ES-R : l’heure des Investissements d’avenir est enfin venue

Ce n’est pas tous les jours qu’il y a une bonne nouvelle, aussi réjouissons nous : Louis Gallois, officiellement à la tête du conseil de surveillance de PSA, va quitter le Commissariat Général à l’Investissement, chargé de la mise en oeuvre du Programme d’investissements d’avenir (PIA).

Le passage de Louis Gallois s’est surtout caractérisé par la prolongation de l’idéologie et de la politique de la droite, avec la reprise, mot pour mot, des péroraisons de Valérie Pécresse sur « l’excellence » et tout ce qui va avec : Idex, Labex, Equipex, IRT ou IHU.

Les ravages faits dans le secteur public n’ont d’équivalent que ceux faits dans le secteur industriel. Au nom de quoi un sujet aussi sensible politiquement, difficile économiquement, complexe scientifiquement comme, par exemple, la transition énergétique a-t-il été laissé aux mains d’une poignée de technocrates et de quelques scientifiques désignés par ces derniers. On nage dans l’absurde, aux conséquences incalculables.

En en rajoutant sur ses pitreries pécressiennes, Louis Gallois avait récemment l’intention de vérifier si les orientations sélectionnées par les quelques jurys nommés par Dame Valérie (mais corrigées par le ministère en cas « d’erreur ») étaient bien respectées (Dépêche AEF n°194079, 20 février 2014). Il faut « penser à une gradation des sanctions quand les orientations initiales ne sont pas suivies » déclare-t-il. Et ajoute : « Notre but est de mettre les institutions dans le droit chemin, pas de les arrêter. »

Il y a peu de scientifiques au Commissariat aux investissements d’avenir, un simple recyclage de technocrates aux dossiers scientifiques très faibles voire nuls, mais la bureaucratie est bien là. Louis Gallois détaille : « Nous avons un suivi par projet, une synthèse des suivis par projet et un suivi régional trans-action. C’est sur ce point que nous avons une action territoriale que nous sommes en train de renforcer à la demande des régions. » Il précise par ailleurs que l’ANR « collecte un compte-rendu scientifique et un compte-rendu financier par projet » et que « le comité de pilotage est saisi s’il y a des problèmes » ou « peut aussi intervenir quand il veut ».

A propos de l’Idex de Toulouse il ajoute : « Nous avons convaincu Toulouse de mettre en place un comité d’arbitrage. Nous ne sommes pas tout à fait sûrs d’être arrivés à nos fins. Ce comité a été plus difficile à mettre en place à Toulouse qu’ailleurs parce qu’une université y était opposée. C’est l’Idex qui nous pose le plus de problèmes en matière de respect de nos orientations » (AEF n°182338, 20 février 2014,). Et de réfléchir tout haut : « Tous les quatre ans les présidents d’université changent et s’affrontent sur ce que doit être l’université et je souhaite que l’Idex reste en dehors de cela », déclare-t-il. Oui, vous avez bien compris, les présidents sont élus et c’est bien ça le problème. Comment faire en sorte que la quintessence de la bureaucratie ne soit pas polluée par des processus électoraux. Qu’il dégage !

Comme nous l’avons déjà dit, nous n’avons pas besoin de deux ministres de l’ES-R, de deux systèmes de valeurs, de nombreux modes de financements et de plusieurs couches de structures.  Interrogé sur la cohérence du PIA avec la politique nationale d’enseignement supérieur et de recherche, Louis Gallois répond que le CGI « pose des balises d’excellence », et « crée des instruments de référence qui aident le MESR à définir sa politique ». «Le CGI est le garant des principes des investissements d’avenir, mais ne fait pas le travail du MESR de mise en cohérence des investissements d’avenir avec la politique d’ESR », précise-t-il.

Vous avez bien compris : un bidule hautement bureaucratique « pose les balises d’excellence » et « crée les instruments de références », tandis que le ministère, les établissements et leurs instances scientifiques ne sont là que pour s’occuper de ce qui est sans intérêt. C’est bien cette logique qu’il faut abolir en saisissant l’occasion du départ espéré (inespéré) de Gallois. Tous les financements qui concernent l’enseignement supérieur et la recherche publique dans le Grand emprunt doivent être transférés au MESR, conformément au « choc de simplification » annoncé par le président de la République. Remplaçant les Idex, un plan de développement de chaque site universitaire, incluant les financements acquis, doit être négocié. Les actions telles que les Labex, Equipex, IRT doivent entrer dans les structures normales de l’ES-R, GdR ou Fédérations.

Bien sûr, cela ne suffira sûrement pas pour rattraper le retard de la France, en matière d’emploi notamment, mais l’intégration des PIA concernant l’ES-R au sein du ministère permettrait enfin la mise en œuvre de véritables emplois d’avenir : un plan pluriannuel de l’emploi scientifique. L’heure des vrais Investissements d’avenir est, on l’espère, enfin venue.

 

Be Sociable, Share!

Leave a Reply