Que demande-t-on au PS et à la gauche ?

Après avoir reçu une invitation du PS pour participer à son forum sur l’enseignement supérieur et la recherche, « Sauvons l’université » (SLU) a décliné l’invitation publiquement. La lettre de réponse (1), que j’aurais pu signer, est à la fois pertinente et insuffisante car, au-delà de la forme, c’est sur le contenu et les propositions qu’il faudra juger in fine. Sur la forme, je ne pense pas que le problème soit que le PS ait « totalement oublié les représentants des personnels » à la tribune du forum, car les syndicats tiennent, de leur côté, à garder leur indépendance vis-à-vis des partis politiques ; ils donneront certainement leur opinion lors du débat, du moins si le temps leur en est donné. Et il faut qu’il en soit ainsi.

Evidemment, le président de SLU a totalement raison quand il affirme : « J’entends bien qu’un président d’université – a fortiori quatre – a une certaine expérience des RCE et de l’application de la loi LRU, mais cela ne vous aidera certainement pas à calibrer l’indispensable balayage des effets les plus délétères de la LRU et des graves dysfonctionnements introduits dans les structures universitaires par les différents  » -ex » que nombre de vos invités ne manqueront d’ailleurs pas de louer. Au demeurant, l’idée d’inviter à vos travaux un « grand témoin » qui, la veille, aura présenté dans une librairie parisienne le livre qu’il cosigne avec la ministre, permettant ainsi à celle-ci de vanter urbi et orbi son miraculeux « bilan », est un pied de nez qui doit être apprécié à sa juste valeur » .

Le PS, comme d’ailleurs les autres partis de gauche, a voté contre la LRU en 2007 et il a soutenu de bout en bout en bout le mouvement de 2009. Malheureusement, il semble bien que le lobbying fait par des présidents d’université, jusqu’au plus haut niveau du PS, ait jeté le trouble chez certains, comme en témoigne la scandaleuse déclaration de Jean-Christophe Cambadélis au JDD (2). A l’évidence, il fait partie des (quelques ?) dirigeants du PS qui n’ont pas compris la nature et les conséquences de la LRU, ce que vivent les universitaires et les chercheurs depuis le règne de la droite, bref ce que charrie la LRU : Valérie Pécresse, ses mensonges permanents et son œuvre de démolition minutieuse des structures, croissance zéro des crédits budgétaires, mirage du Plan campus, tripatouillages des résultats du Grand emprunt, découpage des organismes avant liquidation, accrochage de la recherche à la remorque de l’ANR, explosion des CDD, avec à la clé la chute spectaculaire de l’attractivité des métiers scientifiques. Il faut qu’ils comprennent que la CPU, en apportant sa caution au ministère, s’est totalement discréditée, même si quelques présidents se sont battus avec courage. Ne pas dire explicitement et dès à présent que la LRU, tout comme le Pacte pour la recherche, sera profondément réformée donc, de facto, remplacée par une autre loi après les Assises serait une erreur politique grave.

Il vrai aussi que certains militants du PS ne distinguent visiblement pas bien la recherche (publique ou privée) qui est une rupture dans la connaissance, de l’innovation, qui est l’utilisation de connaissances déjà acquises. D’un débat portant sur ce sujet j’ai retiré l’impression que, du fait de cette confusion, on chercherait à remplacer un pilotage de droite par un pilotage de gauche. J’y ai pu entendre aussi certaines propositions que les syndicats combattent depuis des années, comme le souhait d’un financement accru du public par le privé, alors que le privé compte sur les aides de l’Etat pour financer sa propre recherche ! Ou encore, émerger la proposition de « chaires » financées par le privé dans le public : des « chaires Servier » dans les services de cardiologie ? Gageons que ce genre d’errements ne se retrouveront pas dans le texte final.

Reste enfin que la place de l’enseignement supérieur et de la recherche, leur rôle dans le développement du pays, est trop réduite dans le projet global du PS, mais il est vrai que le Forum ne s’était pas encore tenu lorsqu’il a été publié. Espérons que sur ces secteurs, parmi les plus mal traités depuis 2002, le PS, au-delà de belles phrases, avancera un chiffrage minimum, en termes d’emplois et de crédits.

Contrairement à SLU, qui s’est sortie habilement d’une situation complexe, évitant ainsi d’avoir à avancer des propositions trop parcellaires, j’irai à ce forum, comme les syndicats les plus représentatifs pour défendre les propositions de « Sauvons la recherche » que je représenterai. Faut-il préciser que, malgré les réserves faites ici, le programme annoncé est à des années-lumière de ce qu’a fait la droite depuis 2002. Mais pour que la gauche gagne et puisse appliquer son programme, je suis convaincu qu’il lui faudra s’appuyer beaucoup plus sur les forces vivantes du milieu et porter un regard lucide sur les conseils prodigués par ceux qui, fût-ce à leur corps défendant et de par leur fonction, se sont inscrits durant des années dans la politique de la droite. Ne serait-ce que pour éviter une nouvelle expérience Claude Allègre.

(1) http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article4673

(2) JDD, 08/05/2011. Le journaliste : « Nicolas Sarkozy fête ses 4 ans à l’Elysée, y a-t-il quelque chose que vous lui reconnaissez ? ». JCC : « L’autonomie des universités et le changement de pied sur l’investissement dans la recherche peut-être ».

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3 Responses to “Que demande-t-on au PS et à la gauche ?”

  1. pdubois Says:

    Bonjour Henri.
    Pourriez-vous mettre en ligne le texte du PS discuté dans le Forum des Idées de toulouse. Merci et bien cordialement. Pierre Dubois

  2. PR27 Says:

    Le texte du PS est ici :

    http://www.parti-socialiste.fr/static/11401/construire-l-avenir-la-recherche-et-l-enseignement-superieur-au-coeur-du-changement.pdf?issuusl=ignore

  3. Louise Duchemin Says:

    Bonjour,

    CE que l’on demande à la droite ou au PS…. faire en sorte de ne pas sacrifier une jeunesse qui s’exprime déjà en Espagne avec los Indignos ? Faire en sorte de ne pas faire crever de faim les jeunes diplômés ? Faire en sorte de na pas faire des jolis cadeaux d’employés surqualifiés ou sous payés au entreprises…. Pardon, je rêve là !!

    Mais comment peut-on avoir l’indécence de dire que l’alternance favorisera l’emploi des jeunes diplômés alors que l’on sait très bien que, une fois finie l’année d’alternance, les entreprises ne souhaiteront pas massivement convertir les alternances en CDI voire même en CDD…

    On a connu cette situation avec les stages à répétition dont la durée est de plus en plus longue laissant toujours plus dans la précarité des jeunes dilpômés ou sur-diplômés, dont je fais partie…

    L’alternance facilitée pour les entreprise est en fait un cadeau fait aux entreprises permettant d’avoir un larbin ou un employé à peu cher pendant un an, sur des contrats et des émoluments indignes…. et il va de soi que tous les jeunes diplômés, plus chers sur le marché de l’emploi que ces jeunes étudiants, resteront au pôle emploi oui à la CAF pour grapiller des minima sociaux et finiront par devenir manutentionnaires en intérim à défaut de vivre de ce métier qu’ils ont choisi, de vivre grâce à ce diplôme parfois payé (obtenu) à prix d’or dans des écoles onéreuses sensées permettre de trouver rapidement un boulot…

    On va empirer une situation dramatique avec ces mesures….

    Je le partage avec vous ici, sur le blog d’une chômeuse en communication événementielle…. http://louiseduchemin.wordpress.com/

    Au plaisir d’échanger avec vous.

    Louise.

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