Au Président de la région Languedoc-Roussillon

Monsieur le Président,

Je dois dire que c’est avec consternation que j’ai lu la lettre (1) que vous avez adressée aux responsables d’établissements de votre région. Ce courrier a fait plusieurs fois le tour de la France puisque je l’ai moi-même reçu neuf fois.

Je peux comprendre votre déception quand vous avez appris que l’Idex de Montpellier n’avait pas été sélectionnée au Grand Loto des Idex. Je la comprends d’autant que, face aux assèchements des financements ministériels de d’enseignement supérieur et de recherche, les régions ont fait ce qu’elles ont pu pour aider les établissements, et la vôtre peut-être plus que d’autres.

Mais comment ce désir de bien faire, cette volonté de défendre votre région ont-ils pu vous aveugler au point de ne pas mesurer combien le « Grand emprunt » en général et, plus encore, les « Idex » s’apparentent à de l’escroquerie. Peut-être avez-vous oublié que le Président de la République a annoncé lui-même que les intérêts versés au titre de l’emprunt seraient compensés par la baisse des crédits de base : c’est donc très officiellement un jeu à somme nulle, où les perdants payent pour les gagnants.

A l’évidence, vous n’avez pas non plus pris en compte le fait que les procédures liées à l’emprunt visent systématiquement à dessaisir de tout rôle les instances où siègent des élus et à démolir un peu plus notre système. Comment ne pas voir que c’est d’un crétinisme grandiose que de mettre en compétition Montpellier et Marseille, Lyon et Grenoble, Bordeaux et Toulouse, Paris 2-4-6 et Paris 3-5-7 ? Que dans ces tournois, des territoires entiers, à l’Ouest, au Nord ou au Centre n’avaient pas la moindre chance vu leur faible potentiel, en dépit de leurs efforts.

Comme le dit un parti que vous connaissez peut-être : « La compétition est un des moteurs de la recherche. Mais l’exacerber, comme le fait le gouvernement, est contre-productif. En lieu et place de la mise en concurrence systématique et permanente actuelle qui est imposée (…), l’accent sera mis sur la coopération ».

Aujourd’hui, je suis convaincu que ce que les personnels de vos établissements attendent de vous, c’est d’abord une aide pour survivre, mais surtout un soutien politique pour reconstruire sur d’autres bases le système d’enseignement supérieur et de recherche, au lieu d’entrer dans le jeu de ses fossoyeurs.

Bien cordialement

Henri Audier

(1) http://www.sncs.fr/article.php3?id_article=3070

Be Sociable, Share!

Leave a Reply