Cracking the management code

L’ESR est mort, vive l’INSPIR

La campagne électorale pour la présidence de la République est déjà bien entamée et on peut constater que la question de l’enseignement supérieur n’est pas au cœur des préoccupations des candidats, même s’ils l’abordent tous.

Quel que soit le programme de l’élu(e), il (elle) devra prendre en compte les tendances de fond qui se sont dessinées ces dernières années, car elles continueront à s’affirmer. Je ne parle pas de mouvements ad hoc, esquissés sous les contraintes légales ou réglementaires, mais bien d’évolutions répondant à des attentes sociétales lourdes.

Le (la) nouveau  (nouvelle) ministre  aura à les prendre en compte car elles augurent d’innovations qui se propageront dans les années à venir.

Une observation de ce qui s’est passé ces dernières 5 années nous permet de repérer 5 tendances structurantes pour l’avenir de l’enseignement dit « supérieur ».

 

« L’innovation, c’est accompagner le monde,

la société, les entreprises, les hommes …

dans leurs changements grands ou petits »

 

Le IN : l’exigence d’un savoir innovant,et apportant sa contribution à la société

IN pour Innovation, cette tendance est transversale, mais certainement assez nouvelle. Il n’est pas loin le temps où la grande majorité des universitaires considéraient leur travail de chercheur et même de pédagogue comme « hors sol » et affranchi du temps qui passe. Sans être dans la caricature, le débat existe encore sur l’ « utilité » de la recherche universitaire. Dans nombre de disciplines, la question est résolue depuis longtemps tant les recherches sont liées aux problématiques issues de la société : qu’on songe à la médecine, à la biologie, aux sciences de l’ingénieur …

Le débat persiste en sciences humaines et sociales (au sens étendu du terme). Mais on voit bien monter en puissance au niveau international l’exigence d’un savoir innovant, impactant, et apportant sa contribution à la société. L’innovation, c’est accompagner le monde, la société, les entreprises, les hommes … dans ses changements grands ou petits, non pas en regardant en arrière mais avec le désir de dessiner un chemin prospectif, avec un impact réel, et certainement mesurable. L’innovation touche aussi aux méthodes de recherche et à la pédagogie.

 

« Chercher une vision 

plus fluide des transitions. »

Le TRANS : passer les frontières quelles qu’elles soient

C’est une des évolutions actuelles les plus fortes : passer les frontières quelles qu’elles soient. Je soulignerai avant tout la transdisciplinarité et la transculturalité.

De plus en plus d’établissements d’enseignement post bac évoluent, au-delà même de l’internationalisation, vers la transculturalité. Certaines écoles de commerce sont emblématiques de cette globalisation, où le multi-culturel, l’interculturel sont déjà relégués au siècle dernier.

De même, la transdisciplinarité est de plus recherchée. On voit émerger des cursus qui mêlent disciplines techniques, et disciplines humaines et sociales, considérant que, plus qu’une double compétence, c’est vraiment une compétence double qui fera la différence dans le monde professionnel.

Le TRANS, c’est aussi une vision plus fluide des transitions. On observe ainsi des propositions certes encore confidentielles sur la nécessité d’une année postbac pour de nombreux bacheliers qui ne « savent pas ce qu’ils veulent faire » comme études, comme métiers … Ces cursus sont très intéressants dans leurs principes : apport de culture générale, réflexion sur soi et information large sur les métiers … et correspondent largement à des attentes, à défaut d’avoir démontré leur efficacité.

Une véritable mise en œuvre de la formation tout au long de la vie (le 3L : Long Life Learning) qui existe déjà sur le papier mais peu dans sa réalité, tant le diplôme est obtenu « une fois pour toute » est ancré dans notre culture.

 

 Le CUS : la customisation des parcours

CUS comme customisation, c’est-à-dire l’individualisation de la formation conçue comme un parcours. Ce n’est pas nouveau dans le principe, et pas toujours facile à promouvoir, mais on constate que de plus en plus d’étudiants acceptent de construire leur formation « chemin faisant ». La multiplication des accès aux formations s’est développé pour garantir cette proposition.

Un autre CUS, c’est la volonté d’amener les apprenants à une réflexion sur les compétences douces, à travailler à leur développement personnel, car l’enseignement supérieur se veut (quand il en a les moyens) de plus en plus éducatif et regarde ses étudiants comme des personnes et non comme des portefeuilles de compétences ou de connaissances.

 

Le CO : le boom du partage

Le Co ? C’est le boom du partage. La co-construction du savoir avec ses parties prenantes, le co-working avec les nouveaux espaces d’apprentissage, la co-diplomation entre établissements qui apportent leur complémentarité.

Chacun est convaincu de la nécessité des expériences professionnelles pendant les études , avec l’alternance sous contrat salariée, les stages, les petits boulots. L’idée maintenant admise, c’est que bien accompagnées, ces expériences  in vivo sont formatrices.

 

« Ces tendances sont émergentes , trop dispersées,

trop disparates, trop confidentielles pour constituer

un nouveau paradigme du Sup ! »

 

L’ OMNI : un changement de paradigme

L’étudiant omni-canal est déjà là, il apprend par Internet, les réseaux sociaux, les MOOC, le cours présentiel, de son expérience professionnelle, avec ses collègues … mais il attend encore qu’on lui enseigne en omnicanal. En effet, les cursus qui ont su développer les propositions en omnicanal sont attractifs et certainement plus appréciées  que les formations classiques (c’est-à-dire en classe), ou les formations entièrement  virtuelles et distancielles …

Ces tendances sont émergentes, trop dispersées, trop disparates, trop confidentielles pour constituer un nouveau paradigme du Sup ! Il reste à expérimenter, bilanter, améliorer selon la boucle de l’apprentissage. Mais il faut aussi évangéliser, partager, benchmarker, copier, pour une adoption sereine de ces nouveaux modèles ou de ces nouvelles modalités.

Tout cela fait que nous pouvons revisiter le nom de notre ministère de tutelle : l’ESR qui juxtapose Enseignement et Recherche dans le contexte du PostBac sans réel mouvement ni élan stratégique !

Je propose donc à notre prochain(e) ministre d’être celui de l’INSPIR pour INnovation et Individualisation – Savoir – Partage – International – Recherche.

 

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