Les Idex, instruments d’un dirigisme borné

Dans un rapport tout récent, les députés Patrick Hetzel (UMP) et Alain Claeys (PS) détaillent les effets bénéfiques des programmes d’investissements d’avenir (PIA) pour l’enseignement supérieur et la recherche (ESR), qualifiés « d’instruments de structuration des sites », « de leviers pour l’excellence de la recherche » à « l’effet dynamisant ». Ces louanges ne sont qu’à moitié étonnantes quand on sait que P. Hetzel a été le collaborateur le plus zélé de Valérie Pécresse, qui a mis en place ces PIA.

 On pourra si l’on veut trouver dans ce rapport quelques timides idées positives. Mais sa béatitude vis-à-vis de tous les « -EX » inventés depuis 5 ans n’est qu’une mascarade, au regard de l’impopularité de la politique qui nous est imposée. Ce rapport consacre un cadre d’avenir que nous avons toujours dénoncé : un MESR réduit au rôle d’exécutant docile des décisions du Commissariat aux PIA. La transformation est déjà entamée : on crée des doublons aux structures scientifiques de l’ESR, on substitue des jurys nommés aux instances scientifiques des établissements, on contraint les laboratoires à quêter, pour survivre, aux lotos de l’ANR et des PIA, on laisse croître la précarité et, pour bien verrouiller le système, on arrime les organismes à des COMUE-IDEX faites pour imposer une politique aux UMR.

Quant aux idées nouvelles (s’il en apparaît encore), leur prise en compte sera subordonnée au bon vouloir d’aréopages à qui la remise en question de leurs plans préétablis paraîtra insupportable … Voilà le programme !

 Ce sont bien les structures, non les personnes qui les composent, qui sont en cause. On ne peut faire fonctionner la recherche comme le marché des primeurs ou comme une chaîne de restauration rapide. Dans la liberté nécessaire à la découverte scientifique, dans le foisonnement anarchique du développement des sciences, dans l’apport sans cesse renouvelé des technologies et du numérique, dans la rencontre imprévue entre disciplines qui ne semblaient pas connexes, dans le raccourcissement du temps dans le passage entre l’idée et son application, l’objectif doit être d’abord de trouver les conditions pour préserver et faire épanouir les idées novatrices. Ce n’est pas en les étouffant par une bureaucratie paperassière et dirigiste qu’on préparera l’avenir. Ce n’est pas très nouveau, mais pourtant toujours vrai, que d’affirmer : « la découverte ne se programme pas ». Que, par opportunisme, ou plutôt par instinct de survie, une partie de notre milieu se soit plus ou moins adaptée à la situation actuelle ne change rien à l’affaire : oui, tout ce fatras mis en place par Pécresse doit être démantelé en réintégrant dans les procédures normales, les actions financés par les PIA.

 Est-ce à dire qu’avant tout allait bien ? Sûrement pas, comme le montrent nos propositions :

– Assurer un développement équilibré entre progrès des connaissances et retombées de la recherche.

– Baser la politique de recherche publique sur les organismes, les universités et sur leurs coopérations.

– Faire du laboratoire une entité responsable de coopération scientifique et de solidarité humaine.

– Financer par des crédits de base les projets quadriennaux bien évalués de ces laboratoires.

– Établir les partenariats organismes-universités sur des établissements forts, responsables et véritablement autonomes. Ils doivent être équitables et symétriques et basés sur les UMR.

– Construire des réseaux coopératifs pour l’ESR, pour assurer le maillage territorial et la cohérence nationale. Invités des instances territoriales, les organismes nationaux ne sauraient en être membres.

– Organiser la coopération inter-organismes autour de programmes thématiques ou pluridisciplinaires.

– Décider de programmes finalisés par une instance mixte entre la représentation parlementaire (OPECST) et les chercheurs.    Les faire gérer par l’un des organismes impliqués.

– Faire fonctionner tous les programmes avec du personnel statutaire et non des CDD.

 Bien sûr, il y a quelque part l’idée dans ce rapport que, vu la situation budgétaire désespérée, c’est par une nouvelle vague de PIA, réclamée par les auteurs, qu’on sauvera la situation. Et pourquoi pas un emprunt, s’il ne s’agit pas d’Idex ou d’IRT ? Nous ne sommes pas plus choqués de voir l’Etat emprunter pour équilibrer le budget général que pour renforcer les moyens de l’ESR. Le problème est seulement le montant et les conditions d’utilisation de l’emprunt. Or à la question de savoir quels futurs PIA, le rapport avance l’idée que vu les « déséquilibres géographiques » créés par l’actuelle carte des Idex, « une meilleure répartition des Idex passera par une seule solution : un accroissement du nombre d’Idex de façon à ce qu’ils maillent mieux le territoire ». Or cette proposition, sur laquelle nous aurions pu négocier si elle incluait l’emploi, vient d’être rejetée d’un puissant « niet » par le monarque absolu qu’est le commissaire aux IA.

 Alors revenons aux fondamentaux : « Ce n’est pas la peine de mettre des milliards dans les Idex si, en même temps, on réduit les postes dans les établissements », affirme avec raison François Cansell, président des écoles françaises d’ingénieurs. Car l’emploi scientifique est le vrai investissement d’avenir. Et il ne suffit pas de construire des bâtiments neufs (comme ceux qui poussent comme des champignons actuellement sur le plateau de Saclay au bénéfice des bétonneurs) s’ils ne doivent rester que des coquilles vides. La recherche est faite par des chercheurs, des ingénieurs, des techniciens, à qui il faut offrir des postes, des carrières décentes et les moyens de travailler. Avec ou sans emprunt, c’est prioritairement sur ce sujet que nous voulons négocier.

 

Une version peu différente de ce texte et sous le même titre a été rédigée pour le site SNCS avec mon ami Christophe Blondel

 

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