Emploi scientifique : le CIR pour les grands groupes, c’est de la « confiture pour les cochons ». 4- Une confirmation dévoyée du Monde.fr

 Dans notre dernier article nous écrivions que  « l’actualité alimente chaque mois » notre série sur l’emploi scientifique et le CIR. L’article du Monde.fr (27/01/14), intitulé « En 2013, les emplois dans la recherche ont diminué en France » est là pour le confirmer.

D’après cet article, « les derniers chiffres de l’observatoire de l’investissement Trendeo ont de quoi inquiéter le gouvernement : pour la première fois depuis quatre ans, il y a eu davantage d’emplois détruits dans les activités de R &D que d’emplois créés, soit 1165 contre 1027. Pire, les destructions d’emplois les plus importantes ont eu lieu dans des secteurs (…) stratégiques : l’informatique et l’électronique (plus de 500 emplois nets supprimés), et surtout l’industrie pharmaceutique (plus de 1000 emplois). Alcatel Lucent a ainsi annoncé en 2013 la suppression de plus de 500 emplois en R &D. PSA et Renault, deux autres poids lourds de l’innovation, ont eux aussi annoncé d’importantes réductions d’effectifs. Sanofi, le géant de la pharmacie française, a finalisé, mi-janvier, un plan qui supprimera 170 emplois (…) ».

Parmi les explications données par la journaliste, deux nous semblent parfaitement exactes. Il y a « d’abord, l’insuffisance globale des investissements en recherche, notamment dans le privé. La France investit des ressources importantes dans la R &D (2,2% de son produit intérieur brut, (PIB) en 2012, mais ce chiffre est très loin du score des Etats-Unis (2,7% en 2012), de l’Allemagne (2,9%) ou encore du Japon (3,5%). ». Il y a aussi la faiblesse de la recherche industrielle :« Tous secteurs confondus, la R & D des entreprises en France stagne ainsi à 1,43% du PIB, contre 1,58% pour la moyenne des pays de l’OCDE ». On pourrait ajouter 3,51% pour Israël, 3,09% pour la Corée, 2,66% pour la Finlande, 2,61% pour le Japon ou 1,94% pour l’Allemagne. La France est en quinzième position mondiale alors que nous sommes en tête pour les aides directes et fiscales de l’Etat, et de très loin.

Il est non moins exact qu’il y a « déplacement du centre de gravité de l’économie mondiale. L’ère de l’hégémonie euro-américaine est finie. On trouve des chercheurs à la pointe de leur discipline en Asie notamment, où les grands groupes n’hésitent plus à ouvrir de grands centres de recherche. (…) Singapour [est] devenu en quelques années une plateforme mondiale dans le domaine des sciences de la vie, avec des poids lourds comme le géant de la pharma Novartis ou le leader mondial de l’agroalimentaire Nestlé. »

Par contre, plusieurs affirmations sont pour le moins déplacées, voire erronées.

Dans un pays qui consomme plus de médicaments que les autres et qui les paye plus cher, il est lamentable de reprendre les dires d’un « conseiller » qui considère « l’exemple de la pharmacie [comme] particulièrement emblématique (…) : Il y a encore quelques années, la France était incontournable, mais la pression sur le prix des médicaments, et la hausse des contraintes réglementaires ont rendu ce choix moins évident ».

Il est dit aussi que cette situation catastrophique de la recherche industrielle, elle ne serait pas tant due au faible investissement du privé dans sa R&D qu’au sur-développement de la recherche publique, de la recherche fondamentale notamment. Et d’après l’article, ce sur- développement aurait pour conséquence que « les investissements en R&D en France génèrent relativement peu de résultats en termes de nouveaux produits innovants, de brevets et de croissance » comme le « constatent les experts de Booz & Company ».

L’utilisation des chiffres relève ici d’un folklore étonnant qui résulte sans doute du fait que la source unique de la journaliste ce sont des lobbyistes d’entreprises, qui sont grassement payés pour diffuser ces types d’appréciations. Car enfin, il n’y a pas la moindre allusion aux aides massives, directes et fiscales (6 milliards de CIR) de l’Etat au privé, avec comme conséquence le fait que les entreprises françaises sont celles qui investissent le moins dans la R&D sur leurs fonds propres.

Donner des chiffres sert d’argument d’autorité. Comme le dit un éminent statisticien : « any number beats non number ». Mais où la journaliste est-elle allée chercher ses chiffres pour affirmer « qu’alors que la recherche publique n’a créé que 20% des emplois comptabilisés par Trendeo [est-il habilement ajouté] sur la période 2009-2013, elle représente 36% des dépenses contre 25% aux Etats-Unis ou 22% au Japon ». D’après les dernières comparaisons de l’OCDE, avec 0,8 % du PIB consacré à la recherche publique, la France est en treizième position mondiale, bien après la Finlande (1,09 %), la Suède (1,03) ou l’Allemagne (0,94) et peu avant le Japon (0,77) et les Etats-Unis (0,76). Mais dans ce 0,8 %, la France inclut les recherches militaires (0,15 % du PIB environ) faibles ailleurs, sauf aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, et des recherches industrielles publiques (0,10 % du PIB environ) comme le nucléaire ou l’espace qui sont inexistantes dans la plupart des autres pays.

Voir : http://sncs.fr/spip.php?article3443

Quant à l’affirmation que « en France, une part significative de cet effort [public] est consacré à la recherche fondamentale, qui capte 20% des budgets, contre seulement 13% aux Etats-Unis et 10% en Chine et 5% au Royaume-Uni », c’est tout simplement ridicule. Sauf à considérer les scientifiques français comme des débiles ou des fainéants, on se demande bien pourquoi ils publieraient moins que les britanniques avec un budget plus de 4 fois supérieur !

Si le naufrage de dix ans de politique de droite et du patronat français ne peut plus être masqué, leur propagande reste efficace. Au point que l’on se demande s’ils n’ont pas réussi à convaincre le gouvernement actuel, qui continue à déverser des milliards sous forme de divers crédits d’impôt dans ce tonneau des Danaïdes.

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