Emploi scientifique : le CIR pour les grands groupes, c’est de la « confiture pour les cochons ». 2. Le CIR est-il attractif pour les sociétés étrangères ?

 

La Note d’information Enseignement supérieur & Recherche du ministère (octobre 2013) est particulièrement intéressante. Tout d’abord parce qu’elle étudie le poids des centres de recherche étrangers en France, mais aussi parce qu’elle confirme que le CIR n’a pas d’effet attractif sur leur implantation et donc sur l’emploi scientifique en France : http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2013/00/4/NI_MESR_13_08_278004.pdf

Le cinquième des investissements et de l’emploi R&D des entreprises

« En 2010, 1400 entreprises étrangères effectuent de la R&D dans l’une de leurs filiales implantées en France. Elles réalisent un cinquième des investissements en R&D des entreprises localisées sur le territoire français (…). »

« En 2010, les entreprises étrangères emploient 46 700 personnes en France pour leur activité de R&D, [soit] un cinquième des personnels de R&D    qui travaillent dans une entreprise. Leurs équipes de chercheurs sont essentiellement composées de personnes de nationalité française et n’emploient que légèrement plus de chercheurs de nationalité étrangère (7%) que les entreprises françaises (5%). »

Deux facteurs, intimement liés, montrent l’importance de l’attractivité de la France pour les centres R&D de sociétés étrangères. Tout d’abord, constat fondamental rarement posé : « Les activités de R&D et industrielles des entreprises étrangères sont globalement liées : les pays où elles réalisent une part importante des travaux de R&D sont également ceux où elles génèrent une grande part de la production industrielle. » Par ailleurs : « Les entreprises étrangères implantées en France sont davantage tournées vers l’industrie que les entreprises françaises : 38 % de leurs effectifs sur le territoire français travaillent dans des établissements industriels en 2010, contre 18% des effectifs des entreprises françaises. De ce fait, elles affectent aux activités de R&D davantage de leurs effectifs que ne le font les entreprises françaises (2,8 % contre 1,7 %). »

Attractivité : les pays à faible (ou sans) CIR font beaucoup mieux que nous

Depuis des années, le grand argument avancé par les défenseurs du CIR est son attractivité pour les centres R&D de sociétés étrangères. Alors qu’en est-il ? Il est d’abord à noter que le poids des centres de R&D étrangers en France (20 %) est l’un des plus faibles du monde en 2010. Seuls les USA et la Finlande (du fait de Nokia) ont un taux plus faible : il ne semble pas que le CIR, « avantageusement » réformé en 2004 et 2006 ait changé la donne.

Mais en dynamique ? « Corrigés de l’évolution des prix, les investissements en R&D des entreprises étrangères en France ont progressé de 1,2% par an au cours des années 2000, soit au même rythme que ceux des entreprises françaises (+ 1,3 % par an). Dans de nombreux pays développés, les activités de R&D des entreprises étrangères ont été nettement plus dynamiques que celles des entreprises nationales. En Allemagne, les investissements en R&D d’entreprises étrangères ont crû de 4,4 % par an entre 2001 et 2009, ceux des entreprises allemandes de 0,9%. Il en a été de même aux        Etats-Unis (+ 3,0 % contre + 1,7 %) et au Royaume-Uni (+ 1,9 % contre + 0,2 %). » Ainsi, l’Allemagne, l’Autriche, l’Irlande ou le Royaume-Uni, qui n’ont qu’un très faible CIR ou pas de CIR du tout sont beaucoup plus attractifs que la France.

Alors pourquoi ? Le rapport répond avec clarté mais aussi avec prudence : « bien qu’elle ne soit pas un facteur majeur d’attractivité pour la R&D au même titre que la taille et le dynamisme de marchés locaux ou la qualité de la formation et de la recherche publique, l’existence d’aides publiques en faveur de la recherche contribue à inciter les entreprises à localiser ou maintenir des équipes de recherche sur un territoire. »

Ce que nous pensons relève d’une enquête de l’OCDE, il y a quelques années. Celle-ci avait montré que pour les implantations étrangères, parmi les facteurs incitatifs figuraient en bonne place la qualité des universités et des centres de recherche publics, les possibilités de collaborations avec ceux-ci, la qualité et la disponibilité de la main d’œuvre formée. Si d’autres facteurs sont importants, comme la protection de la propriété industrielle, les aides financières ne venaient qu’en neuvième position dans l’enquête.

Ainsi, le succès du lobbying scandaleux des grands groupes a abouti à ce beau résultat : chaque année plusieurs milliards sont jetés par la fenêtre au détriment de ce qui ferait la force et l’attractivité de notre pays : la qualité de sa formation et la renommée de ses centres de recherche. Le gavage des actionnaires va de pair avec des universités en passe de fermer, des centres de recherche qui s’étiolent et de jeunes docteurs qui se désespèrent ou s’expatrient.

 

 

 

 

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