Le groupe « Marc Bloch » : charge héroïque ou résistance de la 25ème heure ? par Spartakus *

Le groupe « Marc Bloch », qui réunit « 59 présidents d’université, directeurs d’établissement d’enseignement supérieur et de recherche et hauts fonctionnaires » a publié dans Les Echos une tribune intitulée : « Universités : pour en finir avec les tours de passe-passe budgétaires », qui dévoile les passe-passes de Pécresse, enfin !  http://lecercle.lesechos.fr/node/36212

En lisant votre texte, chers collègues, et surtout son titre, on est d’abord plein d’illusions, même si vous avez eu la délicatesse d’attendre le départ de V. Pécresse pour vous exprimer enfin sur le double truandage budgétaire de celle-ci, qui dure depuis 2007, en mettant en exergue :

– D’une part, l’intégration progressive des retraites dans le budget de l’ES-R : « pour une part, cette augmentation est versée au titre des cotisations patronales… que l’Etat se verse à lui-même, pour les pensions ».

– D’autre part, les changements de périmètres : « les dividendes versés par Areva au CEA seront cette année pris en compte dans le budget » . Et de conclure que « Quant au budget 2011 de l’ES, sa hausse est limitée à 1,3 %. C’est moins que l’inflation. ».

Bravo de valider en 2011 ce que beaucoup écrivaient depuis 2007. Et c’est grâce à vous que Le Monde a publié ces informations … avec le même retard.

On ne peut aussi que se féliciter que vous affirmiez, même si c’est assez tardivement :

– « Cinq ans après [le lancement du Plan campus], les universités n’ont perçu que 70 millions d’euros. Un peu plus de 1 % de la somme vantée par Valérie Pécresse à longueur de communiqués ».

– « Comme l’ont montré de nombreux observateurs, dont la Cour des comptes et les commissions des Finances des deux assemblées, cette réforme a conduit à des stratégies d’optimisation fiscale et à des effets d’aubaine, sans effets significatifs sur la croissance des dépenses de recherche des entreprises ». Le fait que vous actiez auprès du grand public le naufrage de la politique Pécresse est un acte de vérité.

Mais, chers collègues, se peut-il que, sur les désastres du Grand emprunt, vous n’ayez seulement à dire « que les sommes à verser d’ici mai 2012 seront modestes » ? Et quand il y a 50000 précaires dans l’ES-R, n’avez-vous d’autres propositions courageuses que de « rompre avec le dogme de la diminution du nombre des fonctionnaires » ? Se peut-il que vous ayez oublié jusqu’au nom du CNRS ?

Se peut-il qu’à force de côtoyer Pécresse, vous ne sachiez, vous aussi, plus compter ! Car enfin si, comme vous le dites, la promesse de Sarkozy (faite bien avant les élections et non arrachée par la CPU comme vous le sous-entendez) était de 1 milliard de plus par an pour l’enseignement supérieur, en cinq ans cela fait 15 milliards (vous allez voir c’est facile : 1+2+3+4+5=15). Alors ce pauvre 1,7 milliard de plus depuis 2007, qui ne reflète que l’inflation, c’est cette croissance zéro sur laquelle vous avez gardé silence pendant 4 ans. Sans parler de l’autre promesse de Sarkozy : 800 millions de plus par an pour la recherche.

Pourquoi ces silences et ces minimisations ? Pour faire oublier que, du fait d’un corporatisme institutionnel, la majorité d’entre vous a accepté (inspiré ? négocié ? approuvé ?) l’ANR, l’AERES, la destruction des organismes de recherche, l’explosion des CDD et, corrélativement, cautionné la LRU et cette autonomie-croupion qui fait de chaque président, bon gré malgré (certains ont résisté), des obligés du ministre.

Votre groupe est sans aucun doute hétérogène et ne rassemble pas tous les présidents. Certes, un haut fonctionnaire est tenu à un certain devoir de réserve, sauf si le bien public est en cause. Certes, le chantage permanent qu’a exercé Pécresse sur les présidents d’universités a pu brider leur expression. Aussi, ma critique vise-t-elle le contenu de ce texte. Faut-il y voir à la fois la volonté de faire oublier la passivité (l’hostilité ?) de beaucoup d’entre vous lors du grand mouvement de 2009 et celle de limiter l’ampleur des changements aujourd’hui nécessaires ?

Car votre texte pose un certain nombre de problèmes tant il prend l’apparence d’un lobbying organisé par de hauts fonctionnaires et des présidents d’université. Envers qui : contre le pouvoir en place ? Envers ceux qui, depuis 2007, se battent contre la démolition et l’asphyxie financière de notre système d’enseignement supérieur et de recherche et espèrent en un changement significatif ?

Pour gagner en 2012, la gauche a besoin non seulement de l’engagement total des partis de gauche, des militants du mouvement social dans leur diversité, du monde associatif et syndical, mais aussi des « institutionnels » comme ceux de votre groupe, des artistes, des scientifiques, des élus locaux, etc. Les « institutionnels » y ont donc leur place, toute leur place, mais rien que leur place, parmi d’autres. Chers collègues, que chacun d’entre vous aille confronter ses propositions avec le professeur d’université de base ou l’étudiant, dans les lieux où s’élabore le futur : les partis politiques, les débats, les associations, les syndicats. Vous y serez bien accueillis car vous avez une expérience spécifique.

Le dialogue est encore possible ; il est même indispensable. Mais il doit être clair que le temps où les pauvres grouillots de base se battent et se débattent, dénoncent, analysent et proposent tandis que d’autres écriraient le programme du futur, ce temps là est terminé. On ne va recommencer l’expérience Allègre.

* Après une longue enquête, il semble que derrière ce pseudo se cacherait l’un de ces grouillots, nommé Henri Audier.

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3 Responses to “Le groupe « Marc Bloch » : charge héroïque ou résistance de la 25ème heure ? par Spartakus *”

  1. Benoit Rousseau Says:

    Bien vu: réapprendre à dialoguer est essentiel. Celles et ceux qui trouvent du temps pour monter des projets en EX, peuvent j’en suis sûr trouver un peu de temps pour confronter idées et opinions avec les autres collègues…

  2. pdubois Says:

    Bravo Henri ! Je suis, pour ma part, effondré par le fait que, grâce aux organisations étudiantes dont l’UNEF, l’arrêté concernant la réforme de la licence ait été adopté aujourd’hui par le CNESER. Je jette, pour ma part, l’éponge dans quelques jours. Bien cordialement. Pierre Dubois

  3. PR27 Says:

    Il y a 2 mois, à Toulouse, le PS a présenté un travail qui faisait beaucoup mieux qu’avoir le mérite d’exister. Le forum « oral » des idées privilégiait les discours assez généreux et généraux, mais le texte attaquait aussi le terrain « technique ».

    La « divulgation » du texte aura peut-être pu (et dû, à mon avis) être le début d’une discussion sur les orientations, surtout sur des ajustements et approfondissements techniques, d’une infusion dans une communauté de l’ESR, qu’on pensait écoeurée des entourloupes actuelles. Comment fallait-il (faut-il) procéder ?

    Peut-être les blocheurs sont-ils en train d’y travailler discrètement…mais je doute. Combien d’entre eux sont, en fait, en train de rédiger leur idex v2 en ne laissant rien fuiter aux troupes de la base, avec leurs complices élus régionaux ? Pffff….

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