Il n’y a pas d’argent pour l’enseignement supérieur et la recherche, MAIS … 10- CICE : « Vous reprendrez bien un peu de dividendes ? »

Si certains défendent le CIR avec des arguments à l’évidence erronés, d’autres sont plus malins et tiennent un langage qui s’insère dans la campagne du « trop d’impôts ». En substance, leur discours est le suivant : « certes il est très regrettable que le CIR n’ait pas servi à développer la recherche privée, mais les firmes sont tellement prises à la gorge par l’impôt qu’elles n’ont pu investir. » Et pourtant en pleine crise, les firmes françaises ont distribué 40,7 milliards de dollars à leurs actionnaires au deuxième trimestre de 2013. Le remarquable article de Luc Peillon (Libération du 19/08/2014) montre comment les excès de financements des entreprises par l’Etat (CICE, CIR) finissent toujours, en France, dans la poche des actionnaires. Ce qui suit entre guillemets est directement issu de cet article.

 La crise ? Pas pour les actionnaires…

« D’après une étude du gestionnaire d’actifs HGI, les dividendes versés par les entreprises cotées ont progressé, au deuxième trimestre 2014, de 11,7% dans le monde, par rapport à la même période l’année dernière, atteignant un total de 320 milliards d’euros. Champions du monde des hausses de dividendes au deuxième trimestre (période où se concentre le versement de 40% des dividendes mondiaux annuels) : le Japon (18,5%) et l’Europe (18,2%). Soit des économies qui ont connu, respectivement, 1,5% et 0,1% de croissance en 2013 (…). Mieux, parmi les groupes les plus généreux en Europe, on trouve les entreprises espagnoles (+75% de hausse), dont le pays fut en récession de 1,2% l’année dernière.

 … Et notamment français

Dans le trio de tête européen, on trouve surtout la France. Les grands groupes y ont ainsi augmenté leurs dividendes de 30,3% au deuxième trimestre sur un an, pour un total de 40,7 milliards de dollars. Un montant record sur le continent. Loin devant la première économie européenne, l’Allemagne (3,9% de hausse), ou encore le Royaume-Uni (+ 9,7%).  Certes, les raisons de cette prodigalité française tiennent en partie à des facteurs objectifs : fluctuation des taux de change (7 %) ou évolution du périmètre des entreprises considérées (4 %). Mais pour le reste, c’est un peu le mystère (…).

 L’un des secteurs français les plus généreux en dividendes est celui de la banque-assurance sauvé il y a six ans de la débandade par l’Etat en raison d’une crise qu’il avait lui même provoquée.(…) Ainsi, le premier payeur de dividendes en France n’est autre qu’Axa, qui a versé la modique somme de 2,7 milliards de dollars à ses propriétaires au deuxième trimestre. Autre grand donateur, selon HGI, le Crédit agricole, qui a rétabli ses versements (1,2 milliard de dollars), mais aussi la Société générale, qui a réalisé une forte hausse, ou encore la BNP, qui a continué ses versements de dividendes malgré la forte amende imposée par les régulateurs américains.

 Les 7 milliards du CICE

Carambolage malheureux de calendrier : cette envolée des dividendes intervient au moment où les entreprises françaises ont bénéficié de la première tranche du CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), pour un montant total de 7 milliards d’euros. Un dispositif gouvernemental, financé en partie par la hausse de la TVA sur les ménages, censé inciter les entreprises à relancer leurs investissements ou à embaucher… et non pas gratifier les actionnaires. »

 Augmenter à ce point les dividendes suite au versement du CICE démontre que les grandes firmes, qui n’investissent pas dans la recherche tout en touchant le CIR, le font délibérément et non parce qu’elles considèrent être trop imposées.

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