Le doctorat : I- Sa trop modeste place en France

Nous commençons ici une série d’articles sur le doctorat :

Le doctorat : I- Sa trop modeste place en France

Le doctorat : II- Les femmes, les sciences et les étrangers

III- Le devenir des docteurs

IV- Le doctorat : « Un diplôme culturellement déconsidéré »

V- Les doctorants

 

« La compétitivité des pays dépend en grande partie de leurs ressources financières et humaines en R&D et innovation, notamment des titulaires de doctorat », souligne le rapport du Commissariat général à la stratégie et à la prospective, intitulé « Les difficultés d’insertion professionnelle des docteurs, les raisons d’une exception française » (1). Effectivement, la très modeste croissance du nombre de docteurs formés depuis 10 ans en France est en parfaite cohérence avec la stagnation de l’effort de recherche, public et privé (2).

Nous nous sommes appuyés sur cinq sources de données statistiques (3-7) qui, du moins sur les années récentes, aboutissent aux mêmes ordres de grandeur. Nous avons privilégié les séries qui permettent les comparaisons internationales (4,6,7). D’une manière étonnante, la référence (5) donne un nombre de doctorats soutenus bien supérieur aux autres, autour de l’an 2000.

Pour une version de cet article avec Tableaux et Figure, voir : http://sncs.fr/spip.php?article3505

 1- Le trop faible nombre de doctorats soutenus en France

Le nombre de doctorats soutenus en France est faible au regard des autres pays européens. La première comparaison disponible, celle de l’OST (4), ne concerne que 5 pays de l’UE en 2011. Avec ses 11500 docteurs/an, la France fait, au regard de sa population, plus mal que l’Italie et l’Espagne. De plus, elle se situe très très loin derrière le Royaume-Uni (20000) et l’Allemagne (27500). En cohérence, les docteurs ne représentent (4) que 1,44 % de la tranche d’âge des 25-34 ans en France, moins qu’en Italie et beaucoup moins qu’en Allemagne (2,79 %) ou au Royaume-Uni (2,44 %).

Les données de la NSF (6) sont beaucoup plus larges, mais un peu moins récentes (2008).

– Elles permettent d’abord d’avoir un point de vue européen plus large, dans une entité politique dans laquelle le doctorat devient LA référence pour les cadres. Au-delà des 5 pays étudiés par l’OST, plusieurs pays, de population modeste, ont une production impressionnante de docteurs : le Portugal, la Suisse, la Suède, la Finlande, l’Autriche, la Norvège ou le Danemark.

– Dans le reste du monde, la position française est moins déclassée, même si l’Australie, les Etats-Unis, Israël ou la Corée font légèrement mieux que nous. Mais clairement, parmi les pays développés, rares sont ceux qui font nettement plus mal que la France : le Canada, la Pologne ou le Japon.

2- Un retard sur les autres pays Europe qui s’est accentué ces 10 dernières années

Sur 10 ans, le taux de croissance du nombre de doctorats en France est le plus faible d’Europe, à l’exception de celui de l’Allemagne dont le nombre de doctorat/an reste toutefois 2,5 fois celui de la France. Entre 2000 et 2011, si la France ne progresse que de 15,6 %, l’Espagne avance de 45,6%, le Royaume-Uni de 73,8 % et l’Italie de 236 %. Durant cette période, la part de la France dans les doctorats soutenus dans l’Union européenne tombe de 14,5 % à 9,9 %.

 3- Des positions mondiales en cours de chamboulement

Si la position française vis-à-vis des pays non européens n’est pas mauvaise dans l’absolu, l’évolution sur 10 ans n’est pas favorable. Ainsi, par exemple, si rapporté à la population, la France et la Corée sont proches en 2008, la France est sur un taux de croissance peu supérieur à 1 % par an, alors que ce taux est de 5 % pour la Corée. Plus généralement, un chamboulement est en marche au niveau mondial (1).

