« Encourager des regroupements Universités/Business Schools »

L’Institut Montaigne a rendu public un rapport intitulé, « Business Schools : rester des champions dans la compétition internationale ».

Dans ce rapport figurent 10 propositions et notamment celle-ci : « Encourager des regroupements Universités/Business Schools et créer des pôles compétitifs à l’échelle internationale » (Proposition N° 6).  L’analyse qui conduit à cette proposition est bien connue : les business schools présentent une proximité avec l’entreprise qui pourrait aider les Universités et celles-ci ont une tradition et des moyens relatifs à la recherche susceptibles de permettre un progrès des écoles. En revanche les avantages supposés de ces regroupements  laissent perplexe : « Les IAE et les universités déchargeraient les business scools d’une partie des coûts de gestion et d’encadrement de la recherche ; les business schools et les IAE prendraient en charge la gestion de plateformes numériques de management où elles sauraient faire preuve de flexibilité et d’innovation. Les business schools sont les fers de lance de l’enseignement supérieur en matière d’internationalisation et d’entrepreneuriat, les IAE peuvent apporter beaucoup en terme de diplôme de niveau MBA et de formation continue et les universités en termes de recherche mais aussi de structuration de bachelors » (p42).

La recherche est donc présentée comme un fardeau dont les écoles pourraient, en partie, se décharger sur les IAE ou les universités. Il y a une grave incompréhension de l’objet même et du fonctionnement de la recherche. S’il est vrai que la plupart des écoles ont découvert ou renforcé leurs activités de recherche pour répondre aux exigences des accréditations internationales, il serait faux de penser qu’elles peuvent ou qu’elles souhaitent diminuer leurs efforts. Au-delà des accréditations, les meilleures écoles ont compris que la recherche fait désormais partie de leur vocation et de leur raison d’être. Une école est située sur un marché biface c’est à dire un type de marché dont l’agencement entretient – voire nécessite – l’existence de deux clientèles tout à fait différentes quoique finalement interdépendantes l’une de l’autre, les étudiants et les entreprises. En tant que toulousain je signale que l’on doit au prix Nobel 2014, Jean Tirole, et à TSE l’analyse de ce type de marché. La recherche fait partie des activités et des résultats que les écoles peuvent valoriser pour chacune des deux faces, elle garantit aux étudiants la qualité de ce qu’ils apprennent (l’obsolescence des connaissances en gestion est rapide et l’enseignant qui n’est pas en contact étroit avec les chercheurs de sa discipline sera vite dépassé) et, en gestion (plus qu’en économie), les résultats de la recherche présentent des aspects opérationnels (ils sont utiles aux entreprises).

Nous n’avons pas de matériels à amortir et les coûts de la recherche sont essentiellement des coûts salariaux, accessoirement des frais de mission et réception. Diminuer ou transférer ces coûts sur d’autres n’est tout simplement pas possible. En revanche si le rapprochement des écoles et des IAE a un sens, en matière de recherche, c’est davantage à partir de la force de frappe que constitue la mise en commun des équipes. Pour répondre à des appels d’offre, pour rédiger en commun des articles dans les meilleures revues, la constitution d’équipes mixtes fait sens. Ceci commence d’ailleurs à se généraliser dans les grandes villes universitaires et devrait se renforcer avec la mise en place des COMUE.

On pourrait dire, peu ou prou, la même chose des autres perspectives dressées par l’Institut Montaigne. « La prise en charge de plateformes numériques », la « formation continue », « la structuration des bachelors » ne vont pas mécaniquement bénéficier d’un rapprochement entre écoles et IAE. Ce n’est pas par le haut que l’on crée de la synergie sur ces sujets mais par le bas, par la connaissance et la confiance réciproque des acteurs, par leur désir de mener des projets en commun. Tout au plus peut-on considérer que les directions respectives (j’ai été directeur d’IAE et directeur d’école) doivent être favorables à ces collaborations et donc ne doivent pas les entraver. Primum non nocere…

Près de 20% des étudiants et des élèves du supérieur étudient le management en tant que discipline principale en France, c’est considérable ! Les écoles obtiennent d’excellents résultats dans les classements internationaux. Comme le remarque PL Dubois, délégué général de la FNEGE (Fondation Nationale pour l’Enseignement de la Gestion des Entreprises), « en seulement 30 ans s’est créé un corps professoral de près de 4000 enseignants-chercheurs, des taux de d’insertion professionnelle très significativement supérieur à la moyenne des formations, une production scientifique soutenue » (Cf. Lettre de la FNEGE N° 395) Cela s’est fait dans un paysage marqué par la diversité de l’offre, grandes écoles consulaires, IAE, IUT, écoles privées. Aujourd’hui il est vrai que le contexte de la mondialisation change la donne notamment pour les établissements qui veulent faire partie de l’élite mondiale mais il serait dangereux de vouloir artificiellement  créer de l’uniformité. Notre diversité crée aussi de l’attractivité et de la richesse. En un mot, des collaborations, des projets communs certainement mais attention à des rapprochements qui, voulant aboutir à des entités communes, poseraient de grandes difficultés et détruiraient de la valeur pour nos clients, aussi bien les étudiants que les entreprises.

Jacques Igalens

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One Response to « Encourager des regroupements Universités/Business Schools »

  1. un article très intéressant et rarement traité (www.universiapolis.ma)

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