Sénateurs « de gauche » : Berson, Percheron, Plancade. A qui le tour d’horreur ?

La discussion sur l’évaluation et l’AERES qui va débuter au Sénat, dans le cadre de l’examen du projet de loi sur l’ES-R, n’est pas sans poser de nombreux problèmes tant dans l’organisation des débats qu’en raison de déclarations scandaleuses, émanant notamment de trois élus socialistes ou PRG. Sur l’organisation des débats, nous y reviendrons, mais une question centrale se pose : comment se fait-il que la commission ait entendu le responsable de l’AERES sans que puissent lui répondre  – et du même coup éclairer les sénateurs pas très au fait du dossier – les syndicats les plus représentatifs des chercheurs et des enseignants chercheurs (SNCS et SNESUP-FSU) et/ou les instances représentatives des scientifiques, la CPCN (Conférence des présidents de section du Comité national de la recherche scientifique) et la CPCNU (Conférence des présidents de sections du CNU) ?

S’agissant des déclarations de certains élus « de gauche », Michel Berson (apparenté PS), Daniel Percheron (PS) et Jean-Pierre Plancade (PRG), le problème n’est pas tant qu’ils aient défendu l’AERES mais qu’ils l’aient fait dans des termes qui montrent qu’ils sont très loin de connaître l’ensemble du dossier. A notre connaissance, pour parfaire leur opinion, ils n’ont d’ailleurs jamais éprouvé le besoin de rencontrer ni un seul syndicat ni la CPCN ou la CPCNU.

Le cas de Daniel Percheron est étonnant. Ses déclarations sont correctes et documentées quand il parle de ce qu’il connaît : « Cette loi ne sera pas une grande loi. Elle ne corrigera pas le scandale de l’équité des territoires pour l’université et la recherche. (…) 20 milliards d’euros consacrés aux investissements d’avenir, ont été attribués d’une manière confidentielle, avec l’alibi d’un jury indépendant. Ces crédits ont déséquilibré de manière peut-être irréversible les efforts de recherche sur notre territoire. »

Par contre quand il affirme « L’AERES a cent fois raison car son travail nous a donné à nous, élus, des clés et des perspectives irremplaçables. L’AERES est indispensable et l’idée de la remplacer est une plaisanterie », il montre sa méconnaissance. Car il semble comprendre qu’on voudrait supprimer l’évaluation alors que, bien entendu, c’est cette institution, l’AERES, qui dévoie l’évaluation et tord le travail scientifique qui est en cause, et non le fait de procéder à l’évaluation des établissements.

Michel Berson est un récidiviste. Il s’est illustré d’abord par un rapport sénatorial apportant un soutien total au CIR (avec quelques inflexions marginales), sans avoir tenu compte, et sans doute sans avoir même lu, les critiques sur cette niche fiscale, très onéreuse et sans effet. Avant même de prendre ses fonctions de membre du conseil de l’AERES (désigné sur proposition du président du Sénat), il écrivait dans Le Monde du 13 décembre : « l’enjeu essentiel lié à l’existence de l’Aeres : la qualité et la performance de notre système de recherche et d’enseignement supérieur. »

Jean-Pierre Plancade est notre préféré. Il n’y va pas par quatre chemins : « Je souhaite insister sur le sujet de l’AERES dont je regrette vivement le sort dans ce projet de loi (…). Je crois que M. Houssin [le responsable de l’AERES]  est victime de son succès, de sa rigueur et de son indépendance d’esprit. C’est insupportable intellectuellement car il s’agit d’une élite qui refuse le contrôle extérieur. On reste pantois devant ce corporatisme porté à un si haut niveau intellectuel. Je souhaite dire que le rapport de l’Académie des sciences sur l’AERES est un vrai scandale. Nous avons auditionné, avec Dominique Gillot, son vice-président, qui n’a même pas su nous dire sur quoi étaient fondées de telles critiques. »

