Les cadavres dans le placard en héritage. 2- Le Plan Campus

D’entrée : 1,3 milliards perdus, mais pas pour tout le monde

Dès 2008, le Plan Campus a fait la une. Pensez donc, 5 milliards d’actions EDF vendues pour les constructions nécessaires à l’enseignement supérieur, quel symbole ! Mais ça commence mal : ayant mis le même jour pour 5 milliards d’actions en vente, le cours a chuté et l’Etat n’en a tiré que 3,7 milliards. Ce 1,3 milliard perdu (pas été perdu pour tout le monde), a été remis dans la corbeille par le Grand emprunt, ce qui donne l’impression qu’on a fait vraiment beaucoup pour les étudiants.

Comment le plan campus a contribué à alimenter des cadeaux fiscaux

Ces 3,7 milliards, qui ont été placés (du moins on le suppose), rapportent des intérêts : environ 150 millions par an, soit 750 millions en 5 ans. Mais cela fait longtemps que nous montrons, sur la base de la Cour des comptes, qu’hormis quelques broutilles dépensées pour des maquettes – que Sarkozy a parcourues devant toutes les télés – rien n’a été dépensé. C’est ce que vient de confirmer au Monde Geneviève Fioraso : « Aucune convention n’a été signée, pas un centime d’euro de l’Etat n’a été versé à part les frais d’ingénierie. Les seules qui ont débloqué l’argent, ce sont les collectivités territoriales ».

Alors où sont passés ces 750 millions (qui représentent le coût annuel de 10 à 12000 postes ou encore sur 5 ans de 2500 à 3000 postes) ? Ont-ils servi à diminuer un peu la dette créée notamment par les cadeaux fiscaux depuis 2007 ? Ce sera à la gauche de les financer. Mais que de temps et d’énergie perdus !

Un montage financier se prêtant à la folie publicitaire de Mme Pécresse

Le principe du Plan Campus sorti des cartons de Mme Pecresse : les constructions universitaires sélectionnées doivent être réalisées par des « partenariats public-privée » (PPP), le principe consistant à affecter les intérêts des 5 (3,7) milliards (qui, eux, sont non consommables c’est-à-dire qu’on ne peut pas les dépenser) au remboursement des partenaires/maîtres d’œuvre privés qui financent l’investissement, avec pour contrepartie un contrat de très long terme incluant, outre un loyer, l’attribution de marchés pour des prestations, de la logistique etc…. D’un autre côté ce remboursement annuel est censé être compensé par les intérêts des 5 milliards (3,7 en fait) des actions EDF, environ 150 millions/an.

A supposer que des opérations aient été financées, tout individu, même modérément malhonnête, décompterait pour chacune d’elles soit le revenu touché provenant des intérêts des actions EDF, soit le remboursement du leasing. Eh bien non ! Dans les diaporamas de ses conférences de presse budgétaires annuelles, la sinistre Mme Pécresse décomptait 150 millions DE PLUS chaque année pour les intérêts EDF et 200 millions DE PLUS comme autorisation à signer des PPP. S’il y avait eu 350 million de plus chaque année, sur 4 ans et en « cumulé » cela aurait fait (350 + 2 x 350 + 3 x 350 + 4 x 350) = 3,5 milliards. Chiffre qui a été bénis par les médias et que la plupart des parlementaires ont sans doute cru. Très fort pour un bilan nul !!!

Monthubert : « Pourquoi je suspends le plan Campus »

« On peut dire qu’il a frappé fort d’entrée. À peine élu, à l’unanimité, le tout nouveau président de l’Université des Sciences de Paul-Sabatier, Bertrand Monthubert, a jeté son pavé dans la mare en demandant la suspension de la procédure de partenariat public privé (PPP) du plan Campus. Une procédure qui commande le financement d’une dizaine d’opérations de rénovation et de construction sur le campus de Rangueil, avec à la clé 527 M€ pour les universités de Toulouse », rapporte La Dépêche, (24/05/12)

A la question : Pourquoi avoir fait ce choix ? Bertrand Monthubert répond : « Les PPP (partenariat public privé) sont des opérations très lourdes qui demandent un temps énorme. Le plan Campus a été lancé au niveau national en 2008, la fin des travaux n’est prévue que fin 2017, dans cinq ans et demi. En outre, ça coûte très cher. En fait, c’est du leasing et tout le monde sait que ça coûte bien plus cher qu’un crédit traditionnel : on n’achète pas sa maison ou sa voiture en location-vente, sauf dans des conditions bien particulières. Au tout début, on nous avait dit que la vente de la participation de l’État dans EDF couvrirait les loyers payés au privé pour ces travaux. En fait, ils n’en couvriront qu’une partie. L’UPS devrait payer 600 000 € par an en frais de maintenance à un partenaire privé. Notre budget maintenance actuel, déjà insuffisant pour couvrir nos besoins n’est que de 500 000 €. La situation budgétaire de l’université est préoccupante. Et le PPP ne concerne que 17 % du patrimoine d’UPS. » Et d’ajouter : « C’est plus du double qu’un crédit normal selon moi »

La position du ministère

D’après le Compte-rendu du Conseil scientifique du CNRS, la ministre G. Fioraso a sévèrement critiqué les PPP, qualifiés de souvent « absurdes et incohérents » : sur les 5 milliards consacrés aux PPP, seuls 2.2 vont effectivement aux projets. Il sera nécessaire « de regarder de près ces PPP, de les amender, certainement pas de les amplifier ». Ces PPP sont une mauvaise solution d’un point de vue économique, ils ne respectent pas les générations suivantes sur lesquelles la dette de ces PPP est reportée.

Dans un entretien récent donné au Monde, elle précise : « Il y a un problème ! Nous rencontrons actuellement tous les acteurs du plan Campus pour faire un bilan, pour savoir où on en est. Il n’est pas question de ne pas tenir compte du travail de qualité réalisé. On me dit que les PPP sont plus efficaces, mais je constate, quatre ans après leur démarrage, que pas un bâtiment n’est sorti de terre. Ils coûtent cher et ne profitent qu’aux grands majors du BTP. Nous devons envisager d’autres montages juridiques et financiers moins complexes, avec l’appui de la Caisse des dépôts où l’université conserverait la conduite de l’opération. »

« Nous sommes très attachés à la remise en état dans des délais rapides des bâtiments universitaires, mais nous voulons voir si les PPP (partenariats public-privé) sont les seuls montages possibles. C’est pourquoi nous allons mettre sur pied un comité d’audit chargé d’examiner les PPP en voie de signature », a indiqué à AEF l’entourage de Geneviève Fioraso.

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