La Gestion a-t-elle un genre ?

La majorité des français approuve les ABCD de l’égalité, ce programme qui a déclenché une polémique en donnant lieu à un mouvement de retrait totalement irrationnel de certains enfants des écoles. Qu’en est-il dans le supérieur et notamment dans l’enseignement de la gestion ?

Nous savons que la théorie du genre n’existe pas (ce terme ressemble à celui de la théorie du complot et je me demande si il n’est pas utilisé pour effrayer ?). Ce que l’on trouve dans l’enseignement supérieur, ce sont des enseignements et des recherches sur le genre.  Du 17 au 19 décembre 1982, se tenait à Toulouse le colloque intitulé « Femmes, féminisme et recherches » qui fut la première manifestation scientifique d’ampleur faisant le panorama des « études féministes », ancêtre des actuelles « gender studies ». Trente ans plus tard, l’Université du Mirail et la MSH ont organisé avec l’appui de Toulouse Business School un nouveau colloque sur le même sujet, ce qui a permis de mesurer les progrès accomplis. L’une des retombées de ce colloque fut le lancement d’une pétition pour que soit créé un poste fléché genre pour l’enseignement supérieur et la recherche dans chaque université et dans chaque section du CNRS. Avec Yvette Roudy, ancienne Ministre des Droits de la Femme, je fus l’un des premiers signataires de cette pétition qui est toujours ouverte et qui a déjà rassemblé 1000 signatures. L’un des attraits des « gender studies » est constitué par leur transversalité, à peu près toutes les sciences sociales peuvent apporter leur contribution.  A Paris, par exemple, Sciences Po a ouvert une section consacrée aux « gender studies » et a initié un programme de recherche, le PRESAGE, Programme de Recherche et d’Enseignement des SAvoirs sur le GEnre qui relève essentiellement de l’économie. Je n’évoque que pour mémoire l’apport de l’anthropologie (Françoise Héritier), de la philosophie (Simone de Beauvoir, Derrida, Michel Foucault…) de la théorie littéraire (il faut lire la caricature pleine d’humour que dresse à ce sujet David Lodge dans son chef d’œuvre « Small World ») etc. Aussi peut-on légitimement se demander ce qu’il en est de la gestion ? Y-a-t-il un apport des sciences de gestion aux « gender studies » ? Les sciences de gestion couvrent de nombreuses problématiques. Le plafond de verre et, de façon plus générale, la place et la carrière des femmes dans les organisations ont fait l’objet de nombreuses recherches. L’existence de valeurs féminines dans le management fait également l’objet de publications savantes et là on est vraiment au centre de l’hypothèse centrale des « gender studies » car qui dit vertus féminines ne dit pas forcément vertus de la femme… Mais aujourd’hui ce qui me semble le plus intéressant c’est de savoir si « toutes choses égales par ailleurs » les femmes (ou les vertus féminines mises en actes) obtiennent de meilleurs résultats que les hommes (ou les vertus masculines…) dans leur management. Un apport intéressant même s’il fut controversé lors de sa parution, a été fait par Michel Ferrary professeur à HEC Genève. Il a montré que les femmes obtiennent de meilleurs résultats en temps de crise ou de basse conjoncture et les hommes en période de croissance. Si on couple ce résultat avec le fameux amendement Zimmerman-Coppé le résultat peut être intéressant. Nous venons d’arriver au premier pallier de la loi de 2011 qui impose un quota de femmes dans les CA, 20% cette année et 40% en 2017. Comme il n’échappe à personne que, dans notre pays, la période actuelle n’est pas tournée vers la croissance je trouve un motif de satisfaction dans le fait de savoir que les femmes arrivent actuellement en force dans les CA du CAC !!!

Jacques Igalens 

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