Cette prétention, cette tendance au jugement péremptoirement est, comme nous le verrons, une caractéristique de ce sénateur. Elle révèle une grande superficialité, voire une ignorance certaine. Car enfin, si Monsieur Plancade veut des explications, il lui suffirait de rencontrer, un jour, un seul syndicat ou même un directeur de laboratoire. Quant à l’élite « qui refuse le contrôle extérieur », ce Monsieur n’a pas compris que s’agissant de l’évaluation des laboratoires, l’AERES n’est pas plus, ni moins, « extérieure » que le Comité national de la Recherche scientifique, si ce n’est que tous ses membres sont nommés par le ministère. L’AERES n’est en réalité qu’un pachyderme bureaucratisé, au fonctionnement pyramidal, et scientifiquement incompétent. Mais pour comprendre cela, il ne faut pas entendre que Monsieur Didier Houssin.

Budget 2011, quand Plancade donnait une aubade à Valérie …

Monsieur Plancade est pour nous une vieille connaissance en tant que Rapporteur de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication. Lors du débat sur le budget 2011 (http://www.senat.fr/seances/s201012/s20101201/s20101201018.html#int2724 ), il fut le meilleur défenseur de Valérie Pécresse : « depuis cinq ans, des réformes importantes ont été engagées et ont modifié en profondeur le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche dans notre pays. (…) Ces réformes ont été accompagnées d’un effort budgétaire sans précédent sur cinq ans. Ces crédits sont complétés par les moyens tirés de l’emprunt national, dont les deux tiers, soit 21,9 milliards d’euros, sont consacrés à ces secteurs. » Et après la présentation publicitaire de ce budget par la ministre, il pousse jusqu’à la déclaration d’amour : « Je félicite la ministre de son exposé brillant et maîtrisé. Son budget a dû faire des envieux… » Et notre dénonciation est aussi d’époque

(http://www2.sncs.fr/spip.php?article2627 ).

… qui se faisait incendier par Terra Nova

Au même moment le think tank Terra Nova, qui lui avait lu le bleu du budget, écrivait: (http://www.tnova.fr/note/budget-de-lenseignement-sup-rieur-et-de-la-recherche-2011-une-pr-sentation-insinc-re-pour-masquer-les-promesses-non-tenues-)

« Comme chaque année, depuis 2007, une propagande soutenue tente d’accréditer l’idée d’un effort exceptionnel en faveur de l’enseignement supérieur et de la recherche : les universités et les organismes de recherche seraient noyés de crédits et il n’est que de leur responsabilité de se saisir de cette manne pour financer leurs projets. (…) La fixation d’une telle priorité est totalement antinomique des pratiques actuelles caractérisées par des promesses non tenues masquées par une présentation trompeuse des moyens et une absence de transparence (…) ».

 Plancade avale tous les mensonges, les truandages, les manipulations …

La seule excuse, mais est-ce une excuse, des bêtises dites par Plancade est qu’il n’a visiblement pas ouvert le « bleu du budget ». Par contre, il a certainement parcouru (un peu vite) le petit diaporama en une dizaine de vues, avec couleurs, dessins, diagramme, que Pécresse présentait pour chaque budget à la presse. Il a tout repris : « Au total, en tenant compte des crédits budgétaires et extrabudgétaires, du crédit d’impôt recherche et des partenariats public-privé, l’ensemble des moyens nouveaux de la MIRES augmenteront de 15 % en 2011. Permettez-moi, madame la ministre, de vous en féliciter ! ».

Au même moment, le document de Terra Nova, déjà cité, qualifiait ainsi ces documents : « Malhonnêteté budgétaire », « communication politicienne », « présentation trompeuse », « insincère », « bidouillages budgétaires », « dissimulation coupable », « addition de chiffres hétérogènes », « budget de faussaire », « mode de comptage trompeur », « affichages budgétaires dissimulant la réalité des crédits », « vaines vantardises » ou « annonces euphoriques et autosatisfaction injustifiée ».

Il serait fastidieux de citer Monsieur Plancade quand il défend les réformes de Pécresse, le Grand emprunt ou l’ANR. Son avis de sur l’AERES apparaît autant fondé, autant « travaillé » que ceux qu’il a eus pour défendre Valérie Pécresse et ses budgets de déclin. Espérons qu’il ne fera pas d’émules parmi les sénateurs de gauche.

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