Bertrand Monthubert (PS) : « Il faudra remettre à plat le Grand emprunt »
Sous le titre « Grand emprunt : la manipulation des ‘investissements d’avenir’ » Bertrand Monthubert, secrétaire national du PS à l’ES-R, fait une analyse serrée du Grand emprunt.
(…) La manipulation est énorme : les “investissements d’avenir” ne sont pas un investissement massif, et vont déstabiliser l’ensemble de la recherche et de l’enseignement supérieur.
La première manipulation, c’est le montant annoncé. 35 milliards d’euros pour le grand emprunt, donc 11 pour la recherche et l’enseignement supérieur : cela paraît impressionnant. Mais il y a une vraie entourloupe : cet argent, pour l’essentiel, ne peut pas être dépensé ! Il est censé être placé, et les intérêts de ce placement, soit un peu plus de 3%, seraient versés chaque année. (…) Puisque les projets retenus dans le cadre du “grand emprunt” sont censés durer 10 ans, on peut calculer la part annuelle de l’argent qui peut être directement dépensé, à laquelle on ajoute les intérêts de la part qui ne produit que des intérêts. Bilan : ramené à une dotation annuelle, le “grand emprunt” se réduit à moins d’un milliard d’euros, c’est-à-dire 4% du budget de la recherche et de l’enseignement supérieur. La belle affaire ! Comme par ailleurs les crédits budgétaires de ce secteur stagnent, cela signifie que le “grand emprunt”, c’est comme si on augmentait une année (et une seule) les crédits de 4%, et qu’on continue à stagner ensuite… Et 4% ce n’est pas énorme : c’est à peu près l’augmentation annuelle du PIB en euros courants (…).
Mais il y a pire : les financements du “grand emprunt” se substituent aux financements habituels ! Ainsi, en janvier 2010, le parlement a voté l’annulation de 125 millions d’euros de crédits dans l’enseignement supérieur et la recherche, pour pouvoir financer les intérêts du “grand emprunt”. Mais il n’y a pas eu un euro de versé par ce dernier, puisque les appels d’offre étaient en cours. La Cour des comptes, de son côté, a commencé à identifier les effets de substitution , où le “grand emprunt” finance des opérations déjà annoncées. La réalité des laboratoires, ce sont des baisses de crédits de 11% au CNRS cette année, et quelques promesses dont on ne sait pas quand on en verra la couleur.
Si le “grand emprunt” consistait à augmenter vraiment les moyens de la recherche et de l’enseignement supérieur, il devrait être accompagné par une augmentation conséquente de l’emploi scientifique : à quoi bon payer un équipement à un laboratoire de recherche si on n’a personne pour le faire fonctionner ? Or le gouvernement de Nicolas Sarkozy se distingue des autres gouvernements : il n’a créé aucun emploi scientifique statutaire depuis 2007. ( …) Le “grand emprunt” ne se traduit donc pas par des perspectives d’avenir radieuses pour les jeunes chercheurs. (…) La seule chose qui progresse, c’est la précarité dévastatrice.
Si le “grand emprunt” n’est pas un investissement nouveau massif, s’il ne crée aucun emploi supplémentaire, à quoi sert-il donc ? D’abord à donner l’impression que le gouvernement investit dans l’avenir sans le faire vraiment. Mais aussi à déstabiliser toutes les structures existantes (…).
Le problème, c’est que ce raisonnement [sur les Initiatives d’excellence] ne tient aucun compte du fonctionnement de la recherche. Les avancées majeures viennent rarement d’une planification. La concentration conduit à se focaliser sur ce qui est à la mode, et laisser péricliter le reste. Mais c’est parfois ce “reste” dont on a besoin [BM développe l’exemple du Sida].
Le bilan du grand emprunt est donc sombre. Et ceci d’autant plus que personne ne sait quelles sommes vont réellement être débloquées d’ici à l’élection présidentielle. (…) Une remise à plat sera donc indispensable, pour enrayer toutes les dérives déjà décrites, et donner, enfin, de vrais moyens budgétaires à la recherche et à l’enseignement supérieur.







