Docteurs : la France 25ème sur 26 au palmarès mondial.
« Les difficultés d’insertion professionnelle des docteurs, les raisons d’une exception française » est le titre de la note récente du Centre d’analyse stratégique (CAS) de juillet 2010 (1), note qui complète le rapport de « L’Observatoire de l’emploi scientifique » (2).
Dans le résumé de son rapport, le CAS indique « qu’alors que les jeunes diplômé de niveau master ont un taux de chômage de 7 %, celui des titulaires d’un doctorat culmine à 10 %. » Il s’agit là de la seule exception au phénomène qui veut que le taux de chômage diminue avec le niveau de qualification passant de 32 % pour les travailleurs non qualifiés à 4 % pour les élèves des (grandes) écoles, du moins d’après le CEREQ.
Le taux de chômage des docteurs est trois fois supérieur en France que dans la moyenne des autres pays développés (1). L’ampleur de cet écart ne saurait donc s’expliquer par les aléas sur la comparativité des statistiques internationales. Pourtant, la France ne forme que 11000 docteurs/an, contre 15000 pour le Royaume-Uni et 25000 pour l’Allemagne. En taux de croissance du nombre de docteurs formés entre 1998 et 2006, la France (+ 0 %) se classe 25ème sur 26 pays étudiés par l’OCDE (1).
Aux 10 % de docteurs au chômage, il faut ajouter (2) les 28 % des jeunes docteurs qui sont toujours en CDD trois ans après la fin de la thèse en 2007.
« C’est surtout le sous-investissement en recherche-développement du secteur privé, et dans une moindre mesure, la préférence donnée aux ingénieurs pour les postes de recherche qui pèsent sur l’insertion des docteurs » précise le CAS. En effet depuis 2002, les dépenses de R&D des entreprises ont baissé en euros constants (3). A peine 13,5 % des chercheurs en entreprises étaient docteurs en 2007 (2). Et pourtant, seulement 0,5 % du CIR est imputable aux embauches de docteurs par les entreprises ; une misère ! Et inutile de revenir ici sur le blocage de l’emploi dans la recherche publique, où le seul accroissement observé depuis dix ans est celui des CDD, souvent sans avenir.
Malheureusement, les propositions qui concluent le rapport du CAS ne sont pas à la hauteur de la gravité de la situation qu’il décrit ; elles visent principalement à une adaptation du nombre de docteurs à la demande des entreprises. Même si certaines sont intéressantes comme l’encouragement fait aux ingénieurs de préparer des thèses.
Il est clair que la relance de l’emploi scientifique, celle du doctorat, devra être un pilier d’une autre politique de la recherche dans ce pays. Elle suppose la suppression du CIR et son remplacement par des aides ciblées, vers les PME particulièrement ou en faveur de certaines thématiques, tenant compte la croissance du potentiel humain des entreprises, en docteurs notamment. Il s’agira de décider d’un plan pluriannuel de l’emploi scientifique public et de pousser à un recrutement plus jeune. Pour ce, il faudra qu’un plan de stabilisation sur des emplois stables des milliers de CDD actuels [notamment par transfert de crédits de l’ANR] permette aux nouvelles générations de docteurs d’espérer être recrutées plus jeunes sans avoir à faire la queue dans des voies déjà saturées.
(1) http://www.strategie.gouv.fr/article.php3?id_article=1230
(2) http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid5765/l-etat-des-lieux-de-l-emploi-scientifique-en-france.html
(3) http://www.sncs.fr/article.php3?id_article=2348








septembre 5th, 2010 at 21:50
Votre chronique est bien intéressante. L’excellence en France n’est pas être docteur mais c’est d’être ingénieur. C’est une particularité française et c’est pourquoi en France il n’y a pas beaucoup de docteur, sans compter que traditionnellement l’investissement dans la R&D est plutôt faible pour le secteur privé. A ce sujet je vous invite à lire mon billet suivant dans lequel vous pourrez voir un graphique édifiant sur les populations de “chercheurs” dans les services de R&D. J’espère qu’un jour les mentalités changeront et qu’on osera enfin le docteur. http://rachelgliese.wordpress.com/2010/06/22/pourquoi-la-rd-francaise-est-elle-si-mauvaise/
septembre 30th, 2010 at 10:34
Monsieur Audier, Cher Collègue,
Les analyses économiques de la situation du SFRI sont maintenant bien établie en défaveur de la droite.
Mais l’analyse ne soutient à ce stade à aucune vision politique de ce que pourrait être un programme pour 201.
Vos propositions concernant l’annulation du CIR ou la politique des thèses ne sont pas au bon niveau (et ne sont pas techniquement évidentes). c’est qu’il ne s’agit pas de gérer l’intendance, mais de faire de la politique pour une autre société.
A ce titre le monde de la recherche doit être proposé aux français comme un laboratoire des nouvelles relations sociales. Il faut pour cela une évolution forte du dispositif dont certaines tendances peuvent être déduites des analyses socio-économiques disponibles.
Ainsi, l’emploi des docteurs est avant tout un problème de positionnement des corps techniques de l’Etat et de la formation des élites suivant le fil historique bien diagnostiqué depuis longtemps.
Les analyses ne suffisent pas si elles donnent lieu à des mesurettes. L’attente est autre, Monsieur, il faut une vision politique. développons la ensemble!