Recréer le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche

Sur un blog récemment posté, on peut lire un vibrant plaidoyer pour « supprimer le secrétariat d’État à l’enseignement supérieur et à la recherche et rattacher ses deux directions à Najat Vallaud-Belkacem. » Cette idée géniale repose sur deux arguments  : « pour des raisons d’économie (mettre fin aux salaires et primes des conseillers du cabinet de GF), mais surtout parce que cette sous-structure du MEN est devenue inefficace et nuisible pour les établissements. Elle n’est pas parvenue, fin février, à doter ses opérateurs (les universités) en budget de fonctionnement et d’investissement pour 2015 ».

 C’est moins la proposition en tant que telle qui choque (après tout l’utilité d’avoir un ministère de l’ES-R peut relever d’une opinion comme une autre…), que la suprême indigence de l’argumentaire.

L’argument poujadiste selon lequel on ferait ainsi de judicieuses économies est pitoyable, surtout venant d’un universitaire. D’ailleurs, pourquoi, de proche en proche, ne pas appliquer un tel raisonnement à tout le gouvernement, toute la fonction publique et aussi à toutes les organisations privées ou publiques … Emanerait-il d’un fervent défenseur de l’abolition de l’Etat ? on peut en douter, d’autant que la proposition consiste à transférer des « directions » au sein du ministère de l’Education Nationale. Au bout de ce raisonnement y aurait-il alors l’idée qu’il faut tout confier aux administratifs et à la technostructure et bouter dehors les responsables politiques?

Mais passons au second argument, qui consiste à faire porter le chapeau à G. Fioraso du fait qu’il manque (pour pouvoir en faire la répartition) 100 millions au budget des universités. Là, c’est proprement ridicule. Car l’amputation supplémentaire du budget de l’ES-R relève comme chacun le sait d’une décision gouvernementale qui affecte tous les ministères, même si tous les jours, c’est de dizaines de milliards qu’il s’agit lorsqu’on aborde la fraude fiscale, l’optimisation fiscale ou l’évasions fiscale. Et le fait que monte au créneau et la ministre de l’Education nationale (curieusement absente de la critique du blogueur) et la secrétaire d’Etat n’a visiblement pas encore suffit à les faire débloquer.

 Si on fait l’analyse que pour sortir le pays de l’ornière il faut et faudra encore longtemps mettre les efforts sur la formation, la reconstruction d’un tissu productif et sur le développement des nouvelles technologies, la recherche et l’enseignement supérieur ne peuvent être un simple secteur du ministère de l’Education nationale, qui a déjà tant à faire…. D’ailleurs, les 2/3 de la recherche française s’effectuent dans le privé, pour 30 % sur fonds publics. L’ES-R ne doit pas plus être une annexe du Ministère de l’Industrie, ce qui serait incompatible avec les missions de l’enseignement supérieur comme avec la liberté requise pour le progrès des connaissances.

Il faut donc recréer le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Bien sûr, comme c’était le cas, ce MESR devra être en rapport étroit avec le ministère de l’Education nationale étant donné la continuité nécessaire ente le secondaire et le supérieur. Il devra l’être aussi avec le ministère de l’industrie, notamment pour les questions d’innovation. Faire cette réforme n’est pas une urgence, vu la gravité de la situation des établissements. Mais ce n’est pas une raison pour flatter les positions les plus rétrogrades, qui rappellent celles de nos ancêtres les mandarins.

J’ai la conviction que cette proposition reflète l’opinion de l’immense majorité des personnels des EPST, des EPIC, mais aussi celle des enseignants-chercheurs, qui ont une haute ambition pour leurs missions d’enseignement et de recherche.

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4 Responses to “Recréer le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche”

  1. Pierre Dubois Says:

    Surprenant de la part d’un ancien directeur de recherche au CNRS : le nom de l’auteur de la chronique incriminée et le lien web vers cette chronique ne sont pas donnés. La rigueur scientifique (citation des sources) n’est-elle plus en vigueur au CNRS ?

  2. Henri Audier Says:

    Mon problème n’est pas d’attaquer quelqu’un. Et malheureusement, l’idée n’est tout de même pas originale au point de citer une référence. Et c’est là le vrai problème. La disparition de l’enseignement supérieur-recherche comme entités serait une catastrophe, quel que soit par ailleurs le bilan de Fioraso. C’est aussi, à ce que je sache, la position des syndicats représentatifs. C’était une affirmation forte des Etats généraux de la recherche : « Un ministère de la Recherche, de l’Enseignement Supérieur et de la Technologie est indispensable pour affirmer le caractère prioritaire de la recherche dans notre pays, et son lien très fort avec l’enseignement supérieur. Ce ministère, qui doit être de plein exercice, détermine les grands choix. Il délègue leur mise en oeuvre aux opérateurs de recherche. »
    Pour ne pas qu’il y ait d’ambiguïté, pour les EGR l’innovation devait par contre relever du Ministère de l’industrie.

  3. Poirier Says:

    Je me souviens d’un discours à Paris de Geneviève Fioraso après le remaniement dans lequel elle expliquait qu’elle était très satisfaite d’être secrétaire d’Etat de l’ESR (et plus ministre). Ça montre qu’en haut lieu, même les ministres ne sont pas convaincus de la nécessité d’un ministère de l’ESR. Avec le départ annoncé de la secrétaire d’Etat, l’hypothèse envisagée de ne pas la remplacer montre le peu de conviction du gouvernement et de la présidence sur cette question. C’est tout de même inquiétant dans la période de transition économique, technique, sociale, environnementale que nous traversons.

  4. pinguinalité Says:

    Recréer le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche me parait indispensable. La recherche est devenue le parent pauvre de la République et ça ne s’arrangera pas si on continue ainsi !

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