 millions d’euros en 2005. Ces changements ont eu des répercussions en cascade sur l’indemnité de départ et sur la retraite complémentaire annuelle calculées à partir du dernier salaire annuel. L’indemnité de départ était fixée à 12,8 millions d’euros, sa retraite complémentaire annuelle à 2,1 millions d’euros, sans compter les plans de stock-options ».
4,2 millions par an, autant que 4 semaines de dons au Sidaction qui avait lieu en même temps que le procès où Zacharias a été acquitté : il n’y avait pas « abus de biens sociaux » au détriment de l’entreprise. Mais, sur le dos des Français ?. Certes, Vinci est une entreprise privée, mais qui paie ce monstrueux salaire ? Vous et moi, et quelques millions de français, par exemple lorsqu’ils paient deux heures de parking souterrain Vinci en ayant stationné une heure et dix minutes, quand Vinci facture des travaux aux particuliers ou à l’Etat, ou obtient la construction du LGV par partenariat public-privé.
Et qui paie, in fine, les sursalaires, stock-options ou parachutes dorés des banquiers ? Tous les français du fait, et ce n’est qu’un modeste exemple, des scandaleux frais bancaires récemment mis sur la place publique. Le pauvre Antoine n’est en effet pas seul à être pauvre. En 2007, la moyenne des revenus des patrons du CAC 40 était de 4,7 millions : 308 années de SMIC …
A suivre…
Alors la dette ? l’impôt ? C’est simple : grâce aux niches fiscales, le taux d’imposition sur le revenu des 10 % les plus riches est en moyenne de 20 % et n’atteint que 25 % pour les 0,01 % ultra-riches… Les successions sont allégées, les paradis fiscaux se portent bien et la dette atteint l’insupportable, faute d’avoir fait payer à temps ceux qui le pouvaient et qui le devaient.
A suivre …
Mais on a quand même fait 3 milliards d’économies en portant l’âge légal de la retraite de 60 à 62 ans. Ceux qui, parmi les 20 % les plus pauvres, avaient commencé à travailler jeunes et avaient continué volontairement jusqu’à 62 ans pour porter leur retraite un peu au-dessus du SMIC, ils sont punis pour cette ambition arrogante. Puisque les riches ne veulent pas payer, il faut bien faire payer les pauvres. Du reste, comme le disait je ne sais plus qui : « les pauvres s’ils veulent devenir riches, ils n’ont qu’à faire des économies ». Et ils auront alors droit à une « retraite complémentaire de 2,1 millions » comme ce pauvre Antoine …
A suivre …







