Philippe Froguel, directeur de Labex, un exemple de la réaction qui mine notre milieu

En pleine bataille pour l’emploi scientifique, certains se déboutonnent et n’hésitent pas à tirer dans le dos des collègues qui se battent. C’est le cas de Philippe Froguel, spécialiste du diabète, qui avance la thèse capitularde : « Comme on n’obtiendra pas de postes, la seule chose à faire pour la main d’œuvre, c’est d’avoir des précaires plus nombreux, travaillant toujours plus longtemps dans la précarité ».

Froguel, côté « réac soft » : l’entretien avec l’AEF après la réunion des DU du 24/09/2014

« Pour Philippe Froguel, responsable du labex Egid (ici, une très longue série de titres) la mobilisation des directeurs d’unité (…) pour l’emploi scientifique, « fait fausse route » (1). Selon lui, le président de la République « ne donnera pas suite » aux revendications exprimées dans la lettre ouverte des DU. Philippe Froguel considère que cette mobilisation s’inscrit dans une série de mouvements [depuis 2000] qui « donnent une mauvaise image, misérabiliste de la recherche française ». (…) Le gouvernement dit qu’il aime les entreprises, le CIR ne sera pas supprimé ni même amputé. [Cette action] émane de directeurs d’UMR du CNRS qui ne pensent qu’à s’opposer au pouvoir quel qu’il soit et ne préparent aucune autre solution (…). »

Que faire ? « Il faut se débrouiller pour que les bons projets aient suffisamment d’argent et qu’on n’utilise pas les gens à ne rien faire. Il faut augmenter les moyens de l’ANR et les crédits de base pour que les laboratoires fonctionnent. Il faut s’occuper du renouvellement des générations mais sur des bases qui correspondent à l’air du temps, c’est-à-dire avec moins de fonctionnaires. Le gouvernement ne fera pas une loi de programmation. Il faut trouver des choses plus originales : il y a les CDI, les CDD de long terme. Il n’est pas raisonnable de garder de la recherche médicale au CNRS alors qu’il y a l’Inserm. Au niveau des universités, est-il raisonnable de créer des postes de maîtres de conférences et d’ITA pour des unités de recherche mal classées par l’Aeres ? (…) Je suis persuadé qu’il est possible d’économiser 5 % à 10 % du budget à condition de s’atteler à la tâche. »

Froguel s’affirme ici comme un défenseur acharné, bien sûr au nom des jeunes, des solutions dévastatrices de la période Pécresse-Sarkozy : CDD, ANR, PIA, AERES, etc. Mais toujours en concordance avec son propre intérêt. C’est assez lamentable et c’est ce moquer du monde que d’affirmer qu’une fusion du CNRS et de l’Inserm conduirait à des économies : le rapport Dardel, après l’analyse de milliers de publications du CNRS et de l’Inserm, a montré que les recouvrements sont très faibles. C’est aussi minable que de laisser entendre, sans donner aucune preuve, sans fournir le moindre chiffre que les établissements attribueraient une proportion significative des emplois à des formations mal évaluées.

Froguel, côté « réac hard » : la tribune dans Le Figaro du 07/04/2014

Une tribune précédente (2) intitulée « Recherche française: des laboratoires vidés de leurs jeunes », ne manque pas d’humour : Froguel appelle à la réunion des DU, à Valmy, à la levée en masse. « Leur cécité [des responsables politiques] devant la quasi banqueroute de nos laboratoires, leur insensibilité devant l’effroi et la colère des jeunes chercheurs compétents que l’on renvoie à tour de bras de nos meilleurs laboratoires (et de notre pays) pour des raisons uniquement bureaucratiques, annoncent un déclin français accéléré avec un décrochage de nos performances d’ici à 2020. Les directeurs d’Unités mixtes de recherche, les cellules de base de la recherche de qualité ont le devoir de tirer la sonnette d’alarme car notre dispositif est en train d’imploser à toute vitesse. » C’est maintenant fait : on sait qu’à cette réunion des DU, il fut totalement isolé quant aux solutions qu’il proposait.

Dans cette tribune, Froguel se scandalise pour deux choses. « D’une part de la loi [Sauvadet] du 13/03/2012 de « résorption de la précarité dans la fonction publique »; d’autre part de la disparition progressive de l’Agence nationale de la recherche qui finance les projets des meilleurs chercheurs français. Selon cette loi Sauvadet les personnes ayant déjà travaillé six ans en CDD doivent être embauchées à durée indéterminée. L’effet pervers de cette loi c’est que les directions des organismes de recherche interdisent aujourd’hui aux directeurs de laboratoire de reconduire les CDD au delà de trois ans ou quatre ans, même s’ils disposent de financements, afin d’éviter de tomber sous le coup de la loi. Aujourd’hui, des milliers de jeunes chercheurs et ingénieurs de recherche sont ainsi mis à la rue. »

Alors Froguel, pour vous satisfaire, faut-il 10 ans, 15 ans ou 20 ans de CDD avant un vrai recrutement ? Bien sûr dans une pensée furtive Froguel a quelques larmes de crocodiles sur le manque de postes au CNRS, alors que chacun sait que sans créations d’emplois dans les EPST et les universités, il n’y a pas de solutions viables au problème En fait, il est jusqu’au cou dans la logique CDD, contrats temporaires de recherche qu’il considère comme « normale ». Car c’est bien la défense de ce système de précarité à la fois des hommes et des crédits qui le motive : « le financement de la recherche se fait par contrats nationaux ou européens qui nécessitent des CDD pour des ingénieurs et des post-doctorants que l’on forme à des méthodologies très pointues. » Même s’il convient que cela ralentit sa production : « Dès que les jeunes sont compétents et obtiennent des résultats, il faut les remplacer par d’autres plus jeunes que l’on trouve difficilement et qu’il faut former de zéro. »

Pour justifier un système qui brise à ce point les jeunes et les laboratoires, il fallait une justification idéologique. Froguel n’a pas fait preuve d’originalité en trouvant « l’excellence », vocable qu’un chercheur définissait comme « le plan social de la science ». Il affirme : « La recherche publique d’excellence française et notamment les Labex, Equipex, et Idex créés en 2010 comme les locomotives de l’innovation doivent pouvoir embaucher, former puis garder les meilleurs jeunes, avec des crédits de fonctionnement sur projets indispensables pour faire avancer la science et ses applications. »

(1) Dépêche AEF
(2)http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2014/04/07/31007-20140407ARTFIG00261-le-resistible-decrochage-de-la-recherche-francaise.php

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