Pour l’UMP, la démolition doit s’achever après 2012

La lecture de la convention du 8 novembre 2011, « Du savoir pour tous à la réussite de chacun », montre que l’UMP persiste et signe dans son objectif de démolition du système d’ES-R. Elle propose même d’achever les organismes tout en désengageant l’Etat du système universitaire. Le tout dans un contexte de nouvelles diminutions budgétaires.

L’obsession anti-recherche

Il navrant de constater que de la partie traitant de l’enseignement supérieur, l’aspect recherche est absent. Comme si le supérieur était seulement une prolongation du secondaire. C’est avec cette obsession que, depuis 2007, les tâches d’enseignement (« plan licence ») ou autres (insertion) se sont accrues à nombre d’enseignants-chercheurs (E-C) constant. Le temps de recherche des E-C a considérablement diminué, ce qui n’empêche pas le gouvernement de décompter toujours 50 % de leurs salaires dans l’effort de recherche, qui est donc surestimé.

Mais la haine de la droite s’est TOUJOURS portée sur le CNRS et les organismes de recherche, et ce depuis 1986. L’objectif est de les transformer en agences de moyens pour les universités à la mode-LRU. Après l’ANR, l’AERES, les Alliances, la Révision Générale des Politiques Publiques et le Grand emprunt, l’UMP préconise une nouvelle mesure, radicale, pour liquider totalement les organismes : les priver de personnels propres, et donc fusionner les corps de Directeur de recherche (DR) et de Professeur d’université (« Nous proposons une modification des statuts conduisant à la fusion du corps des directeurs de recherche, qui sont des chercheurs à temps plein, avec celui des professeurs d’université. »). Et si les jeunes chercheurs temps plein semblent demeurer, du moins provisoirement, il est clair qu’ils seront rattachés aux universités. En fait, outre l’objectif d’achever les organismes, cette proposition manifeste à la fois une méconnaissance totale du métier de chercheur et un mépris pour l’enseignement, car tous les DR n’ont pas le goût, la formation ou les qualités pour enseigner. Sans méconnaître la motivation surtout et d’abord budgétaire : en réalisant cette opération, plus besoin de recruter dans le supérieur pendant 5 ans. Et tant pis pour les milliers jeunes docteurs en CDD qui ne seront jamais recrutés.

La « professionnalisation », pour faire oublier le chômage

L’auteur reconnait évidemment que l’université a AUSSI une fonction de préparation à l’exercice d’une profession. Mais tout se passe comme si, une fois la loterie des Idex terminée, la professionnalisation devenait, pour le gouvernement, la SEULE vocation des universités qui ont perdu. Au point de ne parler que d’insertion, y compris en proposant des mesures déjà en application pour souligner l’importance du propos. Ainsi, il s’agit de rendre obligatoire, alors que cela se fait déjà, la publication des taux d’insertion professionnelle, ou de favoriser les relations avec les entreprises. Mais il s’agit aussi de moduler les dotations aux universités en fonction des taux d’insertion, et de prendre en compte la professionnalisation dans l’évaluation des E-C (de quelle évaluation est-il question ?), de créer des entreprises issues des universités. Seule idée (un peu) nouvelle pour l’UMP, idée qui est depuis longtemps dans le programme du PS : donner un accès prioritaire aux bacheliers technologiques pour l’accès aux IUT, BTS et Licences pro.

Cette insistance sur la professionnalisation tend à suggérer que « l’inadaptation des universités » est l’une des causes du chômage des jeunes - comme si les universités étaient responsables du marché du travail -alors que celui-ci découle de la politique suivie depuis dix ans par la droite, fut-elle aggravée par le crise.

Plus loin que les « Responsabilités et compétences élargies » (RCE)

Ces propositions UMP sont à compléter par le Rapport de Laurent Hénart sur le budget 2011: http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/budget/plf2011/b2857-tIII-a35.pdf (voir Texte en annexe) : « En effet, l’autonomie des universités n’est pas conciliable avec le maintien d’un statut contrôlé par l’État. »

Certes actuellement, les recrutements des enseignants se font localement après un concours national (habilitation pour les MC), certes la gestion est locale, mais l’Etat garde un rôle comme le montre la petite « rallonge » donnée tout récemment aux universités pour faire face à une ligne « personnels » sous-financée par l’Etat.

La proposition est en fait un pas de plus vers une régionalisation totale des universités et leur totale autonomie de gestion, et la mise en cause à terme du caractère national du statut. Les universités, ayant déjà à gérer des personnels propres, auront l’obligation de gérer, avec normes locales et dans le cadre de leur budget, les personnels titulaires. Cela conduira inexorablement à de fortes différences (promotions, primes) entre universités riches et pauvres pour l’ensemble des personnels. De plus, cela constituera un frein important à la mobilité volontaire, géographique notamment.