« Le nombre de doctorats délivrés dans les pays de l’OCDE a atteint 213 000 en 2009, soit une augmentation de 38 % en dix ans. (…) Les États-Unis restent le premier pays, avec une part de 16 %, et le nombre de diplômés de doctorat y a augmenté de 37 % entre 2000 et 2008. Il est suivi par la Chine (11 %). Ces deux pays demeurent toutefois loin des pays de l’Union européenne, qui représentent ensemble 27 % des diplômes délivrés, dont 3 % par la France (1). »

« Le développement de grandes capacités de formation doctorale des pays émergents accélère leur convergence en matière de recherche avec les pays développés. La Chine a ainsi multiplié le nombre de doctorats délivrés par quatre en huit ans (44 000 en 2008). Les quatre pays BRIC délivrent aujourd’hui un diplôme de doctorat sur quatre dans le monde (26 %), soit l’équivalent de l’UE, et dix points de plus que les États- Unis. Dans le cas de la Chine, s’ajoutent aux diplômés au niveau national les diplômés à l’étranger, principalement aux Etats-Unis, soit près de 4 500 de doctorats en 2008 » (1).

Ces chiffres globaux cachent des différentiels disciplinaires : si la position française est médiocre en sciences, du moins au regard des pays d’Europe, elle est purement catastrophique en lettres. De plus le taux élevé de doctorats soutenus par les étrangers, dont la plupart retourneront dans leur pays, fait que les données globales donnent une idée encore trop complaisante de la situation française.

 

Prochain article : II- Doctorat : les femmes, les sciences et les étrangers

(1) http://www.strategie.gouv.fr/blog/wp-content/uploads/2013/10/DT_2013-07-Doctorants-final-22-10-valHM.pdf. « Les difficultés d’insertion professionnelle des docteurs Les raisons d’une exception française », Commissariat Général à la stratégie et à la prospective, M. Harfi, Octobre 2013.

(2) VRS, http://sncs.fr/spip.php?article3466 , p. 27.

(3) http://cache.media.education.gouv.fr/file/2012/36/9/DEPP-RERS-2012_223369.pdf  « Repères et références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche » DEPP, RERS, Indicateur 8-28.

(4) http://www.obs-ost.fr/fr/frindicateur/analyses_et_indicateurs_de_reference « Les rapports et analyses de l’Observatoire des sciences et des techniques (OST) », octobre 2013

(5) http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid72997/l-etat-de-l-emploi-scientifique-en-france.html. L’état de l’emploi scientifique en France, MESR, 2013.

(6) http://www.nsf.gov/statistics/seind12/append/c2/at02-36.pdf  National Science Foundation, National Center for Science and Engineering Statistics

(7) OECD (2011), “New doctorate graduates”, in OECD Science, Technology and Industry Scoreboard 2011, OECD Publishing. http://dx.doi.org/10.1787/sti_scoreboard-2011-12-en

 

 

 

 

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One Response to “Le doctorat : I- Sa trop modeste place en France”

  1. François Says:

    Lorsque le Commissariat à la stratégie et à la prospective écrit : « La compétitivité des pays dépend en grande partie de leurs ressources financières et humaines en R&D et innovation, notamment des titulaires de doctorat » il est clair que cette affirmation concerne essentiellement les doctorats en sciences et en ingénierie (en quoi le nombre de docteurs en histoire – discipline au demeurant fort estimable et intéressante ! – peut-il avoir une quelconque influence sur la compétitivité d’un pays ?).

    Or pratiquement toutes les études disponibles prétendent tirer des conclusions du nombre total de docteurs de chaque pays, toutes disciplines confondues. Ce point est d’autant plus surprenant que l’étude de l’OCDE (7) que vous citez permet de calculer facilement le nombre de docteurs en sciences et ingénierie de chaque pays. J’en ai tiré l’étude http://orientation.blog.lemonde.fr/2012/09/14/doctorats-scientifiques-y-a-t-il-un-retard-francais/
    dont je vous invite à lire les conclusions dont certaines pourront vous surprendre.

    Les tableaux de ce document ont d’ailleurs été repris dans un document de l’Assemblée Nationale lors de la préparation de la dernière loi sur l’ESR http://www.assemblee-nationale.fr/14/budget/plf2014/a1429-tIX.asp#P98_5343

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