ANR : rouvrir le débat sur le financement de la recherche

Parce qu’elle mettait fondamentalement en cause le rôle et le financement de la recherche des organismes et des universités, la majorité des scientifiques s’est fermement opposée à la création de l’Agence nationale de la recherche (ANR) en 2004. Loin d’avoir été une source supplémentaire de crédits, le financement par l’ANR a d’abord été permis par la chute des crédits recherche des établissements. Elle a vu ensuite baisser ses propres crédits : le taux de succès d’une réponse aux appels d’offre est passé de 26 % en 2005-2007 à 10 % aujourd’hui. De ce fait, nous avions montré il y a déjà deux ans que l’ANR coûtait plus cher en termes de comptabilité analytique (temps de constitution et d’évaluation des dossiers) que ce qu’elle distribuait sous forme de crédits.

 Nos prises de positions sont aujourd’hui corroborées par la lettre ouverte de démission de Patrick Petitjean de son rôle de président du comité de Physique sub-atomique, Science de l’Univers, Structure et histoire de la Terre de l’ANR. Celui-ci affirme que « pour la sélection ANR 2015 en Sciences de l’Univers, seulement 5 projets collaboratifs et 3 projets jeunes chercheurs ont été acceptés cette année pour, respectivement, 60 et 33 projets déposés. Le taux de succès est donc entre 8 et 9 %. Ce taux est plus petit que celui de l’ERC [European research council]. »

 Au delà de l’ANR et des agences médicales, cette politique d’appels d’offre sur projet s’est fortement généralisée du fait des Programmes d’investissement d’avenir (PIA), Idex, Labex, IRT, etc., enlevant  ainsi aux établissements une grande partie de leur rôle propre et de mise en œuvre d’une politique scientifique, et transformant les scientifiques en chercheurs … de financements.

 Dans ses premières déclarations, Thierry Mandon a montré qu’il avait conscience de la situation difficile du budget de la recherche. Pour notre part, il est clair qu’il y a à présent une double urgence : le doublement des crédits de base attribués par les établissements aux laboratoires et la mise en route d’un plan pluriannuel de l’emploi scientifique. L’objectif à atteindre, quant au montant des crédits publics, doit être un premier objet de discussion entre le Secrétaire d’Etat et les syndicats.

 « Il y a encore beaucoup à faire en matière de simplification. Je compte faire de ce sujet l’une des priorités de mon action dans les mois qui viennent (…). Un chercheur n’est pas là pour remplir des foules de dossiers. Consacrer un peu plus de temps à faire leur travail, c’est ce qu’ils souhaitent le plus ardemment. Il est du rôle et du devoir de la puissance publique de les mettre dans cette situation », a déclaré Thierry Mandon. Il y a là un sujet qui mérite aussi  l’ouverture de négociations. De ce point de vue, l’auteur estime qu’il est important que les syndicats fassent des propositions pour reconstruire l’ESR français.

Ci-dessous, par exemple un résumé des propositions du SNCS-FSU dont l’auteur est membre. 

1- La politique scientifique doit être basée sur les organismes et les universités, ainsi que sur leurs coopérations contractuelles, notamment au travers des UMR. Par contre le SNCS-FSU est hostile à la participation des organismes aux COMUE comme membres à part entière.

 2- Les établissements coopèrent entre eux au travers d’actions pluridisciplinaires, gérées par l’un d’eux.  De même, les établissements peuvent prévoir des procédures spécifiques permettant aux jeunes chercheurs d’accéder à leur autonomie scientifique.

 3- Les financements des diverses composantes des PIA devraient être progressivement intégrés dans les structures normales, GdR ou Fédérations de laboratoires par exemple.

 4- L’ANR devrait être supprimée. Par contre devrait être créée une instance paritaire entre les scientifiques et les membres de l’OPECST (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques) ayant pour rôle de définir de grands thèmes répondant aux besoins du pays en matière économique et sociétale (santé, environnement, ville, etc.). Repris et adaptés par les coopérations inter établissements susmentionnées, ces actions pourraient bénéficier d’un financement spécifique.

 5-Toutes les actions sur appel d’offre doivent être évaluées par les instances scientifiques du type Comité National et doivent fonctionner sur emplois budgétaires.

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