Enseigner l’économie positive

Depuis quelques années fleurissent de nouveaux concepts largement redondants, conscious capitalism, économie sociale et solidaire, social business (labellisé par Muhamad Yunus et popularisé par Danone), économie de la contribution, économie de la fonctionnalité, économie collaborative, économie latérale (ou horizontale), économie circulaire et, depuis peu, l’économie positive. Jacques Attali a remis un rapport sur le sujet au Président de la République.

L’idée partagée de tous ces concepts est simple, notre modèle de création de richesses fondé sur une (sur)exploitation de la Nature et parfois de l’Homme a atteint ses limites et pour Jacques Attali d’ici 2030 (c’est-à-dire demain) il faudra avoir changé de système économique. Au-delà du constat partagé les solutions varient d’un concept à l’autre, pour le « conscious capitalism » on est très proche de la responsabilité sociale de l’entreprise, ce sont les dirigeants qui doivent mieux intégrer les demandes de leurs parties prenantes. L’ESS (économie sociale et solidaire) repose sur un projet collectif à but non lucratif. Le « social business » cherche à mobiliser les plus pauvres en leur donnant accès à des financements et des jobs adaptés. L’économie de la fonctionnalité (produit dérivé du Grenelle de l’environnement) repose sur la location de service comme alternative à l’achat de biens, l’économie circulaire repose sur deux piliers l’éco-conception et l’analyse du cycle de vie, etc.

Au-delà des différences entre ces approches alternatives de l’économie se pose la question de leur intégration dans l’enseignement supérieur, qu’il soit universitaire ou de type grande école. De nombreux débats ont lieu depuis plusieurs années concernant l’enseignement de l’économie, le journal « Le Monde » s’en est fait l’écho récemment mais souvent ces débats opposent deux visions de l’économie (orthodoxe ou hétérodoxe), ou encore deux visions des outils nécessaires pour aborder l’économie (outils mathématiques versus outils plus proches de ceux utilisés dans les sciences sociales). Il s’agit ici d’un point de vue différent qui consiste à plaider pour ce qui était enseigné autrefois sous le nom de l’histoire des faits économiques, sachant que l’actualité fait aussi partie de l’histoire. En d’autres termes la place aujourd’hui réservée à la simple observation de ce pan de l’économie réelle me semble insuffisante et je ne pense pas que l’explication de cette carence relève uniquement de clivages idéologiques ou méthodologiques. Pour prendre l’exemple de l’économie « positive » prônée par Jacques ATTALI elle est abordée de façon très quantitative : « la mesure est essentielle à l’économie positive » (cf « Positive Book » N°1, p.16). De même je fréquente beaucoup d’économistes qualifiés d’orthodoxes (je suis toulousain…) et je sais l’intérêt que portent beaucoup d’entre eux à ces approches nouvelles, quelles que soient leurs appellations. Les oppositions entre options idéologiques ou entre conceptions de l’enseignement économiques (notamment concernant la place des techniques) ne devraient pas empêcher que tous les enseignants d’économie s’accordent sur le fait que ces nouvelles formes d’économie et de gestion existent, qu’elles ne sont pas que des mots mais avant tout des pratiques. Il est possible de les analyser avec un regard critique, par exemple de se demander si certaines règles sont généralisables. La règle de l’économie sociale (un homme = une voix) convient-elle à tous les secteurs et à toutes les tailles d’organisation ? L’économie de la fonctionnalité ne risque-t-elle pas d’accroître le chômage ? Ces questions et ces critiques font partie de la mission de l’enseignement supérieur qui doit former la capacité des étudiants de « penser par eux-mêmes » mais on ne devrait pas, comme aujourd’hui, accepter de véritables points aveugles dans l’enseignement de l’économie et de la gestion.

Jacques Igalens 

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One Response to Enseigner l’économie positive

  1. Changer la façon dont on forme les managers de demain, particulièrement au sein des business schools, est en effet un sujet primordial.

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