La France malade des corporatismes. La réforme des rythmes scolaires et l’hypothèse du départ de V.Peillon

Si dans le précédent article nous n’avons pas caché notre joie de voir partir Louis Gallois, par contre nous déplorons que le départ  de Vincent Peillon soit évoqué du fait de la polémique déclenchée contre lui à propos de la réforme des rythmes scolaires. Nous nous sommes bien gardés d’intervenir « à chaud » sur un sujet pour lequel nous n’avons qu’une « compétence citoyenne ». Mais c’est au moment où se déchaînaient les critiques sur les nouveaux rythmes scolaires que parut la nouvelle édition de PISA, tests effectués sur les apprentissages élémentaires.

Ces résultats catastrophiques sont tombés à un moment où le ministère avait largement relancé le débat. Depuis quelques temps, rapports, études ou articles de presse posaient déjà le problème de l’inadaptation des programmes comme étant un facteur majeur à l’origine des difficultés. A juste titre, d’autres pointaient la quasi-absence de formation des professeurs, le caractère trop bureaucratique, centralisé et coûteux du fonctionnement du ministère, ou encore les modestes salaires de nos enseignants. Bref, le débat avait lieu, chacun ayant loisir d’apporter ses propositions face à un problème dont la solution ne peut être trouvée en aboyant des slogans simplistes. Et si on peut manifester ici un souhait, c’est que ceux qui ont été si inspirés, si dynamiques pour critiquer les « rythmes-Peillon » s’engagent avec la même persévérance dans le vrai débat et avancent des propositions, qui ne sauraient être le « statut-quo ».

Car sur les rythmes, bien sûr Monsieur Peillon, vous avez eu raison : cette réforme, il faut la faire, et dès la rentrée. Bien sûr, vous avez aussi raison de dire qu’il y aura des adaptations à faire et que tout ne sera pas réussi la première fois. Bien sûr, vous avez raison de (trop gentiment) fustiger ceux des maires UMP (minoritaires) qui trouvent que rien n’est trop cher pour faire un nouveau « round » de circulation, mais qui se sentent soudain très pauvres quand on parle de l’avenir des enfants de leur commune. Bien sûr vous avez raison de ne pas ironiser trop lourdement sur ceux des parents, voire des enseignants, qui sont heureux ne pas avoir à se lever le mercredi matin. Mais vous n’arriverez pas à en convaincre les adeptes de « la manif pour tous », les sectaires de l’UMP (encore que cela se recoupe largement), en même temps que ceux qui, a priori, veulent saisir toutes les occasions pour montrer que la droite et la gauche c’est partout et toujours pareil. Sans parler du marais des corporatismes qui n’ont cure des 16 000 postes qui furent supprimés et que vous recréez, tant cela est secondaire au regard de leurs intérêts corporatistes ou politiques. Sans parler de ceux, les pôvres (!!!), qui trouvent que votre réforme, c’est du néo-libéralisme.

Pour ma démonstration, je m’en tiendrai à citer Antoine Prost. Je précise que ce dernier a notamment dressé dans son œuvre un superbe monument intellectuel aux enseignants qui créèrent et firent vivre l’école laïque. Dans Le Monde il dit : http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2012/05/30/la-reduction-du-temps-de-travail-des-eleves-est-un-formidable-gachis_1709596_3232.html ).

« J’avais, dans ces colonnes (29 mai 2008), dénoncé la semaine de quatre jours et la lâcheté qui avait entouré son adoption. C’était plus qu’une erreur, une faute, tout le monde le savait et personne ne disait rien. (…) Libérer le samedi matin n’est pas en cause ici, et je ne propose pas de le rétablir. Mais on pouvait le libérer sans réduire le temps de travail. On pouvait le remplacer par le mercredi matin. On pouvait aussi compenser la perte du samedi matin par une réduction des grandes vacances. (…) Résultat de cette mesure adoptée sans concertation et sans réflexion : une réduction du temps de travail des élèves qui, par son ampleur et ses modalités, handicape durablement les apprentissages élémentaires. (…) Nous sommes à 140 jours de classe par an, contre 175 en 1968, et à 840 heures dans l’année, contre 1 050.(…) Mais les heures de classe ne se valent pas toutes. Nos voisins européens n’ont pas beaucoup plus d’heures de classe, mais ils les répartissent sur 180 à 200 jours. Le nouveau ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon, semble décidé à remédier à ce gâchis, et je m’en réjouis, car c’est l’avenir de notre société qui est en jeu. Pour moi, la meilleure solution serait la semaine de cinq jours, avec 5 heures de classe par jour, des grandes vacances plus courtes, et des trimestres mieux équilibrés. »

Après l’avis de l’universitaire, celui de Paul Raoult, président de la Fédération des conseils de parents d’élèves FCPE (http://www.vousnousils.fr/2014/03/17/rythmes-scolaires-solutions-trouvees-552818). A la question « Pourquoi dites-vous que la réforme des rythmes scolaires est « gagnée » alors qu’elle n’est effective que dans 17% des communes ? », Paul Raoult précise : « La réforme est gagnée dans la mesure où 90% des communes se disent prêtes à organiser des temps péri­scolaires à la rentrée de septembre 2014. Parmi les 10% restant, 6% ne veulent pas en entendre parler pour des raisons politiques et 4% éprouvent de vraies difficultés dans la mise en œuvre. Ce que je constate, c’est que petit à petit les uns et les autres trouvent des solutions. »

« Où en est le mécontentement sur le terrain ? ». Le Président de la FCPE répond : « La principale pierre d’achoppement, c’est le manque d’informations des parents d’élèves. Certaines communes réfléchissent sans impliquer la communauté éducative et les associations. Mais globalement, le mécontentement est retombé d’un cran, les peurs se sont dissipées. A Paris par exemple, on avait l’impression au départ que des enfants se retrouveraient livrés à eux-mêmes à la sortie de l’école. A ma connaissance, ça n’a pas été le cas et les enseignants reconnaissent que la nouvelle organisation est bénéfique pour les élèves. »

On peut espérer que, dans l’intérêt des élèves, la réforme sera maintenue en toute hypothèse et que les 16 000 emplois à créer, que Peillon avait obtenu de Hollande lors de la campagne électorale, survivront à leur initiateur. Dans le cas contraire, vous savez déjà sur quels démagogues il vous faudra jeter des pierres.

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