Plan de simplification de l’ESR : s’attaquer d’abord à l’essentiel

 

Thierry Mandon vient d’annoncer un « Plan de simplification pour l’Enseignement supérieur et la Recherche»:http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid97694/plan-de-simplification-pour-l-e.s.r.-lancement-de-la-phase-de-consultation-elargie.html.

Sur ce sujet, j’avais écrit il y a quelques mois un billet pseudo-humoristique intitulé : « La recherche et l’enseignement supérieur bénéficieront du choc de simplification » (1 novembre 2014).

 Le problème est de savoir si Thierry Mandon entend limiter le débat aux simplifications administratives (sur lesquelles nous ne cracherions pas), ou s’il veut surtout s’attaquer à la complexification (et au dirigisme) de notre système, et ce en ligne avec les engagements du Président de la République qui, dans son discours de Nancy (05/03/2012), affirmait :  « Il va nous falloir aussi simplifier le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche devenu illisible par l’accumulation de nouvelles structures. Les chercheurs doivent se consacrer à leurs recherches plutôt qu’à rechercher des financements. »

Dans cet article j’insistais sur 3 mesures majeures, reprises ici, mot pour mot. Elles semblent d’autant plus justifiées que ni l’ANR, ni les PIA n’ont conduit au moindre accroissement des dépenses de recherche publique versus le PIB, selon l’OCDE.

1- La première mesure consiste à limiter le rôle de l’ANR à des opérations ponctuelles, du type « Le Concours national d’aide à la création d’entreprises innovantes ». Ses crédits destinés aux appels d’offre seront transférés aux organismes de recherche pour qu’ils organisent, ensemble, des actions coopératives pluridisciplinaires.

2- La deuxième mesure de simplification conduirait à banaliser les crédits des « investissements d’avenir » (PIA1 : Idex, Labex, IRT, etc.) en les faisant gérer par le secrétariat d’Etat à l’ESR.

3- La troisième mesure consisterait à interdire à l’AERES d’évaluer elle-même des formations de recherche. Le but serait, afin d’évaluer les UMR, d’habiliter les instances d’organismes et, pour les équipes d’accueil, de mettre sur pied une coopération entre ces dernières et le CNU.

 En tout état de cause, il faut de faire un bilan des regroupements d’universités et en tirer les conséquences. Si les expériences tentées ne sont pas toutes totalement négatives, il en va autrement des COMUE. Celles-ci apparaissent comme une dilution des universités dans un ensemble d’écoles, grandes et petites, et d’établissements avant tout administratifs. Sont aussi membres des COMUE des organismes de recherche nationaux, qui n’ont rien à y faire comme membres à part entière.

Ces COMUE conduisent non seulement à la forte marginalisation des personnels élus dans les décisions, mais aussi au transfert de la politique scientifique aux mains de gens incompétents en la matière. Sans parler du triomphe bureaucratique. L’explosion de Paris-Saclay montre l’ampleur de la catastrophe.

Ces critiques ne visent pas, comme le suggèrent de facto certains, à revenir à un système d’universités indépendantes, gérées par la loi LRU de Valérie Pécresse. Il faut tout remettre à plat et arrêter de construire bureaucratiquement des organigrammes de direction. A l’inverse, il faut d’abord développer les coopérations scientifiques et pédagogiques de façon à avancer par étapes, le cas échéant dans la mise en commun d’activités ou de structures, chacune de ces étapes ne devant être franchie qu’appuyée sur un large consensus.

Bien entendu, ces propositions n’ont de sens réel que dans le cadre d’un plan national de l’emploi scientifique et de la réaffirmation du rôle premier des établissements dans les financements.

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