The Laureate

« The Laureate » ce n’est pas ce magnifique film dans lequel Dustin Hoffman se fait draguer par Mme Robinson (sur un air de Simon & Garfunkel), en VO le film a pour titre « the Graduate » et c’est en VF qu’il est devenu le lauréat… En revanche, Laureate c’est une puissante société privée qui a son siège à Baltimore (Maryland), qui a pour Président d’honneur Bill Clinton et qui se définit comme travaillant dans l’industrie de l’éducation.

Au départ cette société (cotée en bourse) était dédiée au secondaire et, il y a une dizaine d’années, elle s’est spécialisée dans le supérieur pour en devenir rapidement le premier acteur véritablement global. Hors des USA, elle est notamment présente dans huit pays d’Amérique Latine, neuf en Europe, deux au Moyen Orient, sept dans la zone Asie-Pacifique et deux en Afrique. Elle est active dans des secteurs aussi différents que l’enseignement de la médecine, de l’architecture ou le management. En France, elle possède des écoles telles que l’ESCE (Ecole Supérieure du Commerce Extérieur), l’ECE (Ecole Centrale d’Electronique), l’IFG (Institut Français de Gestion), l’EBS (European Business School) et elle pourrait s’intéresser à des écoles de commerce en difficulté. Pourtant la France n’est pas une cible prioritaire, aujourd’hui la société Laureate est orientée vers les marchés émergents ( World Bank Group l’aide à hauteur de 150 millions de dollars pour cela) et vers les nouvelles technologies, notamment la plateforme Coursera dans laquelle elle a investi.

Un tel acteur aussi puissant par la taille (environ 750 000 étudiants) et par sa force de frappe financière pose, bien évidemment, la question du « business model » sous-jacent. Certes, on veut bien croire que les capacités managériales de Laureate permettent de redresser ou d’améliorer la gestion d’écoles qui s’étaient assoupies mais cela n’est pas suffisant. Pour autant qu’on puisse en juger aujourd’hui le modèle d’affaires repose en grande partie sur l’effet de réseau et les capacités de transfert au sein du réseau. Cela est peu visible aujourd’hui car Laureate n’a pas une vision simpliste des marchés nationaux et elle ne déroule pas un rouleau compresseur pour uniformiser les différences nationales, au contraire elle cherche à comprendre les particularités de chaque domaine d’affaires et notamment de chaque spécialité universitaire dans chaque zone géographique. Mais demain quand cette connaissance aura été digérée le seul projet rationnel pour assurer la pérennité d’un tel groupe, et pour en assurer le retour sur investissement, c’est de pouvoir faire circuler les ressources au sein du réseau et d’apprendre à l’échelle mondialeµ. Faire circuler les ressources rares que sont les pépites du corps d’enseignant (pardon « la faculty »), mettre en place à Madrid de bonnes pratiques découvertes à Sydney, mutualiser (grâce au MOOCS) certains enseignements, déployer des méthodologies d’assurance qualité, mieux garantir l’employabilité en jouant sur la globalisation du groupe, etc.

Bref, si (comme moi) vous avez été surpris en lisant le terme « industrie de l’éducation », il se peut que d’ici quelques années vous vous fassiez vous aussi à cette idée.

Jacques Igalens

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