Annexe : le texte du rapport de Laurent Hénart à l’Assemblée nationale

« À terme, il faudra envisager une réforme du statut de la fonction publique  universitaire. En effet, l’autonomie des universités n’est pas conciliable avec le maintien d’un statut contrôlé par l’État. Elle risque d’aboutir à un système à deux vitesses, avec des fonctionnaires nationaux d’une part et des employés locaux qui ne bénéficient d’aucune protection d’autre part. »

« La fonction publique territoriale constitue un modèle intéressant de statut unique permettant le recrutement et la gestion par les collectivités (les fonctionnaires sont sélectionnés par concours au niveau national mais recrutés par les collectivités, un centre de gestion gérant les décalages frictionnels et garantissant les rémunérations de tous les titulaires). Dans le même esprit, on pourrait envisager la création d’un statut pour les personnels de l’enseignement supérieur, qui permette de concilier la sélection par concours au niveau nationale et la gestion des ressources humaines par les universités, tout en garantissant la rémunération des titulaires. »

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4 Responses to “Pour l’UMP, la démolition doit s’achever après 2012”

  1. Dubois Says:

    Pour une fois, j’ai été plutôt “énervé” à la fin de la lecture de votre nouvelle chronique. Je suis plutôt d’accord avec vous pour critiquer les propositions de l’UMP. Mais en face, il y a quoi ? Vous avez lu comme moi l’interview de Vincent Peillon au Monde. Propositions pour l’enseignement supérieur : navrantes !

    Et vous, que proposez-vous ? Le statu quo ? Un jour, si nous avons l’occasion de nous rencontrer, je vous ferai part de mon expérience de chercheur CNRS, puis de professeur des universités, directeur d’une unité associée au CNRS, puis directeur d’une Fédération de 4 unités de recherche associées au CNRS. Je ne peux pas dire que j’en ai retiré une bonne impression des divas, directeurs de recherche au CNRS.

  2. haudier Says:

    Je crois qu’il est difficile de porter un jugement global sur une expérience personnelle dans un discipline donnée, surtout s’il s’agit de la sociologie où les oppositions sont fréquentes et fortes. Donc je veux bien croire ce que tu me dis sur ton expérience personnelle.

    Ce que je dis, c’est que le CNRS a joué un rôle primordial pour la science française, sauf sans doute en SHS où les chercheurs sont dix fois moins nombreux que les E-C. Même s’il faut rapprocher les métiers (je suis pour que le CNRS ait de milliers de possibilités d’accueil de E-C à mi-temps pour des périodes de 4 ans), l’intégration des Directeurs de recherche comme professeurs, affaiblirait encore plus le potentiel de recherche tout en permettant au gouvernement de ne pas (ou peu) recruter de jeunes MC pendant des années.

    Enlever ses chercheurs au CNRS, c’est le tuer. Or il faut une politique nationale de recherche : c’est
    - soit les organismes (il y a plus d’universitaires dans les directions du CNRS, les directeurs d’unité et le Comité national, que de chercheurs.
    - Soit directement le gouvernement au travers l’ANR ou le grand emprunt.

  3. François Says:

    ” l’UMP persiste et signe dans son objectif de démolition du système d’ES-R ”
    Des gouvernants peuvent détériorer l’ES-R pour 2 raisons principales :
    - insuffisance du budget, la priorité étant donnée à d’autres objectifs (réduction de la dette, baisse des impôts, priorité aux dépenses sociales, militaires, etc.),
    - mesures involontairement contre-productives (et sur lesquelles n’existe d’ailleurs pas de consensus : vaut-il mieux que la recherche publique soit localisée dans des organismes comme le CNRS ou dans les universités ? chaque système a ses partisans).
    Mais comment peut-on écrire sérieusement que la démolition du système d’ES-R est l’OBJECTIF d’un gouvernement (quel qu’il soit) alors que tous les politiques sans exception préféreraient afficher de bons résultats dans ce domaine ? Quand on est soi-même chercheur, écrire ce genre de phrase traduit si on y croit une incapacité à l’analyse objective tout à fait inquiétante (dont les dégâts risquent de se transmettre aux étudiants si on est de plus enseignant). Ou alors on sait que cette phrase ne traduit pas la vérité, mais est la mise en oeuvre d’une dialectique tortueuse.
    Ceci ne veut pas dire que je soutiens l’UMP. J’écrirais la même chose si on accusait le PS d’avoir pour objectif la baisse du niveau moyen des étudiants.

  4. Henri Audier Says:

    Quand je dis “démolir notre système” cela signifie qu’on passe d’une recherche basée sur les établissements et les laboratoires qui ont une vue à moyen terme au moins à une politique “tout-projet” avec une vue à court terme et un temps énorme perdu en montage, évaluation et gestion des dossiers. On passe d’un système où la collectivité scientifique au travers d’élus avait un minimum d’influence sur le cours des choses à un système technocratisé et piloté à outrance. Sans parler de 15000 CDD post-thèse qu’on a sélectionné, qu’on fait travailler et qu’on envoie dans le mur.
    Quand à la recherche, elle fonctionnait sur des Unités mixtes de recherche entre un organisme et un établissement universitaire. Pour avoir dirigé une UMR, je sais que les deux tutelles ont un rôle important.
    Le tout dans un contexte où les crédits n’ont en rien augmenté depuis 5 ans malgré une propagande éhontée. Par exemple, pour le planCampus, pour lequel on nous annonçait 200 ou 300 millions de plus chaque année, une commission parlementaire de l’Assemblée vient de révéler que depuis 2008, 52 millions ont été déboursés.

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