Et maintenant ? 2- Entre les jeunes scientifiques et les banksters, il faut choisir.

Dans un pays aux corporatismes puissants et bruyants, corporatismes d’autant plus exigeants que ceux qui les portent appartiennent aux plus favorisés, les scientifiques mènent, eux, une bataille pour le pays comme le souligne un texte du SNCS-FSU : « L’emploi des jeunes chercheurs, c’est notre avenir collectif ». (http://sncs.fr/sites/sncs.fr/IMG/pdf/4p_jeunes_chercheurs_a4_web.pdf).

Non, ce texte ne demande pas qu’on paye les chercheurs comme les rentiers, les traders, les notaires… Il montre par contre que sacrifier des générations de jeunes chercheurs est irresponsable pour l’avenir du pays. « Irresponsabilité d’autant plus grande que les comparaisons internationales montrent qu’en 10 ans, l’effort de recherche français par rapport au PIB a stagné alors qu’il progressait fortement dans la plupart des pays. De ce fait, le système public de recherche s’en trouve profondément affaibli tandis que le retard pris par la recherche industrielle et l’innovation a largement contribué au délitement de l’appareil productif français, au déficit du commerce extérieur et au niveau élevé de chômage. Allons-nous continuer ? ». Et le texte de montrer les grands enjeux pour le pays : « relancer l’effort de recherche », « remettre à niveau le financement de la recherche publique », « restaurer les capacités de l’enseignement supérieur » et « développer la recherche privée et l’innovation ».

Comment se fait-il que, vu le naufrage de la recherche française qui se poursuit, Geneviève Fioraso continue à ergoter, voire à franchement contester des données dont pourtant tout le monde reconnaît la vraisemblance, dans la pure tradition pécressienne ? Comment peut-on annoncer que « La France se situe pour le nombre de chercheurs en proportion dans la population, devant le Royaume-Uni et devant l’Allemagne », quand l’Allemagne fait mieux que la France pour le financement de la recherche universitaire (0,52 % du PIB contre 0,48 %), pour le financement de la recherche des organismes d’État (0,42 % contre 0,32 %). Quand l’Allemagne fait beaucoup mieux que la France pour la recherche dans les entreprises (1,94 % du PIB contre 1,42 %). Quand elle forme 27 000 docteurs par an et nous 12 000. Et l’Allemagne aurait moins de chercheurs que nous au regard de la population ! (http://sncs.fr/Les-memoires-d-outre-tombe-de ) !

Comment se fait-il que la ministre continue à cautionner l’annonce d’une augmentation, en dix ans, de 70 % du nombre de chercheurs travaillant dans les entreprises alors que les dépenses de recherche de celles-ci stagnent lamentablement pendant cette période, malgré les 6 milliards de dons de l’Etat sous forme de Crédit impôt recherche (CIR) ? Face à cette contradiction – que nous avons soulevée – comment se fait-il que les services du ministère se complaisent dans l’enfumage au point d’affirmer que l’augmentation du nombre des chercheurs du privé a été auto-financée (http://sncs.fr/Combien-de-chercheurs-en) par la diminution corrélative des moyens de travail mis à leur disposition?

Comment se fait-il que le ministère continue à défendre bec et ongles le Crédit d’impôt recherche alors qu’après les syndicats, les rapports parlementaires, les instances scientifiques, l’Académie des sciences, la Cour des comptes et même la très anglo-saxonne OCDE, toute la presse (http://sncs.fr/IMG/pdf/VRS394.pdf, p39) a montré son inefficacité pour développer la recherche des entreprises et son seul rôle de pourvoyeur des profits ?

Six milliards dans le puits aux profits, qui se cacheront en Belgique ou dans quelques paradis fiscaux, cela équivaut pratiquement au financement de toute la recherche publique. Sans parler des dizaines de milliards des divers « pactes » que « l’Etat-providence des entreprises » déverse dans l’escarcelle d’un patronat qui refuse toujours de s’engager à quoi que ce soit.

Certes les chercheurs n’ont utilisé aucun moyen violent pour se faire entendre, comme le firent les maraîchers qui incendièrent l’Hôtel des impôts de Morlaix. Ou comme les bonnets rouges sabotant portiques et radars. Certes ils n’ont pas non plus la force brutale de camionneurs qui ont obtenu la peau de l’Ecotaxe en menaçant de bloquer le pays, comme leurs homologues le firent naguère au Chili. Est- ce une raison pour ne pas les entendre ?

Aujourd’hui, une demande forte est faite au gouvernement pour assurer l’avenir du pays : convertir deux milliards du CIR pour contribuer à un plan pluriannuel de l’emploi scientifique. Entre les jeunes scientifiques et les banksters, il lui faut choisir.